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L'école autrichienne d'économie, la dynamique de l'économie.

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La théorie de l'entrepreneur

20 Février 2017 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

En économie, la figure de l’entrepreneur remonte à Richard Cantillon (1680 – 1734). Puis, chez Jean-Baptiste Say (1767 – 1832). Mais l’entrepreneur ne s’intègre pas dans la théorie néoclassique, ni dans la macroéconomie. Il est extérieur. Sauf pour l’école autrichienne d’économie, pour qui il est un élément de la dynamique de l’économie.

 

La théorie de l’entrepreneur la plus courante, et quasiment la seule, qui est présentée habituellement, est celle de J.A. Schumpeter. C’est la fameuse destruction créatrice. Schumpeter est né dans l’empire austro-hongrois. Sa théorie est peut-être inspirée de la théorie autrichienne, qu’il connaissait. Mais ce n’est pas la théorie de l’école autrichienne d’économie.

 

Il y a une grande différence entre la théorie autrichienne et la théorie de Schumpeter. Ce dernier présente l’entrepreneur comme un choc externe. Il n’est pas intégré à la théorie économique. Tandis que l’entrepreneur est un élément clef de la dynamique de l’économie dans l’école autrichienne.

 

La théorie schumpetérienne sera ici d’abord présentée, afin de mieux marquer le contraste ensuite avec l’école autrichienne, qui sera explicitée ensuite.

 

La destruction créatrice de Schumpeter

Schumpeter a publié en 1911 un livre intitulé Théorie de l’évolution économique, ainsi qu’une édition révisée en 1928. C’est dans cet ouvrage qu’il développe sa théorie de l’entrepreneur, devenue depuis la référence, et qu’il affinera par la suite.

 

Une économie statique

Schumpeter décrit d’abord une économie qui répète un même cycle. Les producteurs de matières premières vendent aux producteurs de biens intermédiaires qui vendent aux producteurs de produits finis qui vendent au consommateur final. Idem, les agriculteurs vendent aux industries agroalimentaires qui vendent au consommateur final. Le cycle se répète, chacun vendant et fabricant et achetant les mêmes produits. Dans ce type d’économie, il y a à peine besoin de monnaie, selon Schumpeter.

 

C’est une économie statique. Non qu’il n’y ait pas de mouvement, car il y a un cycle de productions de ventes successives. L’économie peut grossir, du fait de la démographie. Mais elle n’évolue pas. La structure de l’économie reste la même.

 

L’entrepreneur et la destruction créatrice.

L’entrepreneur schumpetérien vient chambouler cette succession de cycles. L’entrepreneur introduit une innovation. Il y a trois types : un nouveau produit, un nouveau procédé de fabrication, un nouveau marché (par exemple, introduire un produit dans un pays où il n’est pas distribué).

 

Par son innovation, l’entrepreneur chamboule le cycle économique. Il détruit quelque chose pour le remplacer par autre chose. C’est ce qu’on appelle la destruction créatrice, expression devenue si célèbre. Une innovation crée un nouveau cycle économique qui va se répéter.

 

L’entrepreneur comme un choc externe

La théorie de l’entrepreneur de Schumpeter présente l’innovation comme un choc externe qui modifie la structure de l’économie. Elle convient aux courants économiques qui ont mathématisé la science économique. Aujourd’hui, la plupart des théories raisonnent en termes d’équilibre. On trace des courbes, qui représentent des équations, et on regarde à quel niveau elles se croisent. C’est le point d’équilibre. La théorie keynésienne va déterminer un équilibre de sous-emploi, et étudier quel niveau de dépenses publiques va pouvoir permettre un équilibre de pleine emploi. Les monétaristes vont eux étudier les effets d’éviction de la dépense publique. Et utiliser un modèle mathématique qui montre que ces dépenses ne permettent pas d’atteindre un équilibre de plein emploi.

 

Les modèles mathématiques ne peuvent prendre en compte que des variables mathématiques. Ils peuvent intégrer le progrès comme augmentation de la productivité, c’est tout. Les changements structurels ne sont pas pris en compte. La théorie de l’entrepreneur de Schumpeter, en présentant l’entrepreneur comme un choc externe, permet d’intégrer l’évolution : c’est un élément externe qui change la structure de l’économie, et les conditions de l’équilibre.

