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L'école autrichienne d'économie, la dynamique de l'économie.
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Les libéralismes de l'école autrichienne

6 Avril 2019 , Rédigé par Le blog autrichien

Les libéralismes de l’école autrichienne.

 

L’école autrichienne d’économie est rattachée au libéralisme. En effet, une de ses figures de proue, la plus connue auprès du grand public, Friedrich Hayek, est surtout célèbre pour sa défense de la liberté plutôt que pour la théorie des cycles qui lui a valu le Nobel d’économie. Par ailleurs, le Mises Institute, principale organisation qui promeut l’école autrichienne aujourd’hui, est également autant un ardent défenseur de la liberté qu’un institut d’économie.

 

La pensée n’est pas uniforme au sein de l’école autrichienne. Il y a, schématiquement, deux branches en matière de libéralisme. Ce qu’on appelle l’anarcho-capitalisme, ou aussi libertarianisme d’un côté. Et la pensée hayékienne, de Friedrich Hayek, qui a une place particulière.

 

L’anarcho-capitalisme

Le Mises Institute a été créé pour promouvoir l’école autrichienne d’économie. Il s'inscrit dans la philosophie libérale de Murray Rothbard, qui fut un élève de Mises. Cette philosophie est L’anarcho-capitalisme.


 

L’anarcho-capitalisme est basé sur le Droit. Ce qu’on appelle aussi le droit naturel. Des droits sont attachés à la personne humaine. A chaque être humain. L’être humain est propriétaire de lui même. Il peut faire ce qu’il veut de lui même. Il a donc aussi la propriété de ce qu’il fabrique. De ce qu’il trouve.


 

L’être humain est propriété de lui même,  donc nul n’a le droit de le forcer à faire quoi que ce soit. Nul n’a le droit d'exercer une coercition sur l’être humain. C’est le principe qui découle du droit naturel, et définit la liberté : la non coercition.


 

Une société régulée

Du principe de non coercition découlent toutes les règles. Toute atteinte à la personne ou à la propriété est proscrite. C’est une violence. La conséquence est la légitime défense. En cas de violence, l’être humain a le droit de se défendre, et d'exercer une violence, car le principe de non coercition n’a pas été respecté.


 

La liberté et ses limites sont bien illustrées par la liberté d’expression. Tant qu’il n’y a pas de violence, chacun a le droit de dire ce qu’il veut. Tout peut être critiqué.  N’importe quelle religion. N’importe quelle comportement sexuel. On peut vouer n’importe qui pour n’importe quelle motif aux gémonies. La limite est la violence. Appeler à l'enfermement pour un comportement qui ne comporte aucune violence sur autrui est prohibé. Le harcèlement est prohibé. On peut préconiser un mode de vie vegan,  mais pas harceler les bouchers.


 

Par contre,  au sein de sa propriété privée, chacun a le droit d’édicter ses règles. Vous avez le droit d’imposer le véganisme, et de refouler le porteur d’une ceinture en croûte de cuir.


 

Le principe d'égalité.

Le Droit s’applique à tous. Puisqu’il est naturel, attaché à la personne humaine. Par conséquent,  L’anarcho-capitalisme implique une égalité parfaite. Nul ne peut exercer de violence sur autrui. Quelle que soit la richesse, la puissance économique,  il ne peut y avoir coercition sur quiconque. Tout le monde, par définition, est soumis au même principe de non coercition.


 

Une société sans Etat

L'organe principal de coercition aujourd'hui, dans nos sociétés,  est l’Etat. L’Etat impose des comportements qui contraignent la personne humaine, sans respecter sa liberté. En toute logique, L’anarcho-capitalisme bannit l’Etat. Il préconise une société sans Etat.


 

Cela peut paraître inconcevable à beaucoup aujourd'hui. En effet, l’Etat contemporain est partout, particulièrement en France : école, assurance maladie, prévoyance, dirigisme. Mais n'oublions pas que cette omniprésence ne date que de l’après deuxième guerre mondiale, avec la théorisation et l'avènement de l’Etat providence. Les services rendus par l’Etat ont pour origine une nationalisation, comme l'assurance maladie.


 

On peut noter par ailleurs que de nombreuses fonctions attribuées à l’État existent dans le privé. En France,  pays étatisé, la population se tourne beaucoup vers l’école privée. En assurance maladie, une part non négligeable est assurée par des organismes privés,  les mutuelles. Même les fonctions dites régaliennes sont assurées par le privé. La plupart des agents de sécurité, qui protègent du terrorisme, dans les centres commerciaux et ailleurs, appartiennent au secteur privé.


 

La société sans Etat peut apparaître comme une utopie, souhaitable mais irréalisable. Pour les anarcho-capitalistes, elle est réalisable.

 

Une remarque de vocabulaire pour conclure cette partie. Aux USA, le terme "liberal" ne fait plus référence au libéralisme, mais plutôt à la gauche américaine. Le libéralisme y est appelé "classical liberalism", ou d’un nouveau terme qui a été forgé spécialement : "libertarianism". Qui a été traduit en français par libertarien. En France, ce terme a été repris par certains se réclamant de l’anarcho-capitalisme (même si d’autres l’ont repris également).


 

Hayek, et l’évolutionnisme

Hayek est célèbre pour son combat contre le totalitarisme. Célébrité qui a commencé avec un ouvrage, La route de la servitude, dans lequel il souligne que ce sont de bonnes intentions qui ont pavé le chemin des totalitarismes communiste et national socialiste. Son livre est d’ailleurs dédicacé "Aux socialistes de tous pays". Il souligne qu’à vouloir formater la société selon les desiderata d’une élite, on aboutit à une dictature. Et la démocratie peut mener à la servitude, fut-elle douce, pour reprendre les termes de celui qui avait précédemment formulé les mêmes avertissements, Alexis de Tocqueville. Hayek est bien placé pour formuler ces avertissements. En Autriche, il a vu la montée du national socilaisme chez le voisin allemand. Il connaît bien également le totalitarisme communiste.

 

La limitation du pouvoir

Hayek ne va avoir de cesse de réfléchir à un ordre constitutionnel qui empêche la servitude. D’abord dans La constitution de la liberté, puis dans son magnus opus, Droit, législation et liberté. L’idée est que donner un pouvoir illimité, même à un gouvernement démocratiquement élu, fait courir le risque de mener au totalitarisme, ou, à tout le moins, à la dictature douce. Cette dictature consiste à imposer des comportements, des normes, qui sont édictées par une élites. Alors que, dans une société libre, les normes doivent venir du bas, de la société.

 

Au fil de ses ouvrages et articles, Hayek a argumenté son idée. Il souligne que ceux qui accèdent au pouvoir ne sont pas forcément les meilleurs d’entre nous. Loin de là. Ceux qui arrivent au pouvoir sont ceux qui cherchent le pouvoir. Ils vont donc employer tous les moyens pour conserver le pouvoir. Ce qui peut impliquer de favoriser l’électorat potentiel. Au détriment de la liberté.

Même ceux qui se prétendent animés de bonnes intentions peuvent mener à la dictature. Hayek dénonce ainsi ce qu’il appelle le constructivisme. Le fait d’imposer par le haut des comportements au gens. Dans ce cas, la démocratie est pervertie. Les gouvernants et les corps intermédiaires cherchant à mobiliser le consentement de la population.

 

Par conséquent, le pouvoir doit être limité. Afin de préserver la liberté.

 

L’ordre auto-généré

Hayek a étudié l’émergence des règles dans la société. Il constate qu’elles émergent quasi naturellement. Les comportements qui apportent un bénéfice à la population s’imposent, dans une société libre. Par exemple, on peut supposer qu’un jour, les tribus se sont aperçues qu’échanger était plus profitable que faire la guerre. D’où l’émergence du libre échange.

 

Hayek considère que l’information est dispersée au sein de la société. Personne ne peut détenir toute la connaissance. Les règles qui se construisent par l’expérience, par la coutume, intègre cette connaissance. Ainsi, dans un régime libre, nous obéissons à des règles qui se créent par l’expérience. Le temps sélectionne les règles qui procurent le plus d’efficacité. Hayek insiste sur le fait que la civilisation actuelle, qui a apporté les plus grands progrès sociaux, s’est construite sans plan d’ensemble, grâce à la liberté.

 

Il y a donc à la fois une dénonciation du constructivisme, le fait d’imposer un ordre par une élite, et la démonstration que l’ordre le plus efficace vient du bas, des actions quotidiennes des uns et des autres.

 

La perspective libérale

Hayek souligne que la concurrence est une méthode de découverte. En économie, comme dans tous les domaines de la sociétés. Cela vaut pour les règles. Cela vaut pour les procédés de fabrication. Cela vaut pour les produits. Un entrepreneur va mettre un produit sur le marché en fonction de ses intuitions, de sa connaissance propre d’un certain marché. En fonction du retour d’expérience, il ajustera sa stratégie. Ou il abandonnera, ayant cependant acquis des connaissances qui pourront lui servir pour une autre tentative.

 

Aucun organisme ne peut prévoir donc l’évolution du monde, de la société. Car, non seulement la connaissance ne peut être parfaite, mais elle évolue. La liberté permet de mettre en place des processus de découverte, et de création.

 

Anarcho-capitaliste versus Hayek

On pourrait penser que les anarcho-capitalistes soient d’accord avec Hayek. Celui-ci démontre, en pratique, qu’une société n’a pas besoin d’État pour concevoir des règles. Et, même, que l’État peut être néfaste. Cependant, les choses sont un peu plus compliquées. Les anarcho-capitalisyes n’ont pas de mots assez durs contre Hayek. Pourquoi ?

 

Une hypothèse pourrait être la popularité d’Hayek. Nous en parlons ici pour crever l’abcès. Il est vrai qu’Hayek occupe tout l’espace médiatique. Même s’il faut relativiser aujourd’hui, plus grand monde ne faisant le lien entre Hayek et la défense de la liberté. Le Mises Institute s’est ainsi fendu d’un article intitulé pourquoi Mises ? Et pas Hayek. Quiconque connaît l’école autrichienne reconnaît en Mises son plus grand contributeur, et celui qui en a posé les bases actuelles. Hayek ne dirait pas le contraire. De même que les anarcho-capitalistes reconnaissent le mérite d’Hayek dans son combat pour la liberté, qu’il a mené au début en solitaire. Ceci pour dire que les relations entre hayékiens et anarcho-capitalistes sont compliquées.

 

Passons maintenant aux contentieux sérieux. Les anarcho-capitalistes se basent sur le droit naturel. Pour lequel, en toute logique, l’État est exclu. Or, Hayek donne un rôle à l’État. Il y a une différence de point de vue, même d’épistémologie. Hayek s’intéresse au fonctionnement concret de la société. Il cherche à en décortiquer les ressorts. Quelles que soient ses opinions personnelles. Sébastien Caré, dans La pensée libertarienne, cite Hayek :

 

En 1959, Hayek envoya le manuscrit de La constitution de la liberté au fondateur du Liberty fund , Pierre Goodrich, qui lui retourna une critique reprochant au livre de justifier beaucoup d’interventions étatiques. A quoi Hayek répondit avec sa légendaire honnêteté : « Le fait est que dans l’état présent de ma pensée, je ne peux établir avec clarté un critère général qui exclurait tout ce que je n’aime pas. »

 

La différence fondamentale, c’est que les anarcho-capitalistes se fondent sur le Droit. Hayek, plutôt sur une pratique évolutionniste. D’où un différend.

 

L’essence du libéralisme

Quels que soient les différends entre les courants, tous deux respectent les principes de la philosophie libérale. Le fait de mettre en avant l’être humain. L’idée d’une société qui se construit par le bas, par les actions de chaque personne, et non déterminée par une élite au sommet. Une société régulée, et une égalité de chacun devant les règles, quelle que soit sa position dans la société. Une leçon d’humanisme.

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Valeur et prix en économie

30 Mars 2019 , Rédigé par Le blog autrichien

Valeur et prix en économie

 

Valeur et prix sont deux notions distinctes, mais parfois confondues en économie. La question du prix a été une longue réflexion pour l’économie moderne. Bien que les scolastiques eurent fait une considérable avancée, la théorie a quelque peu cafouillé, avant l’émergence du marginalisme. Cependant, la théorie autrichienne se distingue en insistant sur la distinction entre prix et valeur, ainsi que sur le subjectivisme.

 

La théorie de la valeur travail.

Le premier économiste reconnu comme tel est Adam Smith. Reconnu car en fait le premier ouvrage d’économie a été écrit par Richard Cantillon. Mais c'est Adam Smith qui est entré dans la postérité. Il faut dire que Richard Cantillon était un personnage rocambolesque, et son ouvrage publié sous le manteau. Ce qui n’enlève rien au mérite de son auteur, précurseur en matière des concepts d’entrepreneur et d’inflation.

 

Revenons à Adam Smith. Celui-ci considère qu’il existe un prix naturel.

 

Le « prix naturel » d’une marchandise correspond à ce qu’il faut payer pour produire, préparer et conduire cette denrée au marché et est fonction du taux naturel employé. (Corentin de Salle, La tradition de la liberté, tome 2.)

 

Cela sans nier qu’il existe un prix de marché :

 

Le « prix du marché » d’une marchandise est le prix auquel une marchandise se vend communément. Il peut être inférieur, égal ou supérieur au prix naturel. Ce prix n’est autre que le rapport entre la quantité de cette marchandise existant actuellement sur le marché et les demandes de ceux qui sont disposés à en payer le prix naturel.(Corentin de Salle, La tradition de la liberté, tome 2.)

 

Les économistes classiques recherchent donc une valeur naturelle, que l’on qualifie également d’intrinsèque, car elle est partie du produit lui même. C’est la valeur de ce qui est nécessaire pour produire le produit. Essentiellement le valeur travail. Ce qui fait la valeur, c’est le travail qui est incorporé à un produit.

 

Ce prix inclut les profits même si,dans le langage courant, on différencie ce dernier du prix primitif de la marchandise. On inclut le profit car, sans ce dernier, le vendeur n’aurait aucun intérêt à la vendre et emploierait autrement son capital. Son profit constitue son revenu, le fonds dont il tire sa subsistance. Cela ne correspond pas au prix le plus bas auquel un vendeur peut occasionnellement céder sa marchandise mais c’est bien le plus bas qu’il peut exiger s’il exerce son métier sur une période relativement étendue, à moins évidemment de jouir d’une parfaite liberté et d’être en mesure de changer de métier comme il lui plaît.(Corentin de Salle, La tradition de la liberté, tome 2.)

 

Il y a donc une recherche d’une valeur intrinsèque, qui correspondrait à la quantité de travail qui serait incluse dans un produit. En distinguant un prix de marché.

