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L'école autrichienne d'économie, la dynamique de l'économie.
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L'effet Cantillon, inflation et inégalités

25 Mai 2017 , Rédigé par Le blog autrichien

Effet Cantillon

 

En matière d’inflation, le concept le plus répandu est la notion d’inflation générale des prix. C’est ce qu’on mesure. On considère qu’il y de l’inflation quand tous les prix augmentent simultanément. L’école autrichienne d’économie a une approche différente, et surtout plus réaliste. Ce qu’on appelle l’effet Cantillon.

 

Cette approche provient initialement de Richard Cantillon. Celui-ci est un personnage rocambolesque. Il est né en Irlande vers 1660, et décédé à Londres en 1734 dans un incendie. Quoique la légende veut qu’il ait organisé une fausse mort, en brûlant un corps, pour échapper à ses ennemis. Il a écrit un livre, intitulé Essai sur la nature du commerce en général qui a été publié après sa mort. Ce qui le distingue, c’est aussi qu’il a fait fortune grâce à ses théories.

 

Il est considéré par Murray Rothbard comme le premier économiste, avant Adam Smith. Il est considéré comme l’inventeur du concept d’entrepreneur aussi. C’est une figure oublié des économistes, sauf de l’école autrichienne, qui intègre elle aussi une théorie de l’entrepreneur, ainsi que l’effet Cantillon.

 

Richard Cantillon a fait fortune notamment avec le système de Law. Car il savait ce qui allait se produire. Il a étudié les effets de l’arrivée massive d’or en Espagne des colonies d’Amérique. Cet or a provoqué de l’inflation. Mais pas une augmentation générale des prix. L’inflation se diffuse progressivement dans l’économie, à partir de son point d’entrée. En l’occurrence, les produits destinés au roi. Ceux qui vendent ces produits en profitent car ils sont au début du processus.

 

C’est le principe de l’effet Cantillon. L’inflation n’est pas l’augmentation générale des prix. Les prix augmentent au point d’entrée de la monnaie. Il se produit une distorsion des prix. L’inflation se diffuse, mais elle ne devient pas forcément générale. Certains prix peuvent ne pas augmenter.

 

Aujourd’hui, ce sont les banques qui créent de la monnaie, par le crédit. La création monétaire est pilotée par les banques centrales. Cette création monétaire provoque de l’inflation, mais qui n’est pas forcément considéré comme telle par la plupart des économistes. En effet, quand il y a une augmentation des prix de l’immobilier, ou des actifs financiers, on perle de bulle : bulle immobilière, bulle boursière, etc. Mais pas d’inflation. Pour l’école autrichienne, c’est un effet de la création monétaire, et donc de l’inflation. Les prix augmente là où la monnaie est introduite.

 

Cet effet Cantillon est bien illustré par la crise de 2008. Les prix de l’immobilier ont considérablement augmenté, et tout le secteur est devenu hypertrophié. Or, c’est dans l’immobilier que s’est déversée la création monétaire, à travers le crédit immobilier. Par contre, l’inflation officielle restait mesurée. Mais elle ne prenait pas en compte la bulle immobilière.

 

Dans une conférence à l’Université d’automne en économie autrichienne, le professeur Guido Hulsmann fait un lien entre la création monétaire et les inégalités. Il souligne que les salaires dans la finance new-yorkaise sont très élevés. Or New York est le point d’entrée de la création monétaire de la banque centrale des USA. Elle y fait ses opérations de marchés. La création monétaire favorise aussi l’augmentation de la valeur des patrimoines, ce qui favorise aussi les riches. (Vous pouvez lire la conférence ici, ainsi qu’un article récent de Mark Thornton sur le même sujet ici.)

 

L’effet Cantillon souligne une fois encore le réalisme et la pertinence de l’école autrichienne. Réalisme, car elle colle avec la réalité. Pertinence, car elle est d’actualité, avec la politique monétaire menée par la Banque Centrale européenne et la Réserve Fédérale des USA.

(Les 150 ans de l'école autrichienne d'économie!)

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La théorie autrichienne du cycle

22 Mai 2017 , Rédigé par Le blog autrichien

Il faut reconnaître que l’école autrichienne d’économie est un courant marginal. Cependant, il a acquis de la visibilité depuis les années 1970. L’échec des politiques keynésiennes a incité à s’intéresser aux opposants au keynésianisme. Dont l’école autrichienne. C’est ainsi que Friedrich Hayek a obtenu le prix Nobel, relançant ce courant de pensée.