 

La théorie autrichienne : la dynamique entrepreneuriale.

 

L’entrepreneur au cœur de l’école autrichienne.

L’école autrichienne d’économie place l’économie au sein de l’action humaine. Elle étudie les interactions entre les agissements humain. Quand il entreprend, l’individu agit. Par conséquent, l’entrepreneur est pleinement intégré à la théorie autrichienne.

 

l’entrepreneur est celui qui saisit l’occasion. Israel Kirzner a ainsi développé le concept « d’alertness ». Le fait d’être en alerte, ou à l’affût d’une occasion. Jesus Huerta de Soto insiste sur l’étymologie du verbe entreprendre. Il comprend la racine prehendere, qui en latin signifie saisir.

 

« Pour les autrichiens, la fonction d’entrepreneur, au sens large, coïncide avec l’action humaine elle même. En ce sens, on pourrait affirmer qu’exerce la fonction d’entrepreneur toute personne agissant en vue de modifier le présent et d’atteindre ses objectifs dans le futur. Bien que cette définition puisse, à première vue, sembler trop large et non conforme aux usages linguistiques actuels, il faut tenir compte du fait qu’elle est absolument conforme au sens étymologique originel du mot entreprise. En effet, l’expression espagnole empresa (entreprise) tout comme les acceptions françaises et anglaises entrepreneur viennent étymologiquement du verbe latin in prehendo-endi-ensum, qui signifie découvrir, voir, percevoir, se rendre compte de, saisir ; et l’expression latine latine in prehensa contient clairement l’idée d’action, et ainsi en France, le mot entrepreneur s’employait depuis très longtaemps au Mozen Age, pour désigner les personnes chargées d’effestuer des actions importantes, liées généralement à la guerre, ou de réaliser de grands projets concernant la construction des cathédrales. »

Jesus Huerta de Soto, L’école Autrichienne Marché et créativité entrepreneuriale.

 

L’occasion que saisit l’entrepreneur n’est pas nécessairement une innovation technologique. Ce peut être simplement le fait qu’un produit se vend plus cher à un endroit qu’à un autre. L’entrepreneur va acheter le produit là où il est moins cher et le vendre là où il est plus cher. L’entrepreneur peut aussi décider de se lancer dans un secteur, simplement parce qu’il constate que cela a l’air de marcher pour d’autres. L’entrepreneur est celui qui pense qu’il y a une opportunité et qui saisit celle-ci.

 

On retrouve ici la subjectivité : c’est l’entrepreneur qui pense qu’il y a une occasion à saisir. C’est son jugement.

 

Information et entrepreneur.

Par son action, l’entrepreneur change son environnement. Les autres individus voient qu’il entreprend, et se disent qu’il y a peut-être une occasion à saisir. Les fournisseurs constatent qu’un nouveau client exploite une nouvelle opportunité. En fait, l’entrepreneur agit sur l’information.

 

L’information est au cœur de la théorie de l’entrepreneur. L’entrepreneur agit en fonction des informations qu’il détient. Une information peut être simplement une pratique, un savoir faire. L’interprétation subjective de ces informations conduit l’individu à entreprendre, car il considère qu’il y a une occasion à saisir. En agissant, l’entrepreneur transmet une information. Les autres individus voient que quelqu’un explore une nouvelle activité. Les fournisseurs du nouvel entrepreneur constate une nouvelle demande.

 

Ainsi se crée une dynamique. L’entrepreneur interprète et utilise les informations dont il dispose. Information au sens large : un savoir faire est une connaissance. En entreprenant, il fournit des informations, ou modifie l’interprétation des informations des autres individus. Qui peuvent à leur tour saisir de nouvelles occasions.

 

L’entrepreneur de l’école autrichienne est différent de l’entrepreneur de Schumpeter. Il ne révolutionne pas forcément l’économie par une innovation. Il peut simplement profiter d’une différence de prix entre deux marchés. Il n’y a pas de destruction créatrice. Il peut y avoir remplacement d’un produit par un autre, d’une technologie par une autre, mais pas forcément. Un nouveau produit, un nouveau vendeur, peut simplement s’ajouter à l’existant.