 

C’est une théorie en contradiction avec les précédentes réflexions sur les prix. Les scolastiques espagnols,notamment, avait une théorie subjective de la valeur. Par exemple, Luis Molina expliquait, au 14 ème siècle :

 

La valeur-utilité d'un bien particulier n'est pas fixée entre les gens ou par le passage du temps. Elle dépend de l'évaluation individuelle et de la disponibilité. Cette théorie explique aussi certains aspects singuliers des biens de luxe. Par exemple, pourquoi une perle, "qui peut seulement être utilisé pour décorer", serait plus onéreuse que les grains, le vin, la viande, ou les chevaux ? Il apparaît que toutes ces choses sont plus utiles qu'une perle et qu'elles sont certainement plus "nobles". Comme Molina l'a expliqué, l'évaluation est faite par les individus, et "nous pouvons conclure que le prix juste pour une perle repose sur le fait que certains hommes voulaient lui accorder de la valeur en tant qu'objet de décoration" (Llewellyn H. Rockwell, Jr., fondateur et président du Mises Institute à Auburn, Alabama, et éditeur de LewRockwell.com.)

 

La valeur travail a été reprise, d’une manière radicalisée, par Marx. Dans ses écrits, la valeur venait uniquement du travail, et les travailleurs étaient exploités car ils ne bénéficiaient pas de toute la valeur.

 

La valeur marginale.

La valeur travail n’était pas un concept satisfaisant, car il ne correspondait pas à la réalité. On cherchait bien à le torturer, en distinguant des sortes de travail plus ou moins qualifiés. Mais la quantité de travail n’explique pas les prix. Alors, une nouvelle théorie a été développée. La théorie marginaliste. Elle a donné naissance à deux courants en économie : l’école néoclassique, et l’école autrichienne.

 

On accorde la découverte de la théorie marginale à trois co-découvreurs, qui ont mené leurs travaux sans avoir connaissance de ceux de leurs collègues. Ce qui paraît étonnant aujourd'hui, alors que l’information circule si vite, ne l’était pas dans la deuxième partie du dix neuvième siècle. C’est en 1871 et en 1874 que furent publiées les théories. D’un côté, William Stanley Jevons et Léon Walras donnèrent naissance au courant néoclassique. Tandis que Carl Menger fit de même pour l’école autrichienne.

 

Le principe du marginalisme est que la valeur d’un produit ou d’un service dépend de son utilité marginale. L’idée du marginalisme est d’expliquer le paradoxe du diamant et de l’eau. Pourquoi l’eau, beaucoup plus utile que le diamant, et même indispensable à la vie, a-t-elle moins de valeur. Le marginalisme y répond en s’intéressant à l’utilité marginale.

 

Ce qui est important, ce n’est pas l’utilité de l’eau en général, du diamant en général. Mais l’utilité du dernier usage. Par exemple, si l’eau est si rare qu’on en trouve à peine pour survivre, elle vaudra énormément. Si elle est plus abondante, qu’on peut sans problème s’en servir pour laver sa voiture, elle vaudra moins cher. Beaucoup moins. Car c’est le dernier usage, celui qui a la plus faible utilité, qui détermine sa valeur. D’où le concept de valeur marginale, qui désigne la valeur de la dernière unité utilisée. C’est la valeur de cette dernière unité qui détermine la valeur de l’eau.

 

A contrario, le diamant est si rare que le simple usage de bijoux lui confère une grande valeur. Le paradoxe de l’eau et du diamant est ainsi expliqué.

 

Ensuite la théorie néoclassique théorise que le prix est déterminé par tâtonnement. Comme si un commissaire priseur menait des enchères, et déterminait un prix. Cette confrontation de l’offre et de la demande détermine le prix de marché. Ensuite, à partir de ce prix de marché, la théorie néoclassique étudie les réactions de l’homo œconomicus. Le prix est donc une donnée, et c’est un prix objectif, qui s’impose à tous.

 

La théorie économique dominante est passée à la macroéconomie. Mais la théorie marginaliste est toujours valable. La valeur dépend de l'utilité marginale,  et le prix de l'offre et de la demande, dont on illustre le processus par des enchères. On ajoute aujourd’hui la statistique. On fait des études sur les prix, pour évaluer la manière dont ils varient, en fonction des types de produits et de services. Sans que cela ajoute quoi que ce soit à la théorie de la valeur marginale, et de la détermination des prix par l’offre et la demande, illustrées par des courbes.

 

La théorie autrichienne de la valeur.

L’école autrichienne d’économie est née avec Carl Menger, l’un des co-découvreur de la valeur marginale. Donc, elle adopte le concept. Cependant, il y a des différences fondamentales avec la théorie néoclassique, et donc avec la macro économie contemporaine.

 

Valeur subjective

D’abord, la valeur d’un bien ou d’un service est subjective. L’école autrichienne insiste bien sur ce point. Il n’y a pas de valeur intrinsèque,  contrairement à l’école classique. Il n’y a pas non plus une valeur objective, lié à l’utilité marginale, et rattachée au produit. Chacun estime sa propre valeur pour un bien ou un service.

 

C’est parce que la valeur est subjective qu’il peut y avoir échange. Comme le souligne Ludwig von Mises, “chacun des échangistes évalue ce qu’il reçoit plus haut que ce qu’il abandonne.” Mises, dans L’Action Humaine, part de l’échange pour expliquer la formation des prix.

 

Dans un troc entre deux personnes, entre deux personnes qui ne se connaissent pas, le taux d’échange s’évalue dans une large marge. C’est-à-dire qu'il n'y a pas de prix de marché, puisque l’échange est unique. Puis, les échanges entre personnes ne se connaissant pas se sont multipliés. La division du travail s’est développée.

 

Lorsqu'il devient de règle que l’on produise pour la consommation d’autrui, les membres de la société doivent vendre et acheter. La multiplication des actes d’échanges, et l’augmentation du nombre des gens offrant ou demandant les mêmes articles, amènent à un rétrécissement des marges entre les évaluations des échangistes. L’échange indirect et son perfectionnement à travers l’emploi de monnaie divisent les transactions entre deux parties distinctes : vente et achat. Ce qui aux yeux de l’un des contractants, est une vente, pour l’autre est un achat. La divisibilité de la monnaie, pratiquement illimitée pour les usages qu’on en fait, rend possible de déterminer avec précision les taux d’échange. Les taux d’échange sont maintenant, en règle général, des prix en monnaie. Ils sont déterminés entre des marges extrêmement étroites : à savoir, les évaluations de l’acheteur marginal et celle de l’offreur marginal qui s’abstient de vendre; et d’autre part les évaluations respectives du vendeur marginal et de l'acheteur potentiel marginal qui s’abstient d’acheter.

Ludwig von Mises, L'Action Humaine.

 

Mises précise le mécanisme qui unifie les prix. Car, évidemment, chaque transaction d’échange est unique entre deux parties. Chaque prix correspond à une transaction. Puis, les transactions se multipliant dans des cercles restreints, les prix, dans chaque zone, commencent à s’unifier, chacun sachant à quel prix s’est effectué la transaction précédente. Ensuite, c’est l’action des entrepreneurs qui unifie les prix. Ceux-ci repèrent les différences de prix. Ils achètent là où c’est moins cher, et revendent là où c’est plus cher.

 

Il peut subsister des différences de prix. Il peut y avoir des obstacles à l’unification des prix. Comme des taxes. Du protectionnisme. Par ailleurs, certains produits sont uniques.

 

Cohérence interne, cohérence externe

On remarquera la cohérence de la théorie autrichienne. La valeur est subjective. Le prix se détermine lors de l’échange. C’est parce que la valeur est subjective qu’il peut y avoir échange. La théorie autrichienne n’a pas besoin de la fiction du commissaire priseur pour expliquer la détermination d’un prix de marché. C’est l’action des individus, des entrepreneurs en l’occurrence, qui permet l’émergence d’un prix de marché. Il y a une cohérence de la théorie, la cohérence interne, et une correspondance avec la réalité, la cohérence externe.

 

La théorie de la valeur et des prix a évolué depuis les débuts de l’économie moderne. De la recherche de la valeur intrinsèque, elle est passée à la valeur marginale. Avec deux écoles. L’une, qui privilégie une valeur objective, la macroéconomie contemporaine, l’autre qui insiste sur le subjectivisme, l’école autrichienne. L’école autrichienne étant la seule à expliquer la formation du prix de marché par un processus réaliste, l’action des entrepreneurs.







 

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Motivations économiques

10 Mars 2019 , Rédigé par Le blog autrichien

Motivations économiques

 

L’économie de marché est critiquée car elle considère que l’être humain maximise son profit. Certains vont même plus loin en soutenant qu’elle prône la maximisation du profit. D’autre part, on lui reproche d’être individualiste. Ou encore, de même, de prôner l’individualisme. Il s’agit là d’une interprétation complètement fausse de l’économie de marché.

 

La maximisation du profit.

L’école autrichienne appelle la science économique la catallactique, car elle traite de l’échange.

 

"Il n'y a jamais eu de doutes ni d'incertitudes quant au domaine de la science économique. Depuis le moment où les gens ont souhaité une étude systématique de l'économie ou économie politique, tous ont été d'accord que la mission de cette branche du savoir est d'étudier les phénomènes de marché ; c'est-à-dire, la détermination des taux d'échange mutuels des biens et services négociés sur les marchés, leur source dans l'agir de l'homme et leurs répercussions sur ses actions ultérieures."

 

La méthode spécifique de l’économie est la méthode des modèles imaginaires. C’est la nature de l’économie qui l’impose. Elle ne peut pas être fondée sur des expériences de laboratoires, comme les sciences naturelles. Elle ne peut pas être fondée par l’observation de régularités visibles, comme la course des astres pour l’astronomie. Il a fallu une méthode différente, qui est celle des constructions imaginaires.

 

"Un modèle théorique est l'image conceptuelle d'une suite d'événements logiquement tirée des éléments d'action qui y sont inclus. C'est un résultat déductif, dérivé ultimement de la catégorie fondamentale de l'agir, qui est l'acte de préférer et écarter. (…) Leur rôle est de servir l'homme dans un examen qui ne peut s'en rapporter à ses sens. En confrontant les modèles théoriques avec la réalité nous ne pouvons nous demander s'ils correspondent à l'expérience et dépeignent correctement les données empiriques."

 

Il s’agit donc, en quelque sorte, d’isoler le comportement économique d’un individu. D’étudier ce comportement. D’en tirer toutes les conséquences logiques.

 

Or, dans l’échange, en matière économique, l’individu cherche à maximiser son profit. Il échange quelque chose pour en tirer le meilleur prix. C’est la logique économique. Notons également que celui qui achète en donne ce prix car il estime que le produit en vaut la peine pour lui même. C’est un échange gagnant-gagnant.

 

La praxéologie

Mais le comportement d’un individu n’est pas qu’économique. C’est pourquoi l’école autrichienne considère que l’économie fait partie d’une discipline plus vaste, qui est celle qui étudie l’agir humain, et que l’on nomme la praxéologie.

 

L’être humain agit. C’est un axiome. Le simple fait de le dire, de l’écrire, de le penser, est une action. L’individu agit car il effectue consciemment et volontairement des actions qu’il veut réaliser. L’économie, ce sont des actions d’individus. L’économie fait donc partie de la praxéologie.

 

Toutes les actions ne sont pas, loin de là, des actions économiques. Et sous l’apparence économique peut se cacher d’autres motifs. Par exemple, aider un ami dans le besoin.

 

"L'homme qui agit est une unité. L'homme d'affaires qui possède seul sa firme efface parfois la frontière entre les affaires et la charité. S'il souhaite aider un ami dans le besoin, le tact peut lui suggérer un procédé qui évitera à ce dernier la gêne de vivre de charités. Il donne à l'ami un emploi dans son bureau bien qu'il n'ait pas besoin de son aide ou qu'il puisse embaucher quelqu'un d'équivalent pour un salaire moindre. Alors le salaire convenu apparaît, dans la forme, comme une partie des dépenses de l'affaire. En fait il est la dépense d'une fraction du revenu de l'entrepreneur. D'un point de vue strict, c'est une consommation et non une dépense destinée à augmenter les profits de la firme."

 

 

La science économique est comme la physique : elle ne préconise rien. Elle décrit des phénomènes, point. En économie, chacun maximise les termes de l’échange. Mais l’économie fait partie de la praxéologie. L’agir humain. Et les actions humaines obéissent à différentes raisons.

 

L’individualisme

L’école autrichienne a adopté la méthode de l’individualisme méthodologique. Comme l’économie néoclassique. Et contrairement à la macroéconomie contemporaine, qui s’intéresse aux agrégats mathématiques, et non aux individus. Mais qu’est ce que c’est l’individualisme méthodologique ?

 

"La praxéologie s'occupe des actions d'hommes en tant qu'individus. C'est seulement dans le cours ultérieur de ses investigations que la connaissance de la coopération humaine est atteinte, et que l'action en société est traitée comme un genre spécial de la catégorie plus universelle de l'agir humain comme tel."

 

La praxéologie conçoit que l’individu est soumis à diverses influences. Ses décisions dépendent de sa vie, de ses fréquentations, de son éducation. Mais là n’est pas son objet. Elle se préoccupe de l’agir humain. Pas des causes finales. Comme la physique ne recherche pas les causes de la pesanteur.

 

Les actions des individus peuvent être inspirées par des groupes. Elles peuvent s’inscrire dans un groupe. Mais même une action de groupe est composée des actions des individus qui constituent le groupe. Sans compter qu’un individu peut faire partie de plusieurs groupes.

 

"Tout d'abord nous devons prendre acte du fait que toute action est accomplie par des individus. Une collectivité agit toujours par l'intermédiaire d'un ou plusieurs individus dont les actes sont rapportés à la collectivité comme à leur source secondaire. C'est la signification que les individus agissants, et tous ceux qui sont touchés par leur action, attribuent à cette action, qui en détermine le caractère. C'est la signification qui fait que telle action est celle d'un individu, et telle autre action celle de l'État ou de la municipalité. Le bourreau, et non l'État, exécute un criminel. C'est le sens attaché à l'acte, par ceux qui y sont impliqués, qui discerne dans l'action du bourreau l'action de l'État. Un groupe d'hommes armés occupe un endroit. C'est l'interprétation des intéressés qui impute cette occupation non pas aux officiers et soldats sur place, mais à leur nation. Si nous examinons la signification des diverses actions accomplies par des individus, nous devons nécessairement apprendre tout des actions de l'ensemble collectif. Car une collectivité n'a pas d'existence et de réalité, autres que les actions des individus membres. La vie d'une collectivité est vécue dans les agissements des individus qui constituent son corps. Il n'existe pas de collectif social concevable, qui ne soit opérant à travers les actions de quelque individu. La réalité d'une entité sociale consiste dans le fait qu'elle dirige et autorise des actions déterminées de la part d'individus. Ainsi la route pour connaître les ensembles collectifs passe par l'analyse des actions des individus."