 

Aujourd’hui, c’est aussi la crise qui relance l’intérêt pour l’école autrichienne. En effet, la crise actuelle correspond bien à la théorie autrichienne du cycle, la TAC en acronyme, ou encore ABCT pour Austrian Business Cycle Theorie.

 

L’intérêt de l’école autrichienne est d’avoir conceptualisé une théorie des cycles économiques. Une théorie qui a participé à l’attribution du Nobel d’économie à Friedrich Hayek, en 1974. Ce prix Nobel ayant également contribué à une certaine renaissance de l’école autrichienne.

 

La théorie du cycle trouve son origine chez le fondateur même de l’école autrichienne, Carl Menger. Il distinguait des biens de premier ordre, de second ordre, etc. Les biens de premier ordre sont consommables tout de suite. Ceux de second ordre servent à fabriquer des biens de premier ordre, et ceux de troisième ordre servent à fabriquer des biens de second ordre. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui dans la terminologie autrichienne le détour de production. Produire quelque chose prend du temps. Même un service. Le détour de production est une manière de prendre en compte le temps et la structure de production dans la théorie économique. Ce qui est une exclusivité de l’école autrichienne. Les autres théories ne le font pas.

 

L’école autrichienne considère que le taux d’intérêt traduit les préférences temporelles. C’est Böhm-Baverk qui a le premier exprimé cette idée. Les gens épargnent pour repousser dans le temps la consommation. Si l’épargne est élevé, cela fait baisser le taux d’intérêt, car il y a beaucoup d’argent disponible pour les prêts. Si l’épargne est faible, le taux d’intérêt est élevé, car il y a peu d’argent disponible pour les prêts. Par conséquent, le taux d’intérêt donnent une information au marché, et notamment aux acteurs du marché que sont les entrepreneurs : les consommateurs repoussent leur consommation. Donc, ils vont consommer plus tard. Donc, les entrepreneurs peuvent s’engager dans un processus d’allongement du détour de production.

 

Cependant, les taux d’intérêt ne sont pas déterminés par le niveau d’épargne de la population. Ils sont en fait fixés, totalement arbitrairement, par les banques centrales. Celles-ci ont tendance à diminuer le taux d’intérêt pour relancer l’économie. Et ça fonctionne. L’économie connaît un boom. Mais ce boom est artificiel. Surtout, il déstructure le tissu économique. Le détour de production s’allonge, sans raison puisque les consommateurs ne repoussent pas leur consommation. L’information donnée aux entrepreneurs est fausse. Ce qui donne ce que Mises appelle un malinvestissement. Ce n’est pas un surinvestissement. C’est un investissement à mauvais escient, dans un processus de production inadapté à l’économie.

 

Le boom entraîne une récession. Un bust en anglais. On caractérise le cycle par le boom et le bust : la relance et la récession entraînée par celle-ci. La récession provient de l’inadaptation de la structure de production aux attentes des consommateurs.

 

Ce qu’il faut souligner, c’est que la récession est la conséquence du boom artificiel. C’est la conséquence de ce qui a été fait avant la crise. Il est important de souligner la responsabilité des décisions économiques dans le déclenchement d’une crise. L’État, et d’autres acteurs comme la banque centrale, ont tendance à se présenter en sauveurs quand survient la crise. Pourtant, ce sont leurs décisions en matière monétaire qui ont précipité celle-ci.

 

Ce qu’il faut aussi souligner, c’est que le problème vient de la structure de l’économie. Le malinvestissement a créé une structure de production incompatible avec les attentes des consommateurs. Il n’y a pas trente six solutions pour résoudre la crise : il faut que l’économie se restructure. Ce qui signifie qu’aucune politique économique ne pourra rien y faire : il faut laisser le temps à l’économie de reprendre une structure compatible avec la croissance. Nous avons à nouveau le facteur temps qui est pris en compte, contrairement aux autres théories économiques.

 

La théorie autrichienne du cycle correspond au mécanisme de la crise des années trente. Une politique de création monétaire dans les années 1920 a provoqué un boom, qui s'est terminé en puissante récession. Cette création monétaire a provoqué des investissements en amont du cycle de production. Lionel Robbins, dans « La grande dépression », (1934) souligne notamment que les marges des entreprises en amont du cycle ont augmenté beaucoup plus que celles des entreprises situées en aval du cycle. En d'autres termes, les industries les plus éloignées de la consommation finale ont vu leurs marges plus augmenter que celles plus proches du consommateur. Ce qui signifie que les investissements se sont dirigés en amont du cycle, et donc que le détour de production s'est allongé.