 

L’entrepreneur est aussi intégré à la théorie. Il n’est pas un choc externe. Il est au cœur de la dynamique de l’économie. Il fait partie de la praxéologie, de l’action humaine, dans laquelle la science économique est intégrée.

 

Le marché, méthode de découverte

Le marché, c’est l’échange. Chacun vient avec ses désirs et ses besoins. Les entrepreneurs proposent leurs produits et services. Chacun découvre ce qu’il peut faire avec les produits et services proposés. Des individus peuvent inventer de nouveaux produits ou services avec les offres des entrepreneurs. Ou simplement trouver une utilisation aux produits et services. Ou aux processus de production.

 

Ainsi le marché est une méthode de découverte. Personne ne peut deviner ce qui marchera, ce qui conviendra au public. Car chacun découvre au fur et à mesure ce qu’il peut réaliser avec ce qui est proposé sur le marché : un usage domestique comme une nouvelle entreprise.

 

Conclusion : le tryptique de l’école autrichienne.

La théorie de l’entrepreneur vient compléter la présentation de l’école autrichienne d’économie. Nous avons vu d’abord le fondateur, Carl Menger, avec sa théorie de la valeur, et surtout l’accent mis sur le subjectivisme. Puis la praxéologie de Ludwig von Mises : l’économie vue comme intégrée dans la science de l’action humaine. L’entrepreneur apporte la dynamique au système. Et le marché devient un système de découverte.

 

L’école autrichienne a d’autres caractéristiques. Mais nous avons là la base. Le subjectivisme, l’action humaine, l’entrepreneur. Elle se distingue des autres théories économiques en intégrant l’entrepreneur. Celui-ci est au cœur de la dynamique de l’économie selon l’école autrichienne. Tandis que l’économie mathématisée nécessite de considérer l’entrepreneur comme un choc externe. Et donc l’évolution comme le résultat d’un choc externe. L’école autrichienne intègre l’évolution.

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LUDWIG VON MISES : L'ACTION HUMAINE

4 Février 2017 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Ludwig von Mises (1881 – 1973) est considéré par ses pairs comme l'auteur le plus important de l'école autrichienne d'économie. La fondation créée pour perpétuer et diffuser la tradition autrichienne a par exemple choisi de s'appeler le Mises Institute. Mises a marqué de son empreinte l'école autrichienne sur de multiples sujets. Il lui a donné son cadre d'analyse, qui est encore le sien aujourd'hui. Ce cadre, c'est l'action humaine, dont il a fait le titre de son magnus opus.

 

Mises écrit :

"Il n'y a jamais eu de doutes ni d'incertitudes quant au domaine de la science économique. Depuis le moment où les gens ont souhaité une étude systématique de l'économie ou économie politique, tous ont été d'accord que la mission de cette branche du savoir est d'étudier les phénomènes de marché ; c'est-à-dire, la détermination des taux d'échange mutuels des biens et services négociés sur les marchés, leur source dans l'agir de l'homme et leurs répercussions sur ses actions ultérieures. La complexité d'une définition précise du domaine de l'économie ne provient pas d'une incertitude quant à la sphère des phénomènes à étudier. Elle est due au fait que les efforts pour élucider les phénomènes en question doivent aller au-delà de la portée du marché et des transactions de marché."

(L'Action Humaine, p.271)

 

L'économie, c'est donc l'échange. L'école autrichienne a un nom spécifique d'ailleurs pour l'économie, que reprends Mises : la catallactique ou catallaxie. C'est la science des échanges, comme l'indique l'encyclopédie Wikibéral.

 

Les échanges sont le fait des individus. Ce sont des actions des individus. Par conséquent, l'étude de l'économie s'inscrit dans un domaine plus large : celui de l'action humaine. La science de l'action humaine est nommée praxéologie. Selon Mises, ce terme n'est pas de lui. Mais il en a défini l'acception dans le cadre de l'école autrichienne d'économie, ce qui lui confère la paternité de la science de l'action humaine.

 

La praxéologie, c'est l'être humain agissant. L'humain agit. C'est un axiome. Le simple fait de penser, d'écrire, de parler, est une action. L'individu agissant utilise des moyens en vue d'atteindre des fins. La praxéologie n'étudie pas les fins. Elle ne les définit pas. C'est l'individu qui les choisit. Pour les atteindre, il utilise des moyens. Si ces moyens sont rares, c'est le domaine de l'économie.

