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L'école autrichienne d'économie, la dynamique de l'économie.
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L'économie c'est l'échange

13 Juin 2020 , Rédigé par Le blog autrichien Publié dans #Manuel d'économie

L'économie c'est l'échange.

 

Voici le troisième chapitre de notre petit manuel d'économie. Après l'introduction, et le chapitre sur l'origine de l'économie, nous allons voir aujourd'hui que, l'économie, c'est l'échange.

 

Dans un premier chapitre, nous avons présenté les difficultés que rencontrent quelqu'un qui veut s'initier à l'économie. Puis, nous nous sommes posés la question de l'origine de l'économie : pourquoi cette nouvelle matière est-elle apparue ? Pourquoi cette nouvelle science. Nous avons tout simplement recherché ce qu'elle étudiait. Nous avons vu que c'est le développement du commerce et de la prospérité qui a suscité un intérêt qui a mené à l'émergence de l'économie. Le commerce, c'est l'échange. Un auteur a explicité le lien entre échange et prospérité. C'est Jean-Baptiste Say. Il écrit :

 

"L’homme dont l’industrie s’applique à donner de la valeur aux choses en leur créant un usage quelconque, ne peut espérer que cette valeur sera appréciée et payée que là où d’autres hommes auront les moyens d’en faire l’acquisition. Ces moyens, en quoi consistent-ils ? En d’autres valeurs, d’autres produits, fruits de leur industrie, de leurs capitaux, de leurs terres : d’où il résulte, quoiqu’au premier aperçu cela semble un paradoxe, que c’est la production qui ouvre des débouchés aux produits."

(Traité d'économie politique)

 

Qu'est-ce que cela peut bien signifier ? Nous allons ici examiner ce qu'est l'échange. Et, en déroulant le fil de l'échange, nous verrons que, l'échange, c'est l'économie.

 

L'échange, qu'est-ce que c'est ?

Analysons l'échange de base, c'est-à-dire le troc, avant de passer à l'échange plus moderne, qui implique la monnaie. Donc, qu'est-ce qui se passe dans un troc ? J'ai un talent, je sais fabriquer des épées. Bon, une épée, ça peut servir. Deux épées, si la première se casse, pourquoi pas. Mais, une multitude d'épées, cela ne me servira pas à grand chose. Alors je vais chercher à échanger ce que