 

La crise de 2008 correspond aussi à la théorie autrichienne du cycle. Il y a eu une très forte création monétaire, initiée par la banque centrale américaine. Cette création monétaire a été dirigée vers l'immobilier. Le secteur de la construction notamment a explosé. Il y a eu une période de boom, qui s'est finie par un bust, une récession.

 

Il y a d'autres facteurs qui peuvent aggraver une crise. La théorie du cycle identifie le phénomène à la base du déclenchement, mais des facteurs aggravants entrent jeu, comme le souligne Lionel Robbins dans le même ouvrage. L'interventionnisme du président Hoover pendant la crise des années trente l'a ainsi considérablement aggravée. Hoover a pris des mesures protectionnistes, et a provoqué ce qu'on appelle aujourd'hui une dévaluation compétitive. Les autres pays ont suivi. Ce qui a aggravé l'effondrement économique. Il a aussi incité les gros industriels à ne pas baisser les salaires, ce qui a empêché l'ajustement économique, et aggravé le chômage.

 

Les effets de cet interventionnisme ont tellement marqué le pays que c'est l'inverse qui a été fait après la seconde guerre mondiale: développement du commerce mondial avec les accords du GATT, et stabilité monétaire avec l'arrimage des monnaies au dollar et le FMI. On peut souligner que nous avons bénéficié de cet apprentissage. La crise de 2008 a été peu aggravée par le protectionnisme et les dévaluations compétitives. Mais le discours revient chez les gouvernements.

 

Le point le plus controversé de la théorie autrichienne du cycle est l'allongement du détour de production. La signification même de cet allongement peut prêter à débat: est-ce un allongement strictement temporel, ou une augmentation des étapes de production.

 

Cependant, la théorie autrichienne du cycle présente des apports très pertinents à la théorie économique. L'école autrichienne est d'abord une théorie qui intègre le mouvement de l'économie. C'est ainsi que l'entrepreneur est intégré à la théorie, tandis que dans les autres écoles il est un élément externe. Avec la théorie du cycle, ce sont les crises qui sont intégrées à la théorie.

 

L'apport de la théorie autrichienne du cycle est aussi de s'interroger sur l'impact réel des politiques monétaires, alors que les autres théories traitent généralement uniquement de l'effet sur l'inflation générale des prix.

 

La théorie autrichienne reprend des éléments phares de l'école autrichienne: le temps et la structure de l'économie. Les crises proviennent des politiques menées antérieurement. et si le boom a mis du temps à se construire, la restructuration de l'économie prend nécessairement du temps également. Les gouvernants devraient y penser avant de se lancer dans des politiques aventureuses, qui impactent douloureusement les citoyens.

 

La théorie autrichienne du cycle est un des apports majeurs de l'école autrichienne. Elle montre encore une fois la capacité de l'école autrichienne à intégrer le mouvement en économie: l'évolution comme les crises. C'est ce que souligne Jesus Huerta de Soto quand il l'oppose au courant principal en économie, qu'il qualifie de statique. Dans la période de transformation actuelle, qui laisse désemparés beaucoup d'économistes, l'école autrichienne est la théorie la plus pertinente.

 

 

 

 

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Comportement humain et théorie économique

1 Avril 2017 , Rédigé par Le blog autrichien

Comportement humain et théorie économique

 

L’école autrichienne définit l’économie comme l’étude des interactions et de la coordination des actions et des individus, et non des relations entre des données chiffrées. Au premier abord, cela peut ne pas être évident. En effet, en économie, dans notre quotidien, les chiffres sont omniprésents. Cependant, en économie, même les théories mathématiques font appel à une réflexion sur le comportement humain, à des degrés divers.

 

Le calcul monétaire.

Ludwig von Mises, dans L’action humaine, souligne que le calcul monétaire est omniprésent dans notre quotidien. C’est sur la base de ce calcul que nous prenons nos décisions. Ainsi, dans une économie communiste, sans prix, le calcul monétaire n’est pas possible. Et la coordination entre les comportements non plus. D’où, entre autre, l’impasse du communisme.

 

Nous prenons nos décisions sur la base de données chiffrées. Nous mesurons les valeurs avec des chiffres. Nous faisons des prévisions chiffrées. D’une manière générale, la gestion d’un budget, d’une entreprise, ce sont des chiffres. C’est la comptabilité.