 

L’individualisme méthodologique n’es pas une préconisation. C’est une méthode d’analyse. Il s’agit de remonter au plus petit élément analysable, comme la physique qui décompose les éléments. C’est l’individu qui agit. Même dans un groupe. D’ailleurs, un individu peut appartenir à plusieurs groupes. Par conséquent, l’analyse ne peut se faire qu’à travers l’individu.

 

C’est parce que l’économie est composée de l’action des individus, et que c’est donc une science sociale, que l’individualisme méthodologique s’impose. Contrairement à la plupart écoles d’économie qui pratiquent ce qu’on appelle la macroéconomie. L’économie est appréhendée à travers des agrégats monétaires : PIB, consommation, investissement, etc.

 

L’économie est donc un domaine qui fait partie de la praxéologie, science de l’agir humain. Car l’individu a un comportement économique. Mais l’individu agit aussi hors économie. La catallactique isole le comportement économique de l’individu. L’individu cherche à maximiser les termes de l’échanges. Mais l’individu agit aussi pour d’autres raisons, et un comportement peut être difficile à faire entrer dans une catégorie. Et la méthode de la praxéologie ne peut être que l’individualisme méthodologique, car c’est l’individu qui agit.

 

Les citations sont extraites de L’Action Humaine, de Ludwig von Mises, traduction de Raoul Audouin.

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L'économie, qu'est-ce que c'est?

15 Décembre 2018 , Rédigé par Le blog autrichien

L'économie qu'est-ce que c'est ?

 

L'économie, qu'est-ce que c'est ? Normalement, l'objet d'une science est bien précisé. Ainsi, la physique étudie les phénomènes physiques : pourquoi une pomme tombe-t-elle ? Le phénomène est précisément identifié. La science peut évoluer, et de nouveaux domaines apparaître. Mais, comme l'écrit Ludwig von Mises, ce sont des subdivisions du savoir qui deviennent autonomes :

 

Dans les deux cents dernières années, il est vrai, nombre de sciences nouvelles ont émergé des disciplines familières aux anciens Grecs. Toutefois, ce qui s'est produit là fut simplement que des parties du savoir, qui avaient déjà trouvé leur place dans le complexe du vieux système des connaissances, accédèrent à l'autonomie. Le champ d'étude devint plus nettement subdivisé et traité selon des méthodes nouvelles ; des provinces jusqu'alors inaperçues y furent découvertes, et l'on commença à voir les choses sous des aspects différentes de ceux perçus par les prédécesseurs. Le champ lui-même n'était pas élargi.(L'Action Humaine)

 

La particularité de l'économie est qu'il s'agit d'une science nouvelle, vraiment nouvelle, apparue vers le 18ème siècle, même si on en trouve des prémices plus tôt.

 

L'économie, une science nouvelle.

On peut faire remonter l'étude des phénomènes économiques à l'Antiquité, comme le fait Murray Rothbard. Certains auteurs se sont en effet intéressés aux phénomènes économiques, sans qu'on puisse les qualifier d'économistes. Mais c'est dans l'histoire moderne que s'est développe l'économie.

D'abord, à nouveau par des non économistes. Ce sont des théologiens, au 15ème siècle, que l'on désigne sous le nom de l'école de Salamanque, qui ont étudié les phénomènes économiques de leur époque.

Ce n'était pas des économistes non plus. Ce qui a fondé l'économie, c'est la découverte de régularités, comme l'écrit Ludwig von Mises :

 

Mais l'économie ouvrit à la science des hommes un domaine précédemment inaccessible et auquel on n'avait jamais pensé. La découverte d'une régularité dans la succession et l'interdépendance de phénomènes de marché allait au delà des limites du système traditionnel du savoir. Elle apportait un genre de connaissance qui ne pouvait être considéré comme relevant de la logique, des mathématiques, de la psychologie, de la physique, ni de la biologie. (L'action Humaine).

 

L'économie est ainsi une science nouvelle. Mais chaque économiste en avait sa définition.

 

Les définitions de l'économie.

Pour se faire une idée de la diversité des définitions de l'économie, on peut d'abord comparer les titres des deux premiers ouvrages officiellement considérés comme traitant de cette nouvelle matière.

D'abord, l'ouvrage de Richard Cantillon, Essai sur la nature du commerce en général. Cantillon met donc en exergue le commerce dans son titre. Adam Smith met lui la richesse en exergue, dans son ouvrage : Recherche sur les causes et la nature de la richesse des nations. Jean-Baptiste Say parle lui aussi de richesses dans le sous-titre de son traité d'économie politique : Simple exposition de la manière dont se forment, se distribuent, et se consomment les richesses.

Cette revue des définitions ne peut se passer de celle de Lionel Robbins, communément admise :

L'économie est la science qui étudie le comportement humain en tant que relation entre des fins et des moyens rares susceptibles d'être utilisés différemment. (Wikipedia)

 

La praxéologie

L'école autrichienne a défini l'économie de la manière la plus précise. On remarque au passage l'extrême rigueur de cette école : d'abord définir ce que l'on étudie. C'est Ludwig von Mises qui a posé les bases de la définition de l'économie.

Il constate d'abord que l'économie est composée des milliards de décisions prises par chacun des individus composant l'humanité. L'économie découle donc de l'action, de l'agir, des individus. Elle fait donc partie d'une science plus large, celle de l'agir humain. Que Mises baptise la praxéologie (même s'il ne revendique pas la paternité de ce mot). Il écrit :

 

Pendant longtemps, on ne s'est pas avisé du fait que le passage de la théorie classique de la valeur à la théorie subjectiviste de la valeur faisait bien davantage que de substituer une théorie plus satisfaisante de l'échange sur le marché, à une théorie qui était moins satisfaisante. La théorie générale du choix et de la préférence va loin au-delà de l'horizon qui cernait le champ des problèmes économiques, tel que l'avaient délimité les économistes depuis Cantillon, Hume et Adam Smith jusqu'à John Stuart Mill. C'est bien davantage qu'une simple théorie du « côté économique » des initiatives de l'homme, de ses efforts pour se procurer des choses utiles et accroître son bien-être matériel. C'est la science de tous les genres de l'agir humain. L'acte de choisir détermine toutes les décisions de l'homme. Et faisant son choix l'homme n'opte pas seulement pour les divers objets et services matériels. Toutes les valeurs humaines s'offrent à son option. Toutes les fins et tous les moyens, les

considérations tant matérielles que morales, le sublime et le vulgaire, le noble et l'ignoble, sont rangés en une série unique et soumis à une décision qui prend telle chose et en écarte telle autre. Rien de ce que les hommes souhaitent obtenir ou éviter ne reste en dehors de cet arrangement en une seule gamme de gradation et de préférence. La théorie moderne de la valeur recule l'horizon scientifique et élargit le champ des études économiques. Ainsi émerge de l'économie politique de l'école classique une théorie générale de l'agir humain, la praxéologie.

 

La catallactique

Au sein de l'agir humain, l'économie est la catallactique : la science de l'échange. Ludwig von Mises écrit :

La délimitation des problèmes catallactiques

Il n'y a jamais eu de doutes ni d'incertitudes quant au domaine de la science économique. Depuis le moment où les gens ont souhaité une étude systématique de l'économie ou économie politique, tous ont été d'accord que la mission de cette branche du savoir est d'étudier les phénomènes de marché ; c'est-à-dire, la détermination des taux d'échange mutuels des biens et services négociés sur les marchés, leur source dans l'agir de l'homme et leurs répercussions sur ses actions ultérieures. La complexité d'une définition précise du domaine de l'économie ne provient pas d'une incertitude quant à la sphère des phénomènes à étudier. Elle est due au fait que les efforts pour élucider les phénomènes en question doivent aller au-delà de la portée du marché et des transactions de marché. Afin de concevoir pleinement le marché, l'on est obligé d'étudier l'agir d'individus hypothétiquement isolés, d'une part ; et de comparer le système de marché avec une imaginaire société socialiste, d'autre part. En étudiant l'échange interpersonnel, l'on ne peut éviter de considérer l'échange autistique. Mais alors il n'est plus possible de définir de façon tranchée les frontières entre le genre d'actions qui est le champ propre de la science économique au sens étroit, et le reste de l'agir. L'économie élargit son horizon et se change en une science générale de toute et de chaque action de l'homme, elle devient praxéologie. La question qui se présente est celle du moyen de distinguer avec précision, à l'intérieur du domaine plus large de la praxéologie générale, un terrain plus restreint des problèmes spécifiquement économiques.

 

L'économie, à la base, c'est l'échange. C'est ce qu'il est important de comprendre.

 

L'échange inégal

C'est ce qu'on appelle aussi l'inégalité de l'échange. Inégalité ne signifiant pas inéquité. Simplement que l'objet de l'échange n'a pas la même valeur pour les deux parties. L'une des partie a plus besoin de l'objet de l'échange que l'autre. Dans le cadre d'un troc, chacune des partie préfère avoir l'objet de l'autre plutôt que celui dont elle se sépare. C'est l'inégalité de l'échange.

 

La loi de Say.

Cette notion de l'échange ramène à la loi de Say. Que dit cette loi ? Que les produits s'échangent contre des produits. Ce que l'on peut illustrer De la manière suivante.

Imaginons deux personnes, qui produisent chacune un produit, ou un service. Monsieur A fabrique le produit A, Madame B le produit B. Monsieur A échange un produit A contre un produit B avec madame B. Chacun en tire un bénéfice. Monsieur A a beaucoup de produits A, plus qu'il n'en aura jamais besoin. Par contre il n'a pas de produit B. Par conséquent il a plus besoin du produit B qu'il acquiert que du produit A qu'il échange. Et idem pour madame B, dont le produit A qu'elle acquiert a plus de valeur que le produit B dont elle se dessaisit. L'échange est positif pour chacun d'entre eux.

 

Introduisons maintenant l'échange indirect. Cela nécessite un bien intermédiaire. Imaginons que Monsieur A a besoin du produit B, mais madame B absolument pas du produit A. Monsieur A doit trouver un bien qui intéressera madame B. Or, un produit s'impose comme échangeable avec tout le monde. Ce produit finit par être considéré comme une monnaie. Historiquement, c'est l'or qui s'est imposé comme le produit universellement échangeable. Monsieur A cherche donc à échanger un produit A à quelqu'un en échange d'or. Puis, il échange l'or contre un produit de madame B. Madame B accepte l'or, car il lui permettra d'acheter un produit dont elle aura besoin ou envie à n'importe qui.

 

La loi de Say est critiquée car elle ne considérerait soi-disant qu'une économie de troc. Ou de monnaie or. Pourtant, on peut sans problème introduire la monnaie fiduciaire dans le raisonnement. Le mécanisme devient le suivant. Monsieur A va fournir un produit A à monsieur C. Celui-ci lui signe une reconnaissance de dette. Monsieur A va à la banque échanger la reconnaissance contre un billet de banque. Ou contre une augmentation de son compte en banque. Ce qui s'appelle l'escompte. D'où le nom ancien de comptoir d'escompte des banques. Avec son billet, monsieur A peut acheter un produit à madame B. Monsieur C va vendre à madame B un produit C. Il récupère le billet et solde sa dette à la banque.

 

On peut introduire également la monnaie crédit. Monsieur A emprunte de la monnaie à la banque. La banque lui fait donc crédit. Avec cette monnaie, il achète des produits. Il vend ses produits contre de la monnaie. Et rembourse son crédit avec l'argent gagné.

 

La loi de Say… Simple préambule !

Pour Ludwig von Mises, la loi de Say est un simple préambule :

Il est important de savoir que ce qu'on appelle la loi de Say était en premier lieu destiné à réfuter les doctrines populaires des périodes ayant précédé le développement économique en tant que branche de la connaissance humaine. Elle ne faisait pas partie intégrante de la nouvelle science de l'économie telles que l'enseignaient les économistes classiques. Elle était plutôt un prélude - un exposé et une réfutation des idées erronées et intenables qui troublaient les esprits et constituaient un obstacle sérieux à l'analyse raisonnable de la situation.

Le commentaire de von Mises est logique. Puisque l'économie, c'est l'échange, la loi de Say n'est qu'un préambule.

 

Les facteurs de production.

Quand on ouvre un manuel d'économie, on tombe souvent sur la notion de "facteurs de production". Il faut se souvenir que ce ne sont des facteurs de production que si la finalité est l'échange. Imaginons que vous ayez de la farine, de l'eau, du sel, tous les ingrédients pour faire du pain. Mais que vous ne sachiez pas faire du pain. Tous ces ingrédients ne vous serviraient à rien. Ils ne seraient pas des facteurs de production pour vous. Par contre, ils seraient des facteurs de productions pour qui sait faire du pain. Donc, vous pouvez les vendre à cette personne, dont la finalité est de transformer ces ingrédients en quelque chose d'échangeable.

L'économie, c'est l'échange. Une fois qu'on a compris ça, on a compris au moins 50 % de la théorie économique. Et si on ne l'a pas compris, on n'a rien compris. C'est pourquoi l'école autrichienne appelle l'économie la catallactique (on rencontre aussi le terme catallaxie), science de l'échange.

 

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L'Etat n'a pas créé la monnaie.

28 Juin 2018 , Rédigé par Le blog autrichien.

La monnaie est présentée comme une fonction régalienne de l’État. Cependant, Car Menger a démontré qu'aucun Etat n'a créé la monnaie. Démonstration d'actualité alors que se développe des monnaies comme le Bitcoin, sans intervention d'un Etat.

 

Aux premiers temps des échanges, ceux-ci pouvaient être compliqués. En effet, les échanges étaient basés sur le troc. Par exemple, vous pouviez vouloir échanger une épée contre une charrue, car une charrue vous serait de plus d'utilité, qu'une épée. Ce qui signifie que pour vous, l'épée que vous voulez échanger a moins de valeur que la charrue que vous souhaitez avoir. Il faut trouver quelqu'un dans la situation inverse. Quelqu'un qui a une charrue à échanger contre une épée, car la charrue dont il souhaite se séparer a moins d'utilité que l'épée qu'il souhaite acquérir. Ce qui signifie que pour lui la charrue dont il veut se séparer a moins de valeur que l'épée qu'il souhaite avoir.