 

Mises souligne qu'il est difficile de définir précisément le domaine de l'économie :

 

" Le champ de la praxéologie – la théorie générale de l'agir humain – peut être défini et circonscrit avec précision. Les problèmes spécifiquement économiques, ceux de l'action économique au sens étroit, ne peuvent qu'en très gros être dissociés du corps complet de la théorie praxéologique."

(L'action humaine, p.273)

 

La praxéologie découle logiquement du subjectivisme de Carl Menger. La valeur d'un produit est subjective. Elle dépend complètement de chaque individu. Chaque individu a des objectifs différents. L’école autrichienne ne s’inscrit pas dans la maximisation de la théorie néoclassique. Les fins de l’individu lui sont propres. L’école autrichienne ne considère pas que chacun cherche à maximiser un profit. Chacun cherche à éviter une gène, mais la notion de gène est différente pour chaque individu.

 

L’évaluation de l’environnement, et de l’avenir, est également différente pour chaque individu. Chacun a ses informations. Toute information est évaluée et interprétée différemment par chaque individu. L'avenir est envisagé différemment par chaque individu. L'échange est action de plusieurs individus, en fonctions de leurs interprétations subjectives de différentes notions et informations, comme la valeur ou l'avenir. Par conséquent, l'économie est l'étude de la coordination des actions des individus.

 

"C'est pourquoi, la science économique, loin d'être un ensemble de théories sur le choix ou la décision, est, aux yeux de l'école autrichienne, un corpus théorique concernant les processus d'interaction sociale ; ceux-ci peuvent être plus ou moins coordonnés selon la perspicacité démontrée par les acteurs impliqués dans l'exercice de l'action entrepreneuriale."

Jesus Huerta de Soto, L'école autrichienne, marché et créativité entrepreneuriale.

 

L’école autrichienne étudie ainsi les interactions et la coordination entre les actions des individus. Ce qui la distingue des théories basées sur la notion d’équilibre, comme la théorie néoclassique de Jevons et de Walras, co-inventeurs reconnus avec Menger du marginalisme, ou comme la macroéconomie, keynésienne ou classique, qui est venue ensuite, et constitue le corpus dominant aujourd’hui. Ces théories considèrent une situation d’équilibre, c’est-à-dire le croisement d’une courbe d’offre et de demande. Et elles décrivent à quel niveau se croisent les courbes quand une variable évolue.

 

Par exemple, si le coût du travail change, à quel niveau d’emploi vont se croiser les courbes de l’offre et de la demande de travail, à quel niveau d’emploi il y aura équilibre entre l’offre et la demande. On déterminera un équilibre de sous emploi ou de plein emploi. Ou, si la TVA augmente le prix d’un produit, à quel niveau les courbes d’offre et de demande de ce produit vont se croiser. On déterminera ainsi l’effet de la TVA sur la demande. Derrière ces courbes, il y a des équations. L’équilibre dépend de variables quantitatives.

 

Il peut y avoir des différences méthodologiques entre les auteurs de l’école autrichienne d’économie. Mais tous se reconnaissent dans le cadre de l’action humaine défini par Ludwig von Mises. L’économie n’est pas selon l’école autrichienne l’étude de l’équilibre entre des variable quantitative, mais elle s’inscrit dans l’étude de l’action humaine.

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Carl Menger, le fondateur de l'école autrichienne d'économie.

16 Janvier 2017 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Carl Menger (1840-1921) a publié en 1871 ses Principes d'économie, l'ouvrage fondateur de l'école autrichienne d'économie. Menger n'avait pas l'intention de fonder un nouveau courant de pensée en économie. Gilles Dostaler1 souligne que Menger a dédié son ouvrage au chef de file de l'école historiciste allemande, Wilhelm Roscher, preuve selon lui qu'il ne s'attendait pas à ce que cette école de pensée rejette son œuvre. Menger se réfère par ailleurs à des auteurs allemands de toute l'Europe. Dostaler souligne son érudition. Pour Menger, selon Dostaler, son ouvrage ne fait qu'établir les conclusions qu'impliquent les écrits antérieurs des économistes. Pourtant, ce sera perçu comme une révolution.