 

On s’attend à diriger une économie nationale de la même façon. Ou, plutôt, on s’attend à ce que l’économie soit expliquée de la même façon : des relations entre des grandeurs chiffrées. Notamment pour faire des prévisions. Ou encore, pour contrôler l’économie. On veut pouvoir agir sur la croissance, l’emploi, simplement en agissant sur une grandeur numérique.

 

Cependant, à ses débuts, l’économie est une science humaine. En recherchant l’origine de la richesse des nations, Adam Smith constate que celle-ci se développe avec la liberté. Puis, avec Jean-Baptiste Say et James Mill se précise l’idée que l’économie c’est l’échange librement consenti, qui aboutit à ce que nous appelons aujourd’hui un échange à somme positive. Enfin, l’explication de la valeur marginale est littéraire, même si elle aboutit, avec Walras et Jevons, à la mathématisation de l’économie.

 

Cette mathématisation est d’aileurs d’abord une mathématisation du comportement de l’individu. Jevons d’ailleurs encense Jean-Baptiste Say. Avec Jevons, Marshall et Walras, l’école néoclassiques succède à l’école classique qui traitait l’économie comme une science humaine. Les néoclassiques développent la mathématisation de l’économie. Ils créent une abstraction, « l’homo œconomicus ». Ils étudient son comportement : ce qu’il fait quand un prix augmente par exemple. Ce qu’il fait quand les salaires diminuent. On crée des courbes qui modélisent le comportement économique, et on en tire des conclusions. L’économie part ainsi toujours du comportement.

 

Hypothèses comportementales.

Après les néoclassiques, la macroéconomie s’est imposée. Elle représente une avancée de plus vers la mathématisation de l’économie. Elle utilise des grandeurs agrégées: demande globale, offre globale, importation, exportation, etc. Elle étudie les relations entre ces grandeurs, notamment à l'aide d'outils statistiques. On peut penser alors que la macroéconomie n'étudie que les relations entre des données chiffrées. Mais ce n'est pas si simple.

 

Ainsi, il y a plusieurs théories macroéconomiques. Pour schématiser, il y a d'un côté la macroéconomie keynésienne, de l'autre la nouvelle macroéconomie classique. Et entre les deux, différentes variantes. De nombreuses variantes. Le keynésianisme s'inspire des hypothèses comportementales de Keynes. Par exemple, le fait qu'une hausse des prix entraîne une hausse de la consommation, car les gens se dépêchent d'acheter avant que les prix n'augmentent encore. La demande augmente, ce qui provoque une augmentation de la production, donc des embauches, dons des revenus supplémentaires, donc une demande supplémentaire, et ainsi de suite.

 

La macroéconomie classique va reposer sur d'autres hypothèses. Par exemple, Milton Friedman a développé la théorie du revenu permanent. C'est-à-dire que les dépenses de chacun ne varient pas si les revenus augmentent ou baissent, il y a un temps de latence.

 

Les divergences en macroéconomie reposent donc sur des hypothèses comportementales différentes. Chaque école cherche bien sûr à tester ses hypothèses de manière statistique.Il n'en reste pas moins qu'elles sont élaborées et expliquées de manière littéraire.

Ainsi, si les chiffres sont suffisants en comptabilité, la théorie économique nécessite toujours de prendre en compte le comportement humain. Même les théories qui semblent ne reposer que sur des relations entre des grandeurs numériques comportent des hypothèses comportementales. Seule la théorie autrichienne considère l'économie exclusivement comme la coordination de comportements humains (quoiqu'il existe une école qui introduit les mathématiques dans la théorie autrichienne). Mais toutes les écoles doivent prendre en considération les comportements. Au-delà des chiffres, il y a l'humain.

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LUDWIG VON MISES : L'ACTION HUMAINE

4 Février 2017 , Rédigé par Le blog autrichien

Ludwig von Mises (1881 – 1973) est considéré par ses pairs comme l'auteur le plus important de l'école autrichienne d'économie. La fondation créée pour perpétuer et diffuser la tradition autrichienne a par exemple choisi de s'appeler le Mises Institute. Mises a marqué de son empreinte l'école autrichienne sur de multiples sujets. Il lui a donné son cadre d'analyse, qui est encore le sien aujourd'hui. Ce cadre, c'est l'action humaine, dont il a fait le titre de son magnus opus.