 

Les échanges devaient donc être rares. Et d'autant plus compliqués que le produit était spécifique. Une armure par exemple, ou tout autre objet spécifique, devait trouver son acheteur. Mais il fallait aussi que l'acheteur ait en échange un produit, ou des produits, qui intéressent le vendeur. L'échange est très difficile.

 

Pour pouvoir échanger un objet, les gens se sont adaptés. Ils se sont dits qu'il valait mieux échanger une épée contre un produit dont ils n'avaient pas besoin, mais qui pourrait être échangé plus tard contre le produit qu'ils désiraient. Il fallait un produit donc échangeable contre n'importe quoi, que quiconque accepterait. Un produit qui pouvait se conserver sans trop de peine aussi, le temps de trouver un autre produit en échange. Pour cette fonction, un produit a été naturellement adopté : le bétail.

 

Comme l'écrit Car Menger :

 

Une vache est une marchandise d'une durabilité considérable. Son coût d'entretien est insignifiant quand des pâtures sont disponibles en abondance et où l'animal peut être gardé à ciel ouvert. Et, dans une culture où chacun tend à posséder un troupeau aussi grand que possible, le bétail n'est habituellement pas mis sur le marché en quantité excessive quel que soit le moment.

 

C'est ainsi que le bétail a longtemps servi de monnaie. Dans la Grèce antique par exemple, au moins jusqu'à l'époque d'Homère. Même les amendes étaient imposées en bétail. De même chez les Romains, le bétail était la monnaie, pour les amendes aussi, au moins jusqu'en 454 avant Jésus Christ. Et aussi chez les arabes, et aussi en Asie Mineure, chez les Hébreux, et en Mésopotamie. Dans d'autres contrées, d'autres marchandises ont pu faire office de monnaie, comme les dattes par exemple, dans l'oasis de Siwa (Egypte).

 

Mais le développement de la civilisation, la division du travail, et la formation de villes habitées par une population qui se consacre à l'artisanat, tout cela a rendu le bétail moins intéressant. Moins vendeur. Pour un artisan en ville, le bétail, c'est contraignant. Il impose un sacrifice économique : une terre, par exemple. Par conséquent, une autre forme de monnaie devient nécessaire.

 

Le cuivre entrait dans la fabrication de la charrue du paysan, des armes du guerrier, et des outils de l'artisan. L'or et l'argent devenaient recherchés pour l'ornement. Ces matières devinrent alors monnaies. Car elles étaient plus pratiques que le bétail dans la nouvelle configuration de la civilisation.

 

Carl Menger souligne que ces marchandises, ces matières, sont devenues des monnaies sans aucune législation, aucune volonté étatique, aucun contrat, aucune réflexion sur l'intérêt général de ce choix. C'est simplement l'intérêt bien compris de chacun qui a conduit à choisir un bien intermédiaire pour les échange. Et cela s'est produit pour des civilisations n'ayant pas de contacts entre elles, comme la civilisation européenne et la civilisation de ce qui correspond au Mexique aujourd'hui. A chaque fois, c'est la situation du moment et du lieu qui a influencé sur le choix de la marchandise intermédiaire de l'échange : une marchandise susceptible d'être acceptée par tous. C'est juste un besoin qui a conduit à cette solution. Ainsi est née la notion de monnaie.

 

L'utilisation de métaux comme monnaie a entraîné d'autres contingences. Un métal peut être altéré, falsifié. Il faut donc s'assurer de son authenticité. Et de son poids. Pour s'assurer de l'authenticité d'un métal, il faut faire des tests. Ces tests font perdre du temps, ont un coût, et font perdre un peu de métal. On doit tester chimiquement le métal par exemple. Et il faut peser le métal.

 

Une entité digne de confiance peut faciliter l'échange via l'intermédiaire du métal, cuivre, argent ou or. Cette entité peut garantir la pureté du métal, en y gravant une marque reconnaissable. Dans ce cas, il faut encore le peser. Elle peut enfin garantir le poids, en créant des bouts de métal de différents poids, et en y inscrivant une indication correspondant à ce poids. C'est ainsi que sont nées les pièces de monnaies. Elles sont frappées pour garantir la pureté et le poids (encore qu'elles pouvaient être rognées, jusqu'à l'invention des tranches dentées).

 

L’État peut être cet entité de confiance. Menger écrit :

 

La meilleure garantie du poids total et de l'assurance de pureté des pièces peut (…) être donnée par le gouvernement lui-même, puisqu'il est connu et reconnu par chacun et a le pouvoir d'empêcher et de punir les crimes contre la frappe de monnaie.

 

L’État peut donc garantir l'authenticité de la monnaie, du fait de son pouvoir. On notera que cela se rapproche de la conception de l’État par Ludwig von Mises comme organe de coercition. Et on remarquera la méfiance de Menger envers l’État. L’État peut être l'organisme de confiance. Il ajoute par la suite que l’État a accepté ce rôle, mais a mal utilisé son pouvoir, pour faire oublier d'où vient la monnaie. On a ainsi presque oublié que la monnaie est à la base une chose qui s'est imposée d'elle même pour l'échange. On pense qu'elle est une construction imaginaire, imaginé par l’État et instituée pour son caractère pratique. Et même qu'elle repose sur des "caprices législatifs" ! (legislative whims) Menger est très sévère envers l’État, et ne paraît clairement pas lui faire confiance.

 

Tout ce qui précède est provient du chapitre La théorie de la monnaie, du livre Principes d'économie de Carl Menger. Ce sont des éléments de la pensée de Carl Menger, fondateur de l'école autrichienne d'économie, qui sont résumés. Etant souligné que tout ce que contient ce chapitre n'est pas abordé ici. La pensée de Carl Menger est très riche.

 

On remarquera à quel point sa pensée est d'actualité. En effet, aujourd'hui ce développent ce qu'on appelle les cryptomonnaies, dont le célèbre Bitcoin. On s'interroge sur la qualité de monnaie du Bitcoin. Si on extrapole l'argumentation de Menger, si le Bitcoin est choisi comme monnaie, il est une monnaie. C'est un objet virtuel, conçu pour être rare, la rareté garantissant la valeur, et utilisé comme monnaie. Après, dire que le Bitcoin est une monnaie ne présage pas de son cours, ni du fait qu'il s'imposera comme monnaie définitivement ou non. Ce n'est pas une spéculation sur l'avenir du Bitcoin. C'est la constatation qu'il a été choisi comme monnaie par certain.

 

Et le Bitcoin est une monnaie non étatique. C'est ce qui gêne aujourd'hui, tant nous rattachons la monnaie à l’État. Menger nous rappelle que l’État n'a pas inventé la monnaie. Il se produit aujourd'hui le même phénomène qu'hier. Des gens choisissent une monnaie, parce qu'elle leur convient. Et donc que les monnaies existantes ne leur conviennent pas.

 

Une nouvelle fois, l'école autrichienne d'économie prouve sa modernité et son actualité. La théorie autrichienne des cycles s'est vue remise d'actualité par la crise des subprime. Aujourd'hui, le Bitcoin rappelle que la monnaie n'a pas été inventée par un Etat, comme l'a démontré Car Menger.

 

(Le livre Principes d'économies de Carl Menger n'est pas traduit en français. Il est disponible dans un anglais très accessible sur le site du Mises Institute, gratuit en version PDF. Vous pouvez l'achetez en version papier en dollars sur le site du Mises Institute, ou en euros sur Amazon. Une excellente lecture, tant l'écriture est limpide et précise. Cet article reprend une argumentation du chapitre intitulé Théorie de la monnaie.)

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HISTOIRE DE L'ECOLE AUTRICHIENNE D'ECONOMIE, PROFESSEUR GUIDO HULSMANN

7 Mai 2018 , Rédigé par Le blog autrichien

Une conférence du professeur Guido Hulsmann à  l'Université de l'école autrichienne d'économie, organisée par l'Institut Économique Molinari. Vous pouvez visionner un large éventail de conférences sur la chaîne Youtube IEM92.

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ECONOMIE ET MATHEMATIQUES

6 Mai 2018 , Rédigé par Le blog autrichien

Economie et mathématiques

 

L'économie ne se conçoit pas aujourd'hui sans équations mathématiques. Pourtant, à l'origine, la science économique n'était pas mathématique. Par ailleurs, l'école autrichienne d'économie refuse cette mathématisation. La place des mathématiques dans l'économie est un débat houleux. Le refus des math expose au procès en incompétence. Mais quelle est la justification des math en économie ?

 

Naissance de la science économique : sans les math.

Les précurseurs.

A l'origine, point question de mathématiques en économie. Les premiers à s'intéresser à l'économie, dans l'histoire moderne, étaient des théologiens. Au 15ème -16ème siècle, ces théologiens se posaient des questions sur le commerce qui se développait dans le resplendissant empire espagnol. Ce qui les a amenés à s'intéresser à l'origine de la valeur, des prix, des taux d'intérêt. Leur problématique était de comprendre le phénomène pour savoir s'il était juste. Leurs conclusions étaient que oui, il était juste. Leurs théories étaient d'une grande modernité. Par exemple, le prix est celui conclu entre les deux parties, l'acheteur et le vendeur. On trouve ici la notion de prix subjectif.

 

Avant d'être reconnue comme une matière à part entière, l'économie a fait bien des progrès, souvent oubliés par la suite. Ainsi, l'Abbé de Condillac parlait déjà de la notion d'utilité. Le premier économiste, mais non reconnu comme tel, fut Richard Cantillon. Il a théorisé la notion d'entrepreneur, et il était un spécialiste de l'inflation, notions modernes s'il en est. Et cela au 18ème siècle. Sans mathématiques.

 

Les classiques.

Le premier économiste reconnu comme tel est Adam Smith, pour son ouvrage Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations. Il constitue le début de ce qu'on appelle les économistes classiques. Point de mathématiques non plus. Smith constate que là où on laisse faire les gens sans entraves, l'économie est plus prospère. Son ouvrage est un ouvrage de moraliste, dans l'ancien sens du terme, et non de mathématiques.

 

Son successeur, David Ricardo, n'a pas non plus adopté les mathématiques. Même si sa répartition des revenus, entre la rente foncière, le profit, et le salaire , est mathématisable.

 

Smith et ses successeurs constituent le premier le premier courant reconnu de la pensée économique. On appelle ce courant, l'économie classique. Il y a de nombreux débats dans ce courant. C'est plutôt une nébuleuse. Tous ces débats se déroulent sans mathématiques.

 

Les mathématiques sont mêmes plutôt mal vues en théorie économique. Ainsi Cournot, le précurseur de l'économie mathématique, écrit :

 

«Tous se sont élevés comme de concert contre l'emploi des formes mathématiques, et il serait sans doute difficile aujourd'hui de vaincre un préjugé que de bons esprits, tels Smith et d'autres écrivains plus modernes ont contribué à affermir. » (L'économie politique et les mathématiques en France, 1800-1940, Yves Breton, In: Histoire & Mesure, 1992 volume 7 - n°1-2. Histoire de la pensée économique. pp. 25-52. )

 

La mathématisation de l'économie.

La première mathématisation de l'économie : les néoclassiques.

Augustin Cournot est considéré comme le pionnier de la mathématisation de l'économie, et l'inspirateur de ceux qui seront reconnus comme les fondateurs d'un nouveau courant, qui prendra la succession des classiques : les néoclassiques.

 

Deux auteurs vont développer, à la même époque ( 1871 et 1874), à peu près la même mathématisation de l'économie. En Angleterre, William Stanley Jevons. Ses travaux seront continués par Alfred Marshall, dont l'apport est finalement si important que l'on parle d'économie marshallienne. Ce sera l'école de Cambridge. Jevons a lancé le mouvement en quelque sorte. Et en Suisse, avec le français Léon Walras, à Lausanne, qui sera le père de l'équilibre général. Ce sera l'école de Lausanne.

 

Le principe de cette mathématisation est de partir de l'individu. On mathématise son comportement. On constate par exemple qu'il va plus acheter d'un produit quand son prix baisse. On constate qu'il sera plus enclin à accepter un emploi quand le salaire est plus élevé. On crée des équations et des courbes qui modélise ce comportement. On crée alors un homo œconomicus. On le suppose rationnel, dans le sens où il effectue un calcul économique. Puis on extrapole à l'économie dans son ensemble. Si l'homo œconomicus est logiquement plus enclin à accepter un emploi quand le salaire est élevé, alors il y aura plus de demande de travail quand les salaires sont haut. Par contre, les entreprises vont moins embaucher quand les salaires sont élevés.

 

L'homo œconomicus est une modélisation. Pas une réalité. Il représente un modèle de comportement économique rationnel. Il ne s'agit pas de dire que l'individu est forcément rationnel. En économie, certains comportement se retrouvent majoritairement, et constituent des comportement rationnels. Statistiquement, on constate que les individus tendent vers ce comportement. Même s'il y a des comportements non rationnels, même si l'individu peut être irrationnel. Il est important de distinguer l'homo œconomicus d'un individu réel.

 

Cette modélisation sert à présenter les lois de l'économie, et l'interaction entre ces lois. On a ainsi une description théorique du fonctionnement de l'économie.

 
Walras et Marshall : deux approches différentes des mathématiques.

Walras et Marshall ont deux approches différentes des mathématiques. Pour Walras, les mathématiques sont la meilleure méthode :

 

«Mais toute cette théorie est une théorie mathématique, c'est-à-dire que, si l'exposition peut s'en faire dans le langage ordinaire, la démonstration doit s'en faire mathématiquement. Elle repose tout entière sur la théorie de l'échange, et la théorie de l'échange se résume tout entière à ce double fait, à l'état d'équilibre du marché : d'abord de l'obtention par chaque échangeur du maximum d'utilité, et ensuite de l'égalité de la quantité demandée et de la quantité offerte de chaque marchandise par tous les échangeurs. La mathématique seule peut nous apprendre la condition du maximum d'utilité.»(p.XIV, Eléments d'économie politique pures, Léon Walras.)

 

Alfred Marshall est lui plus circonspect :

 

"Il est très improbable qu'un bon théorème mathématique qui s'occupe d'hypothèses économiques soit de la bonne théorie économique ; je me suis de plus en plus contraint à suivre les règles suivantes :

1° Utiliser les mathématiques bien plus comme un langage tachygraphique (un code d'abréviation) que comme un instrument de recherche ;
2° les conserver jusqu'à obtention des résultats ;
3° traduire tout cela en anglais ;
4° les éclairer par plusieurs exemples de la vie réelle ;
5° brûler les maths ;
6° S'il n'est pas possible d'obtenir le 4°, brûler aussi le 3°. Cette dernière règle, je l'ai suivie plus d'une fois ".