 

L'économie comme une science.

Carl Menger considère qu'il y a des lois économiques, indépendantes de l'histoire. Il se place pour cette thèse dans la lignée des économistes anglais comme Ricardo, ou français comme Jean-Baptiste Say. Tout comme ses contemporains Jevons et Walras. Mais il s'oppose ainsi à l'école historiciste allemande. Peut-être pensait-il que c'était une évolution logique, si l'on suit Dostaler. Cependant, c'est une différence essentielle par rapport à l'école allemande, qui considère que l'économie se comprend à travers l'histoire. Cette différence de méthodologie entraînera entre Menger et les historicistes la querelle des méthodes. Elle a éloigné Menger de la science économique, son premier ouvrage devant être suivi d'un autre, qui n'a jamais été publié. Par contre, il a publié Recherches sur la méthode dans les sciences sociales et en économie politique en particulier, dont Friedrich Hayek dit qu'il est aussi important que Les principes d'économie pour comprendre la pensée de Menger.

 

La révolution marginaliste.

Carl Menger fait partie des trois co-inventeurs reconnus de la révolution marginaliste. Les deux autres étant William Stanley Jevons et Léon Walras. Même s'il ne considérait pas avoir révolutionné l'économie, comme nous l'avons déjà vu. Le premier auteur reconnu comme un économiste, Adam Smith (1723-1790), puis son non moins prestigieux successeur, David Ricardo (1772-1823), associaient la valeur d'un produit à la quantité de travail qui y était intégrée. Mais ce n'était pas satisfaisant. Car cela ne correspondait pas forcément à la réalité. De même, associer la valeur à l'utilité aboutit à un paradoxe : le diamant a plus de valeur que l'eau, pourtant indispensable à la vie.

 

La théorie de la valeur marginale va résoudre le paradoxe. Selon Menger, chaque individu classe les produits et service en fonction des besoins satisfaits. Par exemple, il est indispensable de boire pour vivre. Si la quantité d'eau disponible est juste suffisante pour cette satisfaction primaire, l'eau aura une valeur élevée pour l'individu. L'eau peut avoir d'autres usages : se laver, laver la voiture, arroser les rosiers, remplir le pistolet à eau du petit dernier. S'il y a suffisamment d'eau pour la satisfaction du dernier usage, l'eau n'a pas une valeur élevée aux yeux de l'individu. C'est la dernière satisfaction procurée qui détermine la valeur du produit ou du service aux yeux de l'individu. La satisfaction marginale. D'où la notion de valeur marginale. A contrario, un produit peut être tellement rare, qu'on peine à en obtenir pour simplement la satisfaction d'en faire un bijou. D'où la valeur élevée du diamant.

 

La théorie marginale de la valeur était considérée comme une révolution par Jevons et Walras, les co-découvreurs avec Menger. Mais pas pour Menger. Comme vu précédemment, Menger est fier que son travail repose sur les fondations établies par des économistes allemands. Dostaler souligne qu'il se réfère aussi à des auteurs tels que Condillac, Quesnay, Turgot et Say. Jesus Huerta de Soto2 souligne quant à lui l'influence des scholastiques espagnols. Menger s'inscrit dans une tradition. Il ne considérait pas avoir fait une révolution. Cependant, par rapport à la théorie de la valeur travail de Smith et Ricardo, le marginalisme apparaît comme une avancée majeure.

 

Le subjectivisme.

Jusque là, Menger s'inscrit dans l'évolution de la pensée économique de son époque. Il considère que l'économie est scientifique, dans le sens où elle obéit à des lois indépendante de l'histoire. D'autre part, il défend le marginalisme, qui s'imposera. Cependant, ses Principes d'économie recèlent des spécificités qui feront de lui le premier d'une lignée. La plupart des caractéristiques de l'école autrichienne sont en effet déjà présentes dans son ouvrage.

 

La caractéristique principale est le subjectivisme, qui va devenir une base de la théorie autrichienne. Ce subjectivisme signifie que la théorie économique part de l'être humain. Jesus Huerta de Soto écrit :

 

L'idée distinctive la plus originale et la plus importante de l'apport de Menger réside, donc, dans l'essai de bâtir toute l'économie en partant de l'homme comme acteur créatif et protagoniste de tous les processus sociaux.