 

Mises écrit :

"Il n'y a jamais eu de doutes ni d'incertitudes quant au domaine de la science économique. Depuis le moment où les gens ont souhaité une étude systématique de l'économie ou économie politique, tous ont été d'accord que la mission de cette branche du savoir est d'étudier les phénomènes de marché ; c'est-à-dire, la détermination des taux d'échange mutuels des biens et services négociés sur les marchés, leur source dans l'agir de l'homme et leurs répercussions sur ses actions ultérieures. La complexité d'une définition précise du domaine de l'économie ne provient pas d'une incertitude quant à la sphère des phénomènes à étudier. Elle est due au fait que les efforts pour élucider les phénomènes en question doivent aller au-delà de la portée du marché et des transactions de marché."

(L'Action Humaine, p.271)

 

L'économie, c'est donc l'échange. L'école autrichienne a un nom spécifique d'ailleurs pour l'économie, que reprends Mises : la catallactique ou catallaxie. C'est la science des échanges, comme l'indique l'encyclopédie Wikibéral.

 

Les échanges sont le fait des individus. Ce sont des actions des individus. Par conséquent, l'étude de l'économie s'inscrit dans un domaine plus large : celui de l'action humaine. La science de l'action humaine est nommée praxéologie. Selon Mises, ce terme n'est pas de lui. Mais il en a défini l'acception dans le cadre de l'école autrichienne d'économie, ce qui lui confère la paternité de la science de l'action humaine.

 

La praxéologie, c'est l'être humain agissant. L'humain agit. C'est un axiome. Le simple fait de penser, d'écrire, de parler, est une action. L'individu agissant utilise des moyens en vue d'atteindre des fins. La praxéologie n'étudie pas les fins. Elle ne les définit pas. C'est l'individu qui les choisit. Pour les atteindre, il utilise des moyens. Si ces moyens sont rares, c'est le domaine de l'économie.

 

Mises souligne qu'il est difficile de définir précisément le domaine de l'économie :

 

" Le champ de la praxéologie – la théorie générale de l'agir humain – peut être défini et circonscrit avec précision. Les problèmes spécifiquement économiques, ceux de l'action économique au sens étroit, ne peuvent qu'en très gros être dissociés du corps complet de la théorie praxéologique."

(L'action humaine, p.273)

 

La praxéologie découle logiquement du subjectivisme de Carl Menger. La valeur d'un produit est subjective. Elle dépend complètement de chaque individu. Chaque individu a des objectifs différents. L’école autrichienne ne s’inscrit pas dans la maximisation de la théorie néoclassique. Les fins de l’individu lui sont propres. L’école autrichienne ne considère pas que chacun cherche à maximiser un profit. Chacun cherche à éviter une gène, mais la notion de gène est différente pour chaque individu.

 

L’évaluation de l’environnement, et de l’avenir, est également différente pour chaque individu. Chacun a ses informations. Toute information est évaluée et interprétée différemment par chaque individu. L'avenir est envisagé différemment par chaque individu. L'échange est action de plusieurs individus, en fonctions de leurs interprétations subjectives de différentes notions et informations, comme la valeur ou l'avenir. Par conséquent, l'économie est l'étude de la coordination des actions des individus.

 

"C'est pourquoi, la science économique, loin d'être un ensemble de théories sur le choix ou la décision, est, aux yeux de l'école autrichienne, un corpus théorique concernant les processus d'interaction sociale ; ceux-ci peuvent être plus ou moins coordonnés selon la perspicacité démontrée par les acteurs impliqués dans l'exercice de l'action entrepreneuriale."

Jesus Huerta de Soto, L'école autrichienne, marché et créativité entrepreneuriale.

 

L’école autrichienne étudie ainsi les interactions et la coordination entre les actions des individus. Ce qui la distingue des théories basées sur la notion d’équilibre, comme la théorie néoclassique de Jevons et de Walras, co-inventeurs reconnus avec Menger du marginalisme, ou comme la macroéconomie, keynésienne ou classique, qui est venue ensuite, et constitue le corpus dominant aujourd’hui. Ces théories considèrent une situation d’équilibre, c’est-à-dire le croisement d’une courbe d’offre et de demande. Et elles décrivent à quel niveau se croisent les courbes quand une variable évolue.