(Lettre à A. L. Bowley, datée du 27 février 1906. Citée dans L'économie politique contre l'économie mathématique, Juan Carlos Cachanosky)

 

Marshall était la référence. Cependant, ses préventions envers les mathématiques n'ont pas freiné l'expansion de l'économie mathématique. Ses condisciples n'étaient pas aussi prudent. Les modèles d'économie mathématique se développèrent donc, jusqu'à l'avènement de la macroéconomie.

 

La deuxième mathématisation de l'économie : la macroéconomie.

La première mathématisation de l'économie a développé des outils qui ont été repris par la deuxième mathématisation. Mais avec une différence fondamentale. Cette nouvelle mathématisation ne part plus de l'individu. Elle va directement au niveau global. Ce qu'on appelle la macroéconomie.

 

C'est John Maynard Keynes qui a mis la macroéconomie à l'honneur dans son ouvrage phare, Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, paru en 1936. Keynes a une approche holiste, dans le sens où il ne part pas de l'individu. Il considère directement les agrégats : la dépense globale, l'offre globale. Sa théorie soutient qu'une hausse de la dépense globale provoque une hausse de l'offre globale, donc de l'emploi. Il ne part pas de l'individu. Mais directement de l'ensemble du pays.

 

Keynes n'était pas favorable à la mathématisation de sa théorie. C'est John Hicks qui mathématise cette théorie, dès 1937. Les outils mathématiques étaient prêts, issus de la première mathématisation. Mais la démarche est différente. La nouvelle mathématisation ne part pas de l'individu. Elle se situe au niveau macroéconomique. Elle explique, par exemple, que si on augmente la dépense publique, la consommation globale augmentera, et donc l'emploi globale. Elle se situe d'emblée au niveau globale, expliquant comment un gouvernement doit agir sur les grands agrégats, dépense publique, niveau des salaires, pour contrôler l'économie.

 

Au départ, la macroéconomie était keynésienne. Elle expliquait qu'il fallait augmenter la dépense publique pour relancer l'économie. Par la suite, s'est développée une macroéconomie classique. Qui, en gros, dit le contraire. Ceci pour montrer que l'économie est devenue macroéconomie. Que l'on soit keynésien ou pas.

 

La macroéconomie étudie des données chiffrées. On considère aujourd'hui que la microéconomie, qui étudie des cas particuliers, comme le fonctionnement d'une entreprise, nourrit la macroéconomie. La statistique a une grande importance dans la macroéconomie. On fait des hypothèses, et on les valide, ou pas, par une étude statistique. Et on construit un modèle sur cette base.

 

Les fondements de l'économie mathématique.

Les polémiques

Quelle est la justification des mathématiques en économie ? C'est un sujet largement polémique. Les économistes mathématiques expriment parfois un mépris envers les économistes non mathématiciens. Ainsi Léon Walras écrit :

 

«Quant aux économistes qui, sans savoir les mathématiques, sans savoir même exactement en quoi consistent les mathématiques, ont décidé qu'elles ne sauraient servir à l'éclaircissement des principes économiques, ils peuvent s'en aller répétant que «la liberté humaine ne se laisse pas mettre en équations ou que «les mathématiques font abstraction des frottements qui sont tout dans les sciences morales,»et autres gentillesses de même force. »(Eléments d'économie politique pure, p.XX.)

 

A cette accusation d'incompétence, les économistes non mathématiciens ont beau jeu de rétorquer que Jevons avouait lui même avoir des limites en Mathématiques, tandis que Marshall, qui se méfiait des math, était considéré comme un mathématicien doué. Et Walras a échoué à Polytechnique, malgré deux tentatives.

 

Des deux côtés, ce sont des arguments irrationnels, ad hominem, qui mettent en cause la compétence sans parler d'épistémologie. Ces exemples illustrent la virulence du débat entre économie mathématique et non mathématique. Le sujet est sensible.

 

Les justifications des économistes mathématiques.

La justification des premiers économistes mathématiques, c'est que l'économie s'occupe de quantités. Celles-ci sont donc susceptibles de plus et de moins. C'est ce que met en avant Augustin Cournot, dans la préface de ses Recherches :

 

«L'emploi des signes mathématiques est chose naturelle toutes les fois qu'il s'agit de discuter de relations entre les grandeurs.» (Breton Yves. L'économie politique et les mathématiques en France, 1800-1940. In: Histoire & Mesure, 1992 volume 7 - n°1-2. Histoire de la pensée économique. pp. 25-52. , Persée.)

 

Nous avons par ailleurs déjà vu plus haut que Walras considérait l'économie comme une théorie mathématique, car il s'agit d'un calcul de maximisation d'utilité. Walras ajoute :

 

«(…) mais il me semble que le fait d'avoir démontré mathématiquement une vérité si plausible et même si évidente prouve en faveur des définitions et analyses par lesquelles on y arrive.» (Eléments d'économie politique pure, p XIX.)

 

On pourrait dire que la différence entre les économistes mathématiciens et non mathématiciens est que les mathématiciens s'intéressent aux données numériques, et les non mathématiciens au comportement humain. Cependant, cette distinction ne tient pas, car, comme on l'a vu précédemment, l'économie mathématique a d'abord mathématisé le comportement humain à travers l'homo œconomicus.

 

On peut remarquer également que Walras se contredit. En effet, il écrit :

 

«L'économie politique pure est essentiellement la théorie de la détermination des prix dans un régime hypothétique de libre concurrence. » ( Eléments d'économie politique pure, p XI)

 

Mais son modèle d'équilibre général considère le prix comme une donnée, établie après un processus de tâtonnement. Il y a donc une contradiction.

 

La science, c'est ce qui est mesurable.

Ludwig von Mises souligne :

 

«Le slogan de la Société d'Econométrie est l'affirmation positiviste suivante : "La science, c'est mesurer" (NDT : Science is measurement). La société souhaite mettre en place une science exacte mathématique de l'économie, pour remplacer la supposée inexacte économie logique, explicative, que les positivistes raille en la qualifiant de "littéraire".» Mises, Ludwig von. "Comments About the Mathematical Treatment of Economic Problems." Journal of Libertarian Studies 1, No.2 (1977): 97-100.

 

C'est donc pour donner un caractère scientifique à l'économie que les mathématiques y sont utilisés. Cela donne à la discipline le caractère de science dure, comme la physique, et les mathématiques justement.

 

Cette mathématisation se fait à travers les statistiques. C'est l'outil de mesure en économie. Si la science c'est mesurer, alors l'économie doit utiliser les statistiques. Cependant, Mises souligne que les statistiques ne retracent que le passé. Elle ne font que décrire une situation passée, comme le souligne Jean-Baptiste Say :

 

«Ces principes, qui m'ont guidé, m'aideront à distinguer deux sciences qu'on a presque toujours confondues : l'économie politique, qui est une science expérimentale, et la statistique, qui n'est qu'une science descriptive. » (Traité d'économie politique)

 

Say souligne que la science doit exposer des lois générales, tandis que la statistique ne fait que décrire les faits passés. Pour bien comprendre, on peut faire une comparaison avec la physique. Quand Newton voit une pomme tomber, il calcule une relation entre le poids de la pomme et sa vitesse de chute. La relation sera la même si c'est une brique qui tombe. Les lois de la physique peuvent être déterminées par des mesures.

 

Par contre, une observation statistique ne permet pas de déterminer une loi qui se retrouvera dans toutes les situations. La statistique est descriptive. Elle décrit quelque chose, une relation entre des faits, à un moment donné. Ensuite, pour le futur, on parle de probabilités. Le terme est clair: ce ne sont pas des lois. Ce sont des suppositions plus ou moins probables.

 

Pire encore : en statistique, on ne trouve que ce que l'on cherche. Une statistique est un construit. On choisit ce que l'on observe. On choisit les données. On choisit la théorie sous-jacente. En fonction de ce qu'on choisit d'observer, les résultats changent.  Les conclusions peuvent changer également en fonction de la durée de la période étudiée. On remarque d'ailleurs que l'économie mathématique n'a pas créé un corpus unifié en économie. Les théories vont du keynésianisme à la macroéconomie classique. Ce qui, de manière surprenante, ne perturbe pas les tenants de l'économie mathématique.

 

Conclusions : pourquoi les math ?

Les fondements de l'économie mathématique ne sont pas assurés. Même si ce courant est largement majoritaire parmi les économistes. Une des raisons couramment avancées en cours d'économie, est que les mathématiques donnent une une scientificité à l'économie. Les mathématiques donnent à l'économie un caractère de science dure, comme on dit, à l'égal de la science physique. 

 

Un autre argument est la rigueur du raisonnement. Cependant, on peut remarquer que l'école autrichienne a choisi de ne pas utiliser les mathématiques, tout en ayant une approche des plus logique et et des plus rigoureuse. La praxéologie de Ludwig von Mises est d'une rigueur peut-être plus grande que les théories de Walras. Surtout, la réflexion épistémologique est plus sérieuse.

 

Une autre hypothèse pourrait être que les mathématiques arrangent aussi les gouvernements. Plus précisément, faire de l'économie une science quantitative permet de lui donner des possibilités. Ainsi, si on a une relation quantitative entre l'offre et la demande, on peut prouver, mathématiquement, qu'augmenter la demande va permettre d'augmenter l'offre. Par contre, si l'économie est expliquée par la théorie de l'échange, ce n'est plus possible.

 

En conclusion, l'emploi des mathématiques en théorie économique n'est pas forcément fondé. L'école autrichienne ne les emploie pas, tout en ayant une rigueur toute... mathématique!

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Les bases de l'économie

8 Janvier 2018 , Rédigé par Le blog autrichien

Les bases de l'économie.

 

Quelles sont les bases de l'économie? Qu'est-ce qu'il faut savoir pour comprendre l'économie, pour débuter en économie? Il faut comprendre une chose: l'économie, c'est l'échange. Un échange à somme positive, ou encore un jeu à somme positive pour employer le jargon de la théorie des jeux.

 

Imaginons deux personnes, qui produisent chacun un produit, ou un service. Monsieur A fabrique le produit A, Madame B le produit B. Monsieur A échange un produit A contre un produit B avec madame B. Chacun en tire un bénéfice. Monsieur A a beaucoup de produits A, plus qu'il n'en aura jamais besoin. Par contre il n'a pas de produit B. Par conséquent il a plus besoin du produit B qu'il acquiert que du produit A qu'il échange. Et idem pour madame B, dont le produit A qu'elle acquiert a plus de valeur que le produit B dont elle se dessaisit. L'échange est positif pour chacun d'entre eux.

 

Introduisons maintenant l'échange indirect. Cela nécessite un bien intermédiaire. Imaginons que Monsieur A a besoin du produit B, mais madame B absolument pas du produit A. Monsieur A doit trouver un bien qui intéressera madame B. Or, un produit s'impose comme échangeable avec tout le monde. Ce produit finit par être considéré comme une monnaie. Historiquement, c'est l'or qui s'est imposé comme le produit universellement échangeable. Monsieur A cherche donc à échanger un produit A à quelqu'un en échange d'or. Puis, il échange l'or contre un produit de madame B. Madame B accepte l'or, car il lui permettra d'acheter un produit dont elle aura besoin ou envie à n'importe qui.

 

Introduisons la monnaie fiduciaire. Le mécanisme est le suivant. Monsieur A va fournir un produit A à monsieur C. Celui-ci lui signe une reconnaissance de dette. Monsieur A va à la banque échanger la reconnaissance contre un billet de banque. Ou contre une augmentation de son compte en banque. Ce qui s'appelle l'escompte. D'où le nom ancien de comptoir d'escompte des banques. Avec son billet, monsieur A peut acheter un produit à madame B. Monsieur C va vendre à madame B un produit C. Il récupère le billet et solde sa dette à la banque.

 

On peut introduire également la monnaie crédit. Monsieur A emprunte de la monnaie à la banque. La banque lui fait donc crédit. Avec cette monnaie, il achète des produits. Il vend ses produits contre de la monnaie. Et rembourse son crédit avec l'argent gagné.

 

Nous avons là le schéma de base de l'économie. La base de la compréhension du système économique. Il est connu aujourd'hui comme la loi des débouchés, ou loi de Say, du nom de l'économiste français Jean-Baptiste Say, qui l'a explicitée dans son Traité d'économie politique.

 

La loi de Say est aujourd'hui critiquée. Souvent, il est dit qu'elle s'appliquerait uniquement à une économie de troc. Nous venons de voir que non. Jean-Baptiste Say, ainsi que les économistes qui l'ont précédé et ceux qui l'ontsuivi, étudiait l'économie monétaire. Pas une imaginaire économie de troc.

 

Une autre critique est l'absence de formulation mathématique. La théorie économique aujourd’hui considère que la scientificité requiert les mathématiques. Elle construit donc de beaux modèles mathématiques à partir d'observations statistiques. Cependant, on remarque que les mathématiques, en économie, permettent de dire tout et son contraire! Ainsi, les différentes écoles en économie aboutissent à des conclusions différentes avec les mêmes outils, et en observant a priori la même économie. En fait, tout dépend des hypothèses de départ. La statistique étant elle même un construit qui dépend de ce que l'on décide d'observer, et sous quel angle. Nous revenons donc à la nécessité d'une réflexion littérale.

 

On peut montrer par ailleurs la loi de Say à travers deux exemples. Notamment le livre de Keynes, La Théorie Générale de l'Emploi, de l'Intérêt et de la Monnaie. La théorie de la relance de Keynes est basée sur la réfutation de la loi de Say. Ce qui montre son importance dans l'édifice de la théorie économique. Même si Keynes déforme complètement la loi de Say! C'est Keynes qui est à l'origine de l'expression: « l'offre crée sa propre demande. » C'est ainsi que souvent est décrite la loi de Say. Or, nous avons vu que c'est absurde. La loi de Say, c'est l'échange. Say employait l'expression « les produits s'échangent contre des produits ». Toute une partie des économistes ignorent en fait le sens de la loi de Say, ne voyant que la formule fausse de Say. (Voir aussi à ce sujet Les vicissitudes de la loi de Say.)

 

Paradoxalement, l'importance de la loi de Say est exprimée par l'école autrichienne d'économie, dont pourtant sa principale figure de proue dit qu'elle n'est qu'un préambule, pas un véritable fondement. Mises écrit:

« Il est important de savoir que ce qu'on appelle la loi de Say était en premier lieu destiné à réfuter les doctrines populaires des périodes ayant précédé le développement économique en tant que branche de la connaissance humaine. Elle ne faisait pas partie intégrante de la nouvelle science de l'économie telles que l'enseignaient les économistes classiques. Elle était plutôt un prélude - un exposé et une réfutation des idées erronées et intenables qui troublaient les esprits et constituaient un obstacle sérieux à l'analyse raisonnable de la situation. »

 

ainsi, pour Mises, que l'économie est l'échange est une évidence, la base. A tel point que Mises emploie le terme « catallactique », qui signifie « science des échanges », pour désigner l'économie. Ce qui a donné le terme aujourd'hui utilisé de catallaxie.