(L'école autrichienne, marché et créativité entrepreneuriale, p.54)

 

Ce subjectivisme apparaît dans la théorie de la formation des prix. Elle se distingue de l'économie classique, de Smith et Ricardo, qui recherchait une valeur objective, et avait cru la trouver dans la valeur travail.

 

On peut considérer que le subjectivisme apparaît aussi dans la théorie des prix de Jevons et celle de Walras. Guido Hülmann souligne que le subjectivisme de Menger n'a rien de celui, radical, de son successeur Ludwig von Mises. Mais on peut aussi considérer que Jevons et Walras réintroduisent de l'objectivisme dans leurs théories.

 

Ainsi, ces derniers réintroduisent de l'objectivité dans le prix. Ils le font en liant le prix et l'utilité. Une utilité qui est objectivement la même pour tous les individus, ce qui reviendrait à considérer cette utilité, en fait, comme intrinsèque au produit (même si ni Jevons, ni Walras, ne recherchent une valeur ou une utilité intrinsèque). Ainsi, il est possible de comparer l'utilité entre des produits. Et de créer, par exemple, des courbes d'utilité. Tandis que Manger raisonne en terme de satisfaction personnelle. Satisfaction qui est purement subjective pour chacun, et ne peut pas devenir objective. C'est-à-dire qu'un même produit satisfait un besoin différent, au moins en intensité, chez chaque individu. Chaque individu peut comparer le besoin pour lui de chaque produit. Mais on ne peut pas comparer globalement l'utilité des produits entre eux.

 

D'autre part, pour Jevons ou walras, le prix est la valeur à laquelle s'échangent les produits. Il y a un prix de marché qui s'impose à tous. Mais pour Menger, la valeur est purement subjective. Elle est différente pour chaque individu. Il n'y a donc pas de prix de marché. Le prix peut différer à chaque échange en fonction de la transaction et de la valeur attribuée par chacun des protagonistes. On ne peut pas raisonner, ni créer de modèle, à partir d'un prix de marché. La valeur fait partie de la dynamique du marché. (Voir à ce sujet Maurice Lagueux, Menger and Jevons on value, a crucial difference. )

 

Selon cette explication, le subjectivisme radical de Mises serait en germe chez Menger.

 

L'économie en tant que science humaine.

Le marginalisme a entraîné le passage de l'économie des sciences humaines aux mathématiques. Sauf pour Menger. L'économie est pour lui une science non mathématique. Ce qui reste aujourd'hui encore une caractéristique de l'école autrichienne. Dans une correspondance avec Walras, Menger écrit :

 

Je suis, de fait, de l’opinion que la méthode à suivre dans la soi-disant économie politique pure ne peut pas simplement être appelée mathématique ni simplement rationnelle. Ce ne sont pas uniquement des rapports de grandeur que nous recherchons mais aussi l’essence des phénomènes économiques.

(Lettre de Menger à Walras citée dans Antonelli 1953, p. 280)
Gilles Dostaler, L’École autrichienne dans le panorama de la pensée économique

 

Cette approche s'oppose à l'approche en terme d'équilibre des autres marginalistes, Jevons et Walras. Ces derniers raisonnent en termes d'équilibre. C'est-à-dire d'égalité. Equilibre en offre et demande, entre offre de travail et d'emploi, etc. Huerta de Soto souligne que l'approche autrichienne se veut dynamique. Elle deviendra l'étude du processus de coordination entre chacun des acteurs de l'économie, et non à l'étude de rapports entre des grandeurs quantitatives.

 

Cette approche non mathématique découle-t-elle du subjectivisme ? L'objectivisme est au contraire nécessaire à la mathématisation de la science économique. Comme Lagueux l'écrit :

 

La forme d'objectivité qui est réintroduite dans la théorie de Jevons correspond à ce qui est requit pour permettre le développement d'un traitement mathématique de l'économie.

 

On peut donc penser que Menger adopterait une méthode non mathématique car c'est ce que l'observation de l'économie implique. Tandis que pour mathématiser l'économie, il faudrait tordre les faits, introduire de l'objectivité là où il y a de la subjectivité. C'est là un débat sans fin, qui peut devenir virulent entre économistes.