 

Par exemple, si le coût du travail change, à quel niveau d’emploi vont se croiser les courbes de l’offre et de la demande de travail, à quel niveau d’emploi il y aura équilibre entre l’offre et la demande. On déterminera un équilibre de sous emploi ou de plein emploi. Ou, si la TVA augmente le prix d’un produit, à quel niveau les courbes d’offre et de demande de ce produit vont se croiser. On déterminera ainsi l’effet de la TVA sur la demande. Derrière ces courbes, il y a des équations. L’équilibre dépend de variables quantitatives.

 

Il peut y avoir des différences méthodologiques entre les auteurs de l’école autrichienne d’économie. Mais tous se reconnaissent dans le cadre de l’action humaine défini par Ludwig von Mises. L’économie n’est pas selon l’école autrichienne l’étude de l’équilibre entre des variable quantitative, mais elle s’inscrit dans l’étude de l’action humaine.

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Carl Menger, le fondateur de l'école autrichienne d'économie.

16 Janvier 2017 , Rédigé par Le blog autrichien

Carl Menger (1840-1921) a publié en 1871 ses Principes d'économie, l'ouvrage fondateur de l'école autrichienne d'économie. Menger n'avait pas l'intention de fonder un nouveau courant de pensée en économie. Gilles Dostaler1 souligne que Menger a dédié son ouvrage au chef de file de l'école historiciste allemande, Wilhelm Roscher, preuve selon lui qu'il ne s'attendait pas à ce que cette école de pensée rejette son œuvre. Menger se réfère par ailleurs à des auteurs allemands de toute l'Europe. Dostaler souligne son érudition. Pour Menger, selon Dostaler, son ouvrage ne fait qu'établir les conclusions qu'impliquent les écrits antérieurs des économistes. Pourtant, ce sera perçu comme une révolution.

 

L'économie comme une science.

Carl Menger considère qu'il y a des lois économiques, indépendantes de l'histoire. Il se place pour cette thèse dans la lignée des économistes anglais comme Ricardo, ou français comme Jean-Baptiste Say. Tout comme ses contemporains Jevons et Walras. Mais il s'oppose ainsi à l'école historiciste allemande. Peut-être pensait-il que c'était une évolution logique, si l'on suit Dostaler. Cependant, c'est une différence essentielle par rapport à l'école allemande, qui considère que l'économie se comprend à travers l'histoire. Cette différence de méthodologie entraînera entre Menger et les historicistes la querelle des méthodes. Elle a éloigné Menger de la science économique, son premier ouvrage devant être suivi d'un autre, qui n'a jamais été publié. Par contre, il a publié Recherches sur la méthode dans les sciences sociales et en économie politique en particulier, dont Friedrich Hayek dit qu'il est aussi important que Les principes d'économie pour comprendre la pensée de Menger.

 

La révolution marginaliste.

Carl Menger fait partie des trois co-inventeurs reconnus de la révolution marginaliste. Les deux autres étant William Stanley Jevons et Léon Walras. Même s'il ne considérait pas avoir révolutionné l'économie, comme nous l'avons déjà vu. Le premier auteur reconnu comme un économiste, Adam Smith (1723-1790), puis son non moins prestigieux successeur, David Ricardo (1772-1823), associaient la valeur d'un produit à la quantité de travail qui y était intégrée. Mais ce n'était pas satisfaisant. Car cela ne correspondait pas forcément à la réalité. De même, associer la valeur à l'utilité aboutit à un paradoxe : le diamant a plus de valeur que l'eau, pourtant indispensable à la vie.

 

La théorie de la valeur marginale va résoudre le paradoxe. Selon Menger, chaque individu classe les produits et service en fonction des besoins satisfaits. Par exemple, il est indispensable de boire pour vivre. Si la quantité d'eau disponible est juste suffisante pour cette satisfaction primaire, l'eau aura une valeur élevée pour l'individu. L'eau peut avoir d'autres usages : se laver, laver la voiture, arroser les rosiers, remplir le pistolet à eau du petit dernier. S'il y a suffisamment d'eau pour la satisfaction du dernier usage, l'eau n'a pas une valeur élevée aux yeux de l'individu. C'est la dernière satisfaction procurée qui détermine la valeur du produit ou du service aux yeux de l'individu. La satisfaction marginale. D'où la notion de valeur marginale. A contrario, un produit peut être tellement rare, qu'on peine à en obtenir pour simplement la satisfaction d'en faire un bijou. D'où la valeur élevée du diamant.