 

La base de l'économie est l'échange à somme positive. Comme le souligne Mises, c'est le préambule de toute la science économique. L'oublier conduit à des idées erronées.

 

 

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Présentation de l'école autrichienne d'économie par le Mises Institute

26 Août 2017 , Rédigé par Le blog autrichien

L'école autrichienne d'économie, qu'est-ce que c'est ?

 

Voici un texte de présentation de l'Ecole autrichienne d'économie par le Ludwig von Mises Institute, une fondation a a pour but l’enseignement de cette école de pensée. Elle porte le nom d’un des plus illustres représentants de cette école, et a été fondée avec le soutient de sa veuve. L’article présente les racines de cette école, son histoire, ses membres fondateurs, ainsi que la naissance du Mises Institute.

 

L'école autrichienne.

 

L'histoire de l'école autrichienne commence au quinzième siècle, quand les successeurs de Saint Thomas d'Aquin, écrivant et enseignant à l'Université de Salamanque en Espagne, cherchent à expliquer l'ensemble du domaine de l'action humaine et de l'organisation sociale.

 

Cette deuxième scolastique a observé l'existence de lois économiques, des forces inexorables de cause à effet qui opèrent largement comme les autres lois naturelles. A travers plusieurs générations, ils ont découvert et expliqué les lois de l'offre et de la demande, la cause de l'inflation, les taux de change, et la nature subjective de la valeur économique- raisons pour lesquelles Joseph Schumpeter les a célébrés comme les premiers véritables économistes.

 

Les seconds scolastiques défendaient la propriété privée et la liberté de contracter et d'échanger. Ils célébraient la contribution de la sphère économique à la société, tout en s'opposant avec détermination aux taxes, contrôles des prix, et aux règlements qui entravent l'initiative. En tant que théologiens, ils enjoignent les gouvernements à respecter les interdits moraux contre le vol et le meurtre. Et ils défendent ainsi la règle de Ludwig von Mises : la première fonction d'un économiste est de dire aux gouvernements ce qu'ils ne peuvent pas faire.

 

Le premier traité d'économie, Essai sur la nature du commerce en général, a été écrit en 1730 par Richard Cantillon, quelqu'un d'éduqué dans la tradition scolastique. Né en Irlande, il émigra en France. Il voyait l'économie comme un domaine de recherche indépendant, et expliquait la formation des prix en utilisant "l'expérience de pensée" (NdT : Gedankenexperiment, apriorisme dans le vocabulaire autrichien traduit en français) (NdT :Voir aussi ici). Il comprenait le marché comme un processus entrepreneurial, et s'en tenait à une théorie autrichienne de la monnaie : une monnaie qui irrigue l'économie secteur par secteur, influençant les prix tout au long de ce mouvement.

 

Cantillon fut suivi par Anne Robert Jacques Turgot, aristocrate français favorable à l'économie de marché et ministre des finances sous l'Ancien Régime. Ses écrits économiques furent peu nombreux mais profonds. Son article "La valeur et la Monnaie" explique clairement les origines de la monnaie, et la nature du choix en économie : c'est le reflet du classement subjectif des préférences subjectives de chaque individu. Turgot avait résolu le fameux paradoxe de la valeur de l'eau et du diamant (NdT : l'eau est indispensable à la vie mais vaut moins que le diamant) qui déconcerta plus tard les économistes classiques, il exprima la loi des rendement décroissants, et il critiqua les lois sur l'usure (un point de friction avec les seconds scolastiques). Il soutient une approche libérale classique pour la politique économique, recommandant l'abrogation de tous les privilèges spéciaux accordés aux industries liées au gouvernement.

 

Turgot a été le père intellectuel d'une longue lignée d'économistes français du 18ème siècle, les plus éminents étant Jean-Baptiste Say et Claude-Frédéric Bastiat. Say a été le premier économiste à réfléchir sérieusement à propos de la méthode à employer pour étudier l'économie. Il a réalisé que l'économie ne consistait pas à amasser des données statistiques, mais plutôt à développer une démonstration littéraire de faits universels (par exemple, les désirs sont illimités, les moyens sont rares) et leurs implications logiques.

 

Say a découvert la théorie de la productivité en ce qui concerne la fixation des prix des ressources, le rôle du capital dans la division du travail, et la loi des débouchés : il ne peut jamais y avoir de surproduction ou de sous consommation sur un marché libre si les prix sont libres de s'ajuster. Il était un défenseur du "laissez-faire" et de la révolution industrielle comme l'était Bastiat. En tant que pamphlétaire favorable au marché libre, Bastiat a également argumenté que les services non matériels sont sujets aux mêmes lois économiques que les biens matériels. Dans une de ses nombreuses paraboles économiques, Bastiat démontre le sophisme de la vitre cassée plus tard popularisé par Henry Hazlitt.

 

En dépit de la sophistication de la tradition pré-autrichienne développée ci-dessus, l'école britannique de la fin du dix huitième et du début du dix neuvième siècle s'est imposée, principalement pour des raisons politiques. Cette tradition britannique (basée sur les coûts objectifs et la valeur travail) a finalement mené à la doctrine marxiste de l'exploitation capitaliste.

 

La tradition dominante britannique a reçu son premier défi sérieux depuis des années quand les Principes d'économie politiques de Carl Menger furent publiés. Menger, le fondateur de l'école autrichienne proprement dite, ressuscita l'approche scolastique française de l'économie, et lui donna une base plus solide.

 

En mêmes temps que ses contemporains, les auteurs Léon Walras et Stanley Jevons, Menger décrivit les bases subjectives de la valeur économique, et expliqua complètement, pour la première fois, la théorie de l'utilité marginale (Plus un individu possède d'unités d'un produit, moins il donnera de valeur à une unité donné). De plus, Menger montra comment la monnaie apparaît dans un marché libre quand la matière première la plus facile à échanger est désirée non pour sa consommation mais pour l'utiliser dans l'échange des autres biens.

 

Le livre de Menger était un pilier de la "révolution marginaliste" dans l'histoire de la science économique. Quand Mises disait qu'il avait fait de lui un économiste, il ne faisait pas seulement référence à la théorie de la monnaie et des prix de Menger, mais aussi à son approche de la discipline elle-même. Comme ses prédécesseurs dans la tradition, Menger était un libéral classique et sa démarche l'individualisme méthodologique, considérant l'économie comme la science des choix individuels. Ses Recherches , qui vinrent douze ans plus tard, combattirent l'Ecole Historique Allemande, qui rejetait la théorie et voyait l'économie comme l'accumulation de données au service de l'Etat.

 

Comme professeur d'économie à l'Université de Vienne, et alors tuteur du jeune mais en mauvaise santé prince Rudolph de la maison de Habsbourg, Menger a restauré l'économie comme la science de l'action humaine basée sur la logique déductive, et préparé la voie à de futurs théoriciens pour contrer l'influence de la pensée socialiste. En effet, son élève Friedrich von Wieser a fortement influencé plus tard les écrits de Friedrich von Hayek. Le travail de Menger demeure une excellente introduction à la méthode de pensée économique. En quelque sorte, chaque Autrichien depuis se voit comme un élève de Menger.

 

Admirateur et successeur de Menger à l'Université d'Innsbruck, Eugen von Böhm-Bawerk, a repris l'exposé de Menger, l'a reformulé, et l'a appliqué à une multitude de nouveaux problèmes impliquant la valeur, le prix, le capital, et l'intérêt. Son Histoire et critique des théories de l'intérêt, apparue en 1884, est une large revue des fourvoiements dans l'histoire de la pensée et une ferme défense de l'idée que le taux d'intérêt n'est pas une construction artificielle mais quelque chose d'inhérent au marché. Il reflète le fait universel de la préférence temporelle, la tendance des gens à préférer la satisfaction immédiate de leurs désirs plutôt que différée (une théorie plus tard développée et défendue par Frank Letter).

 

Dans La théorie positive du capital, il a démontré que le taux normal du profit économique est le taux d'intérêt. Les capitalistes épargnent l'argent, paient les travailleurs, et attendent que le produit final soit vendu pour recevoir un profit. De plus, il a démontré que le capital n'est pas homogène mais une structure complexe et diversifiée qui a une dimension temporelle. Une économie en croissance n'est pas juste la conséquence d'une augmentation du capital investi, mais aussi de processus de production de plus en plus long.

 

Böhm-Bawerk s'est engagé dans un combat prolongé contre les Marxistes à propos de la théorie de l'exploitation, et a réfuté la doctrine socialiste du capital et des salaires bien avant que le communisme vienne au pouvoir en Russie. Böhm-Baverk a aussi dirigé un séminaire qui deviendrait plus tard le modèle pour le propre séminaire de Mises à Vienne.

 

Böhm Baverk a soutenu les politiques qui s'en remettaient à la réalité toujours présente des lois économiques. Il considérait l'interventionnisme comme une attaque contre les forces du marché qui ne pouvait réussir à long terme. Dans les dernières années de la monarchie des Habsbourg, il a servi trois fois comme ministre des finances, se battant pour des budgets équilibrés, une monnaie saine et l'étalon or, le commerce libre, et la suppression des subventions à l'exportation et autres privilèges et monopoles.

 

Ce furent ses recherches et ses écrits qui ont consolidé le statut de l'école autrichienne comme une manière d'aborder les problèmes économiques, et qui préparèrent le terrain pour que l'Ecole fasse de grandes incursions dans le monde anglophone. Mais, un domaine dans lequel Böhm-Baverk n'a pas développé l'analyse de Menger était la monnaie, l'intersection institutionnelle des approches "micro" et "macro". Le jeune Mises, conseiller économique à la Chambre de Commerce Autrichienne, releva le défi.

 

Le résultat des recherches de Mises fut La Théorie de la monnaie et du crédit, publié en 1912. Il expliqua comment la théorie de l'utilité marginale s'applique à la monnaie, et établit le "théorème" de régression, montrant que non seulement la monnaie trouve son origine dans le marché, mais que ce doit toujours être le cas. S'inspirant de la Currency School Britannique, de la théorie des taux d'intérêt de Knut Wicksell, et de la théorie du détour de production de Böhm-Baverk, Mises présenta les grandes lignes de la théorie autrichienne du cycle économique. Une année plus tard, Mises fut nommé à la faculté de l'Université de Vienne, et le séminaire de Böhm-Baverk passa deux semestres à débattre du livre de Mises.

 

La carrière de Mises fut interrompue pendant quatre ans par la première guerre mondiale. Il passa trois de ces années en tant qu'officier d'artillerie, et une au staff des officiers de l'intelligence économique. A la fin de la guerre, il publia La Nation, l'Etat, et l'Economie (1919), défendant la liberté économique et culturelle dans l'empire désormais éclaté, et développant une théorie de l'économie de guerre. Au même moment, la théorie monétaire de Mises recevait de l'attention aux Etats-Unis à travers le travail de Benjamin M. Anderson, Jr., économiste à la Chase National Bank. (Le livre de Mises avait été descendu par John Maynard Keynes, qui a plus tard admis qu'il ne pouvait pas lire en allemand.)

 

Dans le chaos politique de l'après-guerre, le principal théoricien du désormais socialiste gouvernement Autrichien était le marxiste Otto Bauer. Connaissant Bauer depuis le séminaire de Böhm-Baverk, Mises lui expliqua l'économie nuit après nuit, pour finalement le convaincre de revenir sur sa politique inspirée du bolchevisme. Les socialistes autrichiens ne l'ont jamais pardonné à Mises, menant une guerre contre lui dans les milieux universitaires et l'empêchant d'obtenir un poste de professeur payé à l'Université.

 

Sans se décourager, Mises se tourna vers le problème du socialisme lui-même, rédigeant un essai blockbuster en 1921, qu'il transforma en livre, Socialism, deux ans plus tard. Le socialisme ne permet aucune propriété privée ni d'échange de biens d'investissement, et, par conséquent, aucun moyen pour les ressources de trouver leur utilisation la plus valorisable. Le socialisme, a prédit Mises, provoquera le chaos total et la fin de la civilisation.

 

Mises défia les socialistes d'expliquer précisément, en termes économiques, comment leur système fonctionnerait, une tâche que les socialistes ont jusqu'ici évité. Le débat entre les autrichiens et les socialistes a continué durant la décennie suivante, et au-delà, et, jusqu'à l'effondrement du monde socialiste en 1989, les intellectuels ont longtemps pensé que le débat avait été résolu en faveur des socialistes.

 

Dans le même temps, les arguments de Mises en faveur du marché libre ont attiré un groupe de convertis de la cause socialiste, incluant Hayek, Wilhelm Roepke, et Lionel Robbins. Mises commença à tenir un séminaire privé dans ses bureaux à la Chambre de Commerce qui fut suivi par Fritz Machlup, Oskar Morgenstern, Gottfried von Haberler, Alfred Schutz, Richard von Strigl, Eric Voegelin, Paul Rosenstein-Rodan, et beaucoup d'autres intellectuels, de toute l'Europe.

 

Egalement durant les années 1920 et 1930, Mises combattit sur deux autres fronts. Il délivra le coup décisif à l'Ecole Historique Allemande avec une série d'essais défendant la méthode déductive en économie, qu'il appellerait plus tard praxéologie ou la logique de l'action. Il fonda également l'Institut Autrichien de Recherche sur les Cycles économiques, et en confia la charge à son étudiant Hayek.

 

Durant ces années, Hayek et Mises furent les auteurs de plusieurs études sur les cycles économiques, avertissant sur les dangers de l'expansion du crédit, et prédisant la venue de la crise monétaire. Travaillant en Angleterre et en Amérique, Hayek devint plus tard le principal opposant à l'économie keynésienne avec des livres sur les taux de change, la théorie du capital, et la réforme monétaire. Son populaire livre La route de la servitude a aidé à raviver le mouvement libéral classique en Amérique après le New deal et la deuxième guerre mondiale. Et sa série Droit, Législation et Liberté a été élaboré d'après l'approche scolastique du droit, et l'a appliquée à la critique de l'égalitarisme et des panacées tels que la justice sociale.