 

Auto-génération.

Dans ses Principes d'économie, Menger s'intéresse à l'invention de la monnaie. Ce qu'il constate, c'est qu'il n'y a pas eu invention. Des matières ont émergé comme monnaie. Celle-ci s'est en fait créée toute seule. C'est une institution auto-générée. Les Etats ne sont intervenus qu'après coup.

 

Selon Guido Hülsmann, cette thèse de l'auto-génération des institutions économiques découle de la théorie des prix de Menger. Il écrit :

 

Oeuvre scientifique, la théorie des prix de Menger a tout de même certaines implications politiques qui n'ont pas échappé à ses disciples, ni d'ailleurs à ses rivaux comme Schmoler. A la lumière de cette théorie, en effet, l'économie de marché paraît comme un grand organisme rationnel et autorégulateur, voué à la satisfaction des besoins individuels. Non seulement les prix, mais même les institutions économiques comme la monnaie sont ordonnés par les besoins partiels des êtres humains.

(L'école autrichienne à la fin du XIXè et au début du XXè siècle, in Histoire du libéralisme en Europe.)

Ce thème de la création de la monnaie sera développé par Ludwig von Mises. Tandis que Friedrich Hayek s'intéressera aux règles non établies qui s'imposent par l'expérience. Ce n'est pas ici l'objet d'aller plus loin dans la réflexion. Ce qu'il faut retenir, c'est que dès Carl Menger la théorie autrichienne comprenait cette thèse d'auto-génération, de la monnaie pour Menger, thèse qui sera développée dans d'autres domaines par la suite, notamment par Friedrich Hayek.

 

En conclusion tous les économistes de l'école autrichienne se réclament de Carl Menger. Ce dernier n'avait pas à l'idée de créer un nouveau courant. Il puise dans la connaissance de ses prédécesseurs. Et il s'inscrit dans le courant marginaliste qu'il contribue à faire naître. Mais son œuvre contient les éléments d'une nouvelle école de pensée : le subjectivisme, l'économie comme science humaine, l'auto-génération. Ce qui fait de lui le fondateur de l'école autrichienne d'économie.

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A Propos

16 Janvier 2017 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

L’économie évolue constamment. Elle se transforme. De nouvelles activités apparaissent. De nouvelles formes d’organisation. Des crises surviennent. Ce mouvement, ces évolutions, ces changements qualifiés de structurels sont mal pris en compte par la plupart des théories économiques. Celles-ci sont statiques. Elles n’intègrent pas le changement structurel.

 

La seule théorie économique qui intègre l’évolution, les changements structurels, les transformations, c’est l’école autrichienne d’économie. Sa conception de l’économie est dynamique. Elle offre un cadre pour comprendre les mouvements de l’économie aujourd’hui, que ce soit la crise, l’entrepreneuriat, ou l’évolution de la notion de travail.

 

D’où ce blog, la dynamique de l’économie. Il comportera des articles expliquant la théorie autrichienne. Ainsi que d’autres articles, sur l’histoire économique, l’histoire de la pensée économique, ou même sur l’actualité, toujours à travers le prisme de l’école autrichienne.

 

Bonne lecture.

 

 

 

L’économie évolue constamment. Elle se transforme. De nouvelles activités apparaissent. De nouvelles formes d’organisation. Des crises surviennent. Ce mouvement, ces évolutions, ces changements qualifiés de structurels sont mal pris en compte par la plupart des théories économiques. Celles-ci sont statiques. Elles n’intègrent pas le changement structurel.

 

La seule théorie économique qui intègre l’évolution, les changements structurels, les transformations, c’est l’école autrichienne d’économie. Sa conception de l’économie est dynamique. Elle offre un cadre pour comprendre les mouvements de l’économie aujourd’hui, que ce soit la crise, l’entrepreneuriat, ou l’évolution de la notion de travail.

 

D’où ce blog, la dynamique de l’économie. Il comportera des articles expliquant la théorie autrichienne. Ainsi que d’autres articles, sur l’histoire économique, l’histoire de la pensée économique, ou même sur l’actualité, toujours à travers le prisme de l’école autrichienne.

 

Bonne lecture.

 

 

 

 

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