 

La théorie marginale de la valeur était considérée comme une révolution par Jevons et Walras, les co-découvreurs avec Menger. Mais pas pour Menger. Comme vu précédemment, Menger est fier que son travail repose sur les fondations établies par des économistes allemands. Dostaler souligne qu'il se réfère aussi à des auteurs tels que Condillac, Quesnay, Turgot et Say. Jesus Huerta de Soto2 souligne quant à lui l'influence des scholastiques espagnols. Menger s'inscrit dans une tradition. Il ne considérait pas avoir fait une révolution. Cependant, par rapport à la théorie de la valeur travail de Smith et Ricardo, le marginalisme apparaît comme une avancée majeure.

 

Le subjectivisme.

Jusque là, Menger s'inscrit dans l'évolution de la pensée économique de son époque. Il considère que l'économie est scientifique, dans le sens où elle obéit à des lois indépendante de l'histoire. D'autre part, il défend le marginalisme, qui s'imposera. Cependant, ses Principes d'économie recèlent des spécificités qui feront de lui le premier d'une lignée. La plupart des caractéristiques de l'école autrichienne sont en effet déjà présentes dans son ouvrage.

 

La caractéristique principale est le subjectivisme, qui va devenir une base de la théorie autrichienne. Ce subjectivisme signifie que la théorie économique part de l'être humain. Jesus Huerta de Soto écrit :

 

L'idée distinctive la plus originale et la plus importante de l'apport de Menger réside, donc, dans l'essai de bâtir toute l'économie en partant de l'homme comme acteur créatif et protagoniste de tous les processus sociaux.

(L'école autrichienne, marché et créativité entrepreneuriale, p.54)

 

Ce subjectivisme apparaît dans la théorie de la formation des prix. Elle se distingue de l'économie classique, de Smith et Ricardo, qui recherchait une valeur objective, et avait cru la trouver dans la valeur travail.

 

On peut considérer que le subjectivisme apparaît aussi dans la théorie des prix de Jevons et celle de Walras. Guido Hülmann souligne que le subjectivisme de Menger n'a rien de celui, radical, de son successeur Ludwig von Mises. Mais on peut aussi considérer que Jevons et Walras réintroduisent de l'objectivisme dans leurs théories.

 

Ainsi, ces derniers réintroduisent de l'objectivité dans le prix. Ils le font en liant le prix et l'utilité. Une utilité qui est objectivement la même pour tous les individus, ce qui reviendrait à considérer cette utilité, en fait, comme intrinsèque au produit (même si ni Jevons, ni Walras, ne recherchent une valeur ou une utilité intrinsèque). Ainsi, il est possible de comparer l'utilité entre des produits. Et de créer, par exemple, des courbes d'utilité. Tandis que Manger raisonne en terme de satisfaction personnelle. Satisfaction qui est purement subjective pour chacun, et ne peut pas devenir objective. C'est-à-dire qu'un même produit satisfait un besoin différent, au moins en intensité, chez chaque individu. Chaque individu peut comparer le besoin pour lui de chaque produit. Mais on ne peut pas comparer globalement l'utilité des produits entre eux.

 

D'autre part, pour Jevons ou walras, le prix est la valeur à laquelle s'échangent les produits. Il y a un prix de marché qui s'impose à tous. Mais pour Menger, la valeur est purement subjective. Elle est différente pour chaque individu. Il n'y a donc pas de prix de marché. Le prix peut différer à chaque échange en fonction de la transaction et de la valeur attribuée par chacun des protagonistes. On ne peut pas raisonner, ni créer de modèle, à partir d'un prix de marché. La valeur fait partie de la dynamique du marché. (Voir à ce sujet Maurice Lagueux, Menger and Jevons on value, a crucial difference. )

 

Selon cette explication, le subjectivisme radical de Mises serait en germe chez Menger.

 

L'économie en tant que science humaine.

Le marginalisme a entraîné le passage de l'économie des sciences humaines aux mathématiques. Sauf pour Menger. L'économie est pour lui une science non mathématique. Ce qui reste aujourd'hui encore une caractéristique de l'école autrichienne. Dans une correspondance avec Walras, Menger écrit :

 

Je suis, de fait, de l’opinion que la méthode à suivre dans la soi-disant économie politique pure ne peut pas simplement être appelée mathématique ni simplement rationnelle. Ce ne sont pas uniquement des rapports de grandeur que nous recherchons mais aussi l’essence des phénomènes économiques.