 

A la fin des années 1930, après avoir souffert de la dépression mondiale, l'Autriche était menacée d'annexion par les nazis. Hayek était déjà parti pour Londres en 1931, pressé par Mises, et en 1935, Mises lui-même partit à Genève pour enseigner et écrire à l'International Institute for Graduate Studies, et émigra plus tard aux Etats-Unis. Connaissant Mises comme un ennemi juré du national socialisme, les Nazis ont confisqué les papiers de l'appartement de Mises et les ont cachés pendant la durée de la guerre. Ironiquement, ce sont les idées de Mises, filtrées à travers le travail de Roepke et le sens politique de Ludwig Erhard, qui ont guidé les réformes économiques dans l'Allemagne de l'après-guerre et reconstruit le pays. Puis, en 1992, des archivistes autrichiens ont retrouvé les papiers volés à Mises dans des archives déclassées à Moscou.

 

A Genève, Mises écrivit son œuvre maîtresse, Nationalokonomie, et, après son arrivée aux Etats-Unis, la révisa et la développa pour en faire L'Action Humaine, qui est sortie en 1949. Son élève Murray Rothbard la qualifiait de « plus grande réussite de Mises, et une des plus remarquables production de l'esprit humain de notre siècle. » L'avènement de cette œuvre a été un moment charnière dans l'histoire de l'école autrichienne, et elle demeure le traité qui définit cette école. Même si elle ne fut pas bien reçue dans la corporation des économistes, qui avaient déjà pris le tournant décisif du keynésianisme.

 

Bien que Mises n'ait jamais bénéficié du poste universitaire qu'il méritait, il a rassemblé autour de lui des étudiants à l'Université de New York, exactement comme à Vienne. Avant même que Mises n'émigre, le journaliste Henry Hazlitt était devenu son plus grand partisan, ayant fait la revue de ses livres dans le New York Times et Newsweek, et ayant popularisé ses idées dans le grand classique L'Economie en une leçon. Déjà, Hazlitt a fait sa propre contribution à l'Ecole Autrichienne. Il a écrit une critique ligne par ligne de la Théorie Générale de Keynes, défendu les écrits de Say, et a remis ce dernier à une place centrale de la théorie macroéconomique autrichienne. Hazlitt a suivi l'exemple de Mises d'une intransigeante adhésion au principe, et en conséquence a été éjecté de quatre postes de haut niveau du monde journalistique.

 

Le séminaire new-yorkais de Mises continua jusqu'à deux années avant sa mort en 1973. Durant ces années, Rothbard était son élève. En fait, le livre de Rothbard, Man, Economy and State, avait pour modèle L'Action Humaine, et dans certains domaines -la théorie des monopoles, l'utilité et le bien-être, et la théorie de l'Etat- il a affermi et renforcé les propres vues de Mises. L'approche de Rothbard vis à vis de l'Ecole Autrichienne a suivi directement la ligne de la pensée scolastique en appliquant la science économique à l'intérieur du cadre de la théorie du droit naturel de la propriété. Ce qui a résulté en une défense radicale d'un ordre capitaliste et sans Etat, basé sur la propriété et la liberté d'association et de contrat.

 

Rothbard a fait suivre son traité d'économie par une recherche sur la grande dépression, qui a appliqué la théorie autrichienne du cycle économique pour montrer que le crash du marché des actions et le retournement de l'économie sont attribuables à une expansion préalable du crédit bancaire. Puis, dans une série d'études sur la politique gouvernementale, il a établi un cadre théorique pour examiner les effets de tous les types d'interventions sur le marché.

 

Dans ses dernières années, Mises a vu les débuts de la renaissance de l'Ecole Autrichienne qui date de la sortie de Man, Economy and State, et se poursuit de nos jours. C'est Rothbard qui a fermement établi l'Ecole Autrichienne et la doctrine libérale classique aux USA, spécialement avec Conceived in Liberty, son histoire en quatre volumes de l'Amérique coloniale et de sa sécession de la Grande-Bretagne. La réunion de la théorie du droit naturel et de l'école autrichienne est apparue dans son œuvre philosophique, L'Ethique de la Liberté, tandis qu'il écrivait aussi des séries de textes économiques universitaires rassemblés dans les deux volumes de Logic of Action, publié dans la série d'Edward Elgar Les Economistes du siècle.

 

Ces travaux fondateurs sont un lien essentiels entre la génération Mises-Hayek et les Autrichiens qui travaillent aujourd'hui à étendre la tradition. En effet, sans la volonté de Rothbard de défier la tendance intellectuelle de son temps, les progrès de la tradition de l'Ecole Autrichienne aurait pu arriver à une halte. C'est ainsi que, sa grande et profonde érudition, sa personnalité joyeuse, son savoir encyclopédique, et son optimisme ont inspiré un grand nombre d'étudiants à prêter attention à la cause de la liberté.

 

Bien que les Autrichiens aient maintenant une position plus importante à tout point de vue depuis les années 1930, Rothbard, comme Mises avant lui, n'a pas été bien traité par le milieu universitaire. Bien qu'il ait eu une chaire dans les dernières années à l'Université du Nevada, à Las Vegas, il n'a jamais eu la position qui lui aurait permis de diriger des thèses. Néanmoins, il réussit à recruter un cercle interdisciplinaire de nombreux et actif partisans pour l'Ecole Autrichienne.

 

La fondation du Ludwig von Mises Intitute en 1982, avec l'aide de Margit von Mises ainsi que d'Hayek et d'Hazlitt, a fourni un ensemble de nouvelles opportunités à la fois à Rothbard et à l'Ecole Autrichienne. A travers un flux régulier de conférences universitaires, de séminaires, de livres, de monographies, de newsletters, d'études, et même de films, Rothbard et le Mises Institute ont amené l'Ecole Autrichienne dans l'ère post socialiste.

 

Le premier numéro de la Review of Austrian Economics éditée par Rothbard sortit en 1991, et devient un trimestriel en 1998, The quaterly Journal of Austrian Economics. Le cours d'été du Mises Institue a lieu tous les ans depuis 1984. Durant de nombreuses de ces années, Rothbard a présenté ses recherches en histoire de la pensée économique. Recherches qui culminèrent avec ses deux volumes de An Austrian Perspective on the History of Economic Thought, qui élargit l'histoire de la discipline pour englober des siècles d'écrits.

 

A travers les bourses d'étudiants du Mises Institute, les guides d'étude, les bibliographies, les conférences, l'école autrichienne s'est propagée, à un certain niveau, à travers quasiment tous les secteurs des sciences économiques et sociales en Amérique, et dans de nombreux pays étrangers également. L'Austrian Scholars Conference annuelle à l'Université d'Auburn attire des participants du monde entier pour discuter, débattre et appliquer la totalité de la tradition autrichienne.

 

La fascinante histoire de ce corpus de pensée, à travers ses vicissitudes, est une histoire de la façon dont de grands esprits font avancer la science, et s'opposent à l'adversité avec créativité et courage. Maintenant l'Ecole Autrichienne entre dans un nouveau millénaire comme porteuse des bases intellectuelles pour une société libre. Il en est ainsi grâce aux esprits brillants et héroïques qui composent l'histoire de famille de l'Ecole, et à ceux qui perpétuent ce legs avec le Ludwig von Mises Institute.

 

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Comment la politique monétaire a créé la crise: une analyse "autrichienne" de la crise des subprime.

20 Août 2017 , Rédigé par Le blog autrichien

La crise des subprime : une création de la politique monétaire.
 

La crise des subprime, appelée aussi crise financière, a été provoquée par la politique monétaire. Elle est même une excellente illustration de la théorie autrichienne des cycles, qui démontre que les politiques monétaires créent des crises cycliques.


 

On peut dater le le début de la crise financière d'un jour de 2007, quand la banque BNP Paribas a gelé trois fonds monétaires. On pourrait aussi choisir ce jour d'été, le neuf août 2007, quand les principales banques centrales mondiales, notamment la Banque Centrale Européenne (BCE), et la Réserve Fédérale américaine (Fed), ont injecté dans le circuit financier des liquidités pour un montant fabuleux, sans aucune mesure avec leurs interventions habituelles. La BCE a ainsi injecté 94,8 milliards d'euros, et la Fed 24 milliards de dollars. Les montants ont ensuite encore grimpé.

 

Cette crise, qui est considérée à ce jour comme une des plus grave qu'a connue l'économie mondiale, après la mère de toutes les crises, celle de 1930, est un bon exemple de la théorie autrichienne du cycle. C'est en effet avant tout une crise monétaire. Et une crise provoquée par des politiques délibérées. Elle illustre le cycle de boom et de crise de l'école autrichienne des cycles. Car, pour comprendre la crise, il faut analyser ce qui s'est passé avant, pendant la période de croissance qui l'a précédée.

 

La crise financière

Mais commençons par décrire la crise financière, comme on l'appelle, puisqu'on en fait le point central de la situation. Que s'est-il passé? Pourquoi les banques centrales ont-elles injecté autant de monnaie? En fait, il y a eu une terrible crise de confiance.

 

Les banques et les établissements financiers avaient acheté des titres, qui sont aujourd'hui connus sous le nom de titres subprime. Ces titres étaient bien notés par les agences de notation, c'est-à-dire qu'ils étaient considérés comme non risqués. Les régulateurs les considéraient aussi comme non risqués: les agences se conforment à la régulation, particulièrement forte, même à l'époque, dans le secteur financier.

 

Mais, soudain, ces titres ont été considérés comme risqués. Soudainement à l’échelle des marchés financiers : cela ne s’est pas fait en un jour, mais le dégradation a été rapide. Le fait que ces titres soient dorénavant considérés comme risqués a entraîné plusieurs conséquences.

 

D’abord, comment évaluer ces titres ? Comme personne ne savait comment les évaluer, comme soudain personne n'était capable de dire s'ils valaient quelque chose ou rien, les banques ont dû les déprécier fortement dans leurs bilans. Or, quand les banques diminuent la valeur des titres qu’elles possèdent, elles affichent des pertes. Ce sont les règles de comptabilité, établies par les différents régulateurs, qui l'exigent. Quand les banques affichent des pertes, elles doivent parfois être recapitalisées si les pertes sont trop importantes. Les pertes entraînent une baisse de confiance à l'égard des banques.

 

Ensuite, personne ne savaient à quel point les banques étaient exposées au risque subprime. Ces titres avaient été comptabilisés parmi les titres sans risque. Personne ne savait évaluer le risque qu’ils représentaient pour les banques. Donc, tout le monde se méfiaient. On était incapable de savoir si une banque était en pleine santé, ou au bord de la faillite à cause des titres subprime.

 

Or, tous les jours, les banques empruntent sur les marchés financiers. C'est indispensable à leur fonctionnement. Il y a des jours où elles empruntent, des jours où elles prêtent. C'est le mode de fonctionnement habituel. Mais, si personne ne sait si une banque est ou non au bord de la faillite, tout le monde arrête de prêter aux banques. Même les banques ne se prêtent plus entre elles.

 

Si les banques ne peuvent plus emprunter, elles ne peuvent plus prêter non plus. Or, les entreprises ont besoin de crédit pour fonctionner. Entre le moment où un objet est mis en production et celui où il est vendu, il se passe du temps. Il faut payer les matières premières, les salaires, etc. D’autre part, les entreprises, quand elles vendent à une autre entreprise, ne sont pas payées tout de suite. Elles ont donc besoin de trésorerie. Et souvent c’est le crédit qui assure la trésorerie. L’économie risquait donc d’être bloquée.

 

Et il y a tous les achats à crédit, tous les investissements à crédit qui pouvaient être bloqués. Et toute l’économie risquait d’être bloquée. D’où l’injection massive de monnaie par les banques centrales. Elles ont prêté aux banques qui ont pu prêter aux entreprises et permettre à l’économie de continuer à fonctionner.

 

Le crédit subprime.

Maintenant, d’où venaient ces titres subprime ? Le subprime est une catégorie de crédit. C’est la catégorie la plus risquée. Durant les années 2000, le crédit hypothécaire subprime s’est considérablement développé. Et tout le monde s’en félicitait. On considérait qu’il y avait un cercle vertueux. Nous allons décrire le mécanisme qui était considéré comme vertueux.

 

Les gens contractaient un crédit hypothécaire. Un crédit qui était donc garanti par la maison achetée. On considérait que, si un ménage ne pouvait pas rembourser le crédit, le prix de la maison serait toujours suffisamment élevé pour couvrir le crédit et les intérêts. Le développement des crédits subprime a provoqué une hausse des achats de maisons. Avec deux conséquences : un développement du secteur de la construction, et donc des créations d’emplois dans ce secteur, et une augmentation du prix des maisons. Le prix des maisons a ainsi augmenté de 40 % entre 2002 et 2006 (Quarterly Journal of Austrian Economics, The subprime Crisis, disponible ici, Adrián Osvaldo RavierPeter Lewin , JEL CLASSIFICATION: B25, E32, E58, N12). La croissance du secteur de la construction nourrissait la croissance économique.

 

Comme le prix de la maison avait augmenté, les gens pouvaient contracter un nouveau crédit hypothécaire, équivalent à cette augmentation. C'est ainsoi que cela se passe aux USA. Vous pouvez contracter un nouvel emprunt garanti par la valeur de votre maison, si cette valeur a augmenté. Et vous faites ce que vous voulez de cet argent : acheter un écran plat, un ordinateur, une seconde lune de miel à Paris. Ce qui provoquait une augmentation de la consommation. Et une augmentation de la croissance économique.

 

Plus globalement, le crédit était favorisé par les taux bas. La banque centrale américaine maintenait ces taux bas pour relancer l’économie. Car c'est la banque centrale, la Fed, pour Federal reserve aux USA, qui contrôle les taux d'intérêt. Elle est préteur en dernier ressort. C'est-à_dire que si les banques ne trouvent pas à emprunter sur les marchés financiers, elles se tournent vers la banque centrale.

 

Les crédits subprime étaient titrisés par les banques. C’est-à-dire qu’ils étaient transformés en obligations, et vendus sur les marchés financiers. C’étaient les fameux titres subprime. Ils sont aussi appelé titres complexes car leur construction était plutôt élaborée. Par exemple, ils comprenaient un système de couverture financière contre le risque de défaut de remboursement des crédits. Ces titres étaient considérés comme sans risque, car garantis par l’immobilier.