(Lettre de Menger à Walras citée dans Antonelli 1953, p. 280)
Gilles Dostaler, L’École autrichienne dans le panorama de la pensée économique

 

Cette approche s'oppose à l'approche en terme d'équilibre des autres marginalistes, Jevons et Walras. Ces derniers raisonnent en termes d'équilibre. C'est-à-dire d'égalité. Equilibre en offre et demande, entre offre de travail et d'emploi, etc. Huerta de Soto souligne que l'approche autrichienne se veut dynamique. Elle deviendra l'étude du processus de coordination entre chacun des acteurs de l'économie, et non à l'étude de rapports entre des grandeurs quantitatives.

 

Cette approche non mathématique découle-t-elle du subjectivisme ? L'objectivisme est au contraire nécessaire à la mathématisation de la science économique. Comme Lagueux l'écrit :

 

La forme d'objectivité qui est réintroduite dans la théorie de Jevons correspond à ce qui est requit pour permettre le développement d'un traitement mathématique de l'économie.

 

On peut donc penser que Menger adopterait une méthode non mathématique car c'est ce que l'observation de l'économie implique. Tandis que pour mathématiser l'économie, il faudrait tordre les faits, introduire de l'objectivité là où il y a de la subjectivité. C'est là un débat sans fin, qui peut devenir virulent entre économistes.

 

Auto-génération.

Dans ses Principes d'économie, Menger s'intéresse à l'invention de la monnaie. Ce qu'il constate, c'est qu'il n'y a pas eu invention. Des matières ont émergé comme monnaie. Celle-ci s'est en fait créée toute seule. C'est une institution auto-générée. Les Etats ne sont intervenus qu'après coup.

 

Selon Guido Hülsmann, cette thèse de l'auto-génération des institutions économiques découle de la théorie des prix de Menger. Il écrit :

 

Oeuvre scientifique, la théorie des prix de Menger a tout de même certaines implications politiques qui n'ont pas échappé à ses disciples, ni d'ailleurs à ses rivaux comme Schmoler. A la lumière de cette théorie, en effet, l'économie de marché paraît comme un grand organisme rationnel et autorégulateur, voué à la satisfaction des besoins individuels. Non seulement les prix, mais même les institutions économiques comme la monnaie sont ordonnés par les besoins partiels des êtres humains.

(L'école autrichienne à la fin du XIXè et au début du XXè siècle, in Histoire du libéralisme en Europe.)

Ce thème de la création de la monnaie sera développé par Ludwig von Mises. Tandis que Friedrich Hayek s'intéressera aux règles non établies qui s'imposent par l'expérience. Ce n'est pas ici l'objet d'aller plus loin dans la réflexion. Ce qu'il faut retenir, c'est que dès Carl Menger la théorie autrichienne comprenait cette thèse d'auto-génération, de la monnaie pour Menger, thèse qui sera développée dans d'autres domaines par la suite, notamment par Friedrich Hayek.

 

En conclusion tous les économistes de l'école autrichienne se réclament de Carl Menger. Ce dernier n'avait pas à l'idée de créer un nouveau courant. Il puise dans la connaissance de ses prédécesseurs. Et il s'inscrit dans le courant marginaliste qu'il contribue à faire naître. Mais son œuvre contient les éléments d'une nouvelle école de pensée : le subjectivisme, l'économie comme science humaine, l'auto-génération. Ce qui fait de lui le fondateur de l'école autrichienne d'économie.

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A Propos

16 Janvier 2017 , Rédigé par Le blog autrichien

L’économie évolue constamment. Elle se transforme. De nouvelles activités apparaissent. De nouvelles formes d’organisation. Des crises surviennent. Ce mouvement, ces évolutions, ces changements qualifiés de structurels sont mal pris en compte par la plupart des théories économiques. Celles-ci sont statiques. Elles n’intègrent pas le changement structurel.

 

La seule théorie économique qui intègre l’évolution, les changements structurels, les transformations, c’est l’école autrichienne d’économie. Sa conception de l’économie est dynamique. Elle offre un cadre pour comprendre les mouvements de l’économie aujourd’hui, que ce soit la crise, l’entrepreneuriat, ou l’évolution de la notion de travail.

 

D’où ce blog, la dynamique de l’économie. Il comportera des articles expliquant la théorie autrichienne. Ainsi que d’autres articles, sur l’histoire économique, l’histoire de la pensée économique, ou même sur l’actualité, toujours à travers le prisme de l’école autrichienne.

 

Bonne lecture.

 

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