 

En effet, rappelons qu’à l’époque, presque tout le monde considérait ce processus comme vertueux. On parlait d'effet richesse. Car les gens se sentaient plus riches du fait de l'augmentation de la valeur de leur maison. Ils souscrivaient alors un nouveau crédit hypothécaire sur cette augmentation de valeur. Le crédit hypothécaire provoquait une augmentation de la demande, d’abord dans l’immobilier, puis la demande en général. On parlait d'effet richesse, souvenons nous. Car les gens se sentaient plus riches du fait de l'augmentation de la valeur de leur maison. Ils souscrivaient alors un nouveau crédit hypothécaire sur cette augmentation de valeur. La consommation augmentait, donc les revenus allaient augmenter, et l’emploi également. Et les gens pourraient rembourser sans problème leurs crédits. C’était un cercle vertueux, conforme au keynésianisme : la demande crée l’offre et crée l’emploi. Par conséquent, les titres subprime étaient considérés comme sans risque.

 

Souvenons nous également qu’à l’époque on reprochait à la France de ne pas avoir ce système de crédit hypothécaire destiné à la consommation. Mais la France était plus préoccupée par les problématiques de surendettement.

 

Cependant, le cercle vertueux s’est révélé un cercle vicieux. La dynamique prévue par le keynésianisme ne s’est pas mise en route. Les gens n’ont pas pu rembourser leurs crédits subprime. L’effet bénéfique se retournait. Les gens n’empruntaient plus, donc le crédit ne nourrissait plus la consommation. Ils ne pouvaient plus acheter de maisons, donc les prix des maisons baissaient. Ils ne pouvaient plus rembourser leurs crédits, et comme les prix des maisons avaient baissé, ils ne couvraient plus les montants des crédits. L’économie entraient en récession.

 

C’est le fait que les gens ne pouvaient plus rembourser leurs crédits qui a causé la crise financière. C’est donc la crise économique qui a provoqué la crise financière, et non la crise financière qui a créé la crise économique.

 

Une crise autrichienne.

La crise correspond au schéma de la théorie autrichienne du cycle décrite précédemment (voir ici). En effet, le crédit, c’est de la création monétaire. Les banques créent de la monnaie quand elles distribuent du crédit. Nous avons donc un cycle de croissance provoqué par le crédit. Un cycle qui s’est fini par une récession, parce qu’il avait pour origine le crédit.

 

Le développement du crédit subprime, et du crédit en général, a notamment été permis par la baisse des taux d’intérêt, pilotée par la banque centrale US, la Fed. Car les taux d'intérêt, dans l'économie actuelle, ne sont pas décidés par le marché. Ils sont contrôlés par les banques centrales. Nous sommes dans une économie très administrée.

 

Selon l’école autrichienne d’économie, c’est donc une baisse artificielle des taux d'intérêt, qui a favorisé les malinvestissements de la part des entreprises. Ce que d’autres économistes nomment sur-investissements. Ces investissements se sont révélés non viables.

 

Honnêtement, il est difficile de déterminer s’il y a eu un allongement du détour de production tel que le prévoit la théorie autrichienne. En effet, l'analyse initiale de Mises et d'Hayek considère que la baisse du taux d'intérêt provoque un allongement du cycle de production,. Les investisseur sont incités à investir dans les étapes du cycle de production les plus éloignées de la consommation. Si les taux d'intérêt sont bas, on peut investir à très long terme, donc très en amont du processus de production. Cela est difficile à vérifier. Ce qui est certain, c’est qu’une politique qui a favorisé le crédit par des taux bas, et en particulier le crédit hypothécaire subprime, a provoqué d’abord une croissance économique, puis une récession.

 

Surtout, ce développement du crédit a été provoqué. C’est une politique monétaire volontaire qui a provoqué le cycle de croissance et de crise, comme le souligne l’école autrichienne. Ce sont aussi des décisions volontaires qui ont orienté le crédit vers le subprime. Voici comment.

 

La politique de la Réserve Fédérale.

La réserve Fédérale est la banque centrale des USA. Elle contrôle donc le niveau des taux d'intérêt. Elle utilise notamment les taux d'intérêt pour relancer ou ralentir l'économie. Surtout depuis l'arrivée d'Alan Greenspan à sa tête dans les années 1990.

 

Ainsi, au début des années 2000, les USA connaissaient un ralentissement économique. Ce ralentissement suivait l'éclatement de la bulle internet. L'économie avait été portée par les investissements dans les sociétés internet. Ce qui a créé une bulle boursière, qui a éclaté, provoquant un ralentissement. Pour relancer l'économie, la Réserve Fédérale a donc baissé les taux.

 

L'idée étant que si les taux sont bas, les entreprises vont investir plus. Les taux bas font aussi baisser les rendements des obligations et des actions. On espère que les investisseurs seront poussés vers des projets plus risqués, à même de relancer l'économie.

 

Il y avait aussi une autre idée dans l'air du temps: celle de créer une bulle immobilière. Le raisonnement était qu'il fallait remplacer la bulle internet par une bulle immobilière. On comptait sur un effet richesse pour soutenir l'économie. Avec la hausse de l'immobilier, les gens se sentiraient plus riches, et dépenseraient plus. Ils pourraient emprunter plus. Ce qui relancerait l'économie.

 

Cette idée a été explicitée par le prix Nobel et éditorialiste du New York Times, Paul Krugman. En 2002, dans le New York Time, il écrivait notamment :

 

Pour combattre cette récession la Fed a besoin d’une hausse importante des dépenses des foyers pour compenser la défaillance de l’investissement privé. [Ainsi] Alan Greenspan a besoin de créer une bulle immobilière pour remplacer la bulle du Nasdaq. (Krugman, 2002, appelant à une bulle immobilière) (La bulle du Nasdaq est la bulle internet.)

 

Quand ses propos ont été rappelés, après l’éclatement de la bulle, il essaiera de noyer le poisson :

 

Les gars, relisez encore une fois. Ce n’était pas une préconisation politique, c’était juste une analyse économique. Ce que j’ai dit c’était que le seul moyen pour la Fed de donner une impulsion serait de créer une bulle immobilière. Et c’est juste ce qui s’est passé. (Krugman's Call for a Housing Bubble, Dan Sanchez, Mises Institute, 21/02/2013)

 

Ses propos, de 2002 ou d’avant, ont notamment été rappelés par le Mises Institute, qui est consacré à l’école autrichienne d’économie (Voir ici une traduction d’un de ces articles). En réaction, Krugman s’est fendu d’un article critiquant l’économiste Ludwig von Mises, figure de proue de l’école autrichienne. Petites querelles d’économistes ! (Voir ici des extraits de l’article.)

 

Il y avait donc dès 2002 l'idée de baisser les taux d'intérêt afin de favoriser une bulle immobilière.

 

Une politique d’accès à la propriété.

Le crédit subprime a également été encouragé par la politique d’accès à la propriété du gouvernement fédéral des Etats-Unis. Depuis la grande dépression des années 1930, des agences gouvernementales sont dédiées au crédit hypothécaire. Deux agences notamment ont joué un rôle.

 

La Federal Housing Administration (FHA).

La Federal Housing Administration a été créée en 1934, au cours de la grande dépression. L’une de ses missions est d’encadrer les conditions auxquelles les banques peuvent octroyer des crédits hypothécaires. La FHA requérait originellement un apport de 20 % du prix du bien immobilier. Cette obligation a été systématiquement réduite. En 2004, un des types de crédit les plus populaires ne requérait plus qu’un apport de 3 %. Le Congrès s’employait à le réduire à 0 %. Le résultat fut une augmentation du taux de défaut des prêts hypothécaires. ( Krugman's Call for a Housing Bubble, Dan Sanchez, Mises Institute, 21/02/2013)

 

Fannie Mae et Freddie Mac.

Fannie Mae est le diminutif de la Federal National Mortgage Association, et Freddie Mac celui de la Federal Home Loan Mortgage Corporation. Fannie Mae a été créée en 1938 et Freddie Mac en 1970. Ce sont des sociétés par actions créées par le gouvernement fédéral (government sponsored enterprise). Ces deux entités rachètent les crédits hypothécaires des banques. L’économiste Russell Roberts écrivait dans le Wall Street Journal en 2008 :

 

 

A partir de 1992, le Congrès a poussé Fannie Mae et Freddie Mac à augmenter leurs achats de prêts hypothécaires destinés à des emprunteurs disposent de revenus bas ou modérés. Pour 1996, le Department of Housing and Urban Development (HUD) a donné à Fannie et Freddie un objectif explicite que 42 % de leurs financements de prêts hypothécaires aillent à des emprunteurs dont les revenus étaient inférieurs au revenu médian de leur région. L’objectif a augmenté à 50 % en 2000, et 52 % en 2005.

Pour l’année 1996, HUD demandait que 12 % de tous les prêts hypothécaires rachetés par Fannie et Freddie soient des prêts "special affordable" (NdT : ce qu’on pourrait traduire par spécialement accessible), destinés typiquement à des emprunteurs dont les revenus sont inférieurs à 60 % du revenu médian de leur région. Ce nombre a été augmenté à 20 % en 2000 et 22 % en 2005. L’objectif de 2008 était de 28 %. Entre 2000 et 2005, Fannie et Freddie ont atteint leurs objectifs tous les ans, finançant pour des centaines de milliards de dollars de prêts, beaucoup étant des subprime et des prêts à taux variables destinés à des emprunteurs qui ont acheté des maisons avec moins de 10 % d’apport. (Roberts, 2008. How Government Stoked the Mania : Housing Prices Would Never have Risen So High Without Multiple Washington Mistakes, Wall Street Journal, October 3, cité par Lawrence H. White, "How did we get into this financial mess ?" Briefing Papers, NB°110, Cato Institute, November 18.)

 

Nous avons donc une politique d’accession à la propriété qui a favorisé les prêts hypothécaires aux personnes les moins solvables, en relâchant les conditions d’octroi des prêts, et carrément en rachetant de prêts risqués. Ce qui a fortement incité les banques à en accorder, car ils étaient rachetés. L'origines des crédits subprime est donc publiques, politique, étatique. Nous sommes dans une situation d'économie administrée, et non d'économie de marché libre.

 

La promotion du crédit pour les plus démunis

En 1977 a été promulgué le Community Reinvestment Act (CRA), une loi destinée à s’assurer que les banques prêtent à toutes les communautés de leur zone. L’origine de cette loi est que les habitants de certains quartiers bénéficiaient peu du crédit bancaire. Ces quartiers étaient entourés de lignes rouges sur les cartes. On parlait de la pratique du "redlining". C’étaient des quartiers pauvres, avec souvent de fortes concentration de minorités ethniques. Le but de la loi était d’obliger les banques et les organismes financiers à accorder des crédits aux habitants de ces quartiers.

 

Selon Lawrence H. White Lauwrence H. White, "How did we get into this financial mess ?" Briefing Papers, NB°110, Cato Institute, November 18.), jusqu’en 1977, la loi fut relativement inoffensive. Puis, elle a commencé à être amendé. En 1989, les banque devaient rendre public des informations sur l’octroi de crédits dans ces zones pauvres. A partir de 1995, les banques peuvent se voir interdire des opérations de fusions si elles ne prêtent pas assez dans des zones pauvres. Elles peuvent se voir interdire d’ouvrir de nouvelles filiales. Des groupes menaces de porter plaintes contre elles, comme le groupe ACORN (Association of Community Organizations for Reform Now).

 

Les banques s’organisent donc pour développer le crédit dans les quartiers pauvres. Elles s’associent avec des groupes communautaires, ou rachètent des titres obligataires servant à refinancer des crédits à ces quartiers pauvres et sécurisés par Freddie Mac.

 

Dans une interview publiée par le quotidien Les Echos du 29 octobre 2008, le banquier Joseph Perella déclare :

 

Les banques étaient sous la pression énorme des autorités de régulation, qui leur demandaient d’accorder des crédits aux populations les plus pauvres.Les régulateurs regardaient par exemple la part de crédit distribué aux ménages pauvres par les banques avant de leur donner l’autorisation de racheter d’autres établissements.

 

Le système financier était donc sous la pression des autorités pour distribuer du crédit risqué. Les autorités mettaient les banques sous pression pour qu'elles accordent des crédits à des populations pauvres.

 

Les accords de Bâles.

Le crédit bancaire est soumis depuis longtemps à une réglementation très stricte. En particulier, la réglementation résultant des accord de Bâles, du nom de la ville Suisse où se trouve le siège de la Banque Mondiale. C’est là que se réunit le Comité de Bâles, composé de gouverneurs de banques centrales de pays de l’OCDE. Le comité de Bâles élabore des règles que doivent respecter les banques, notamment en termes de capitaux propres, en fonction des types de crédit qu’elles octroient. Si une banque détient beaucoup de crédits risqués, elle doit avoir plus de capitaux propres que si elle détient beaucoup de crédits peu risqués. Ce ratio de capitaux propres est déterminé par le Comité de Bâles, qui détermine quels sont les produits risqués. Ce qui est peu risqué, selon le comité de Bâles, ce sont les crédits aux gouvernements, et l’immobilier. Les banques ont été obligées de se conformer au premier ratio en 1988.Elles se sont préparées avant, bien sûr. Voici l’effet des décisions du comité de Bâles sur le crédit aux USA, avec un graphique réalisé par Guillaume Nicoulaud :

 

 

 

Comment la politique monétaire a créé la crise: une analyse "autrichienne" de la crise des subprime.

Comme le montre clairement le graphique, le crédit est largement orienté vers l’immobilier. Tout développement du crédit, par une baisse des taux d’intérêt par exemple, se traduit donc par une augmentation du crédit immobilier plutôt que du crédit aux entreprises. Et les banques sont obligés de respecter les accords de Bâles.

Il faut souligner que tous les ratios prudentiels des agences de notation, ou interne aux banques, sont conformes aux critères de Bâles, éventuellement amendés par les pays où elles opèrent. Ce qui signifie que la mesure du risque des fameux titres subprime était faite en fonction de recommandation réglementaire. On les considérait sans risque car ils étaient adossés à de l'immobilier.

 

Conclusion.

La crise financière de 2007 est donc une crise monétaire, qui a provoqué une crise économique et une crise financière. Ce sont des décisions de politique économique qui ont provoqué cette crise. Elles ont favorisé le crédit immobilier, en particulier des crédits risqués. Une bulle immobilière s’est formée. Il y a d’abord eu une phase de croissance, permise par le crédit. Puis il y a eu le contrecoup, une récession. Ce qui correspond à la théorie autrichienne du cycle. Ce qui s’est passé est un exemple du "boom and bust", l’expansion et la récession, décrit par l’école autrichienne d’économie.

 

(Pour une analyse plus complète de la crise des subprime en rapport avec la théorie autrichienne du cycle, voir l'article du Quarterly Journal of Austrian Economics, The subprime Crisis, disponible ici, Adrián Osvaldo RavierPeter Lewin , JEL CLASSIFICATION: B25, E32, E58, N12 ; Un certain nombre de chiffres de cet article proviennent de cette source. )

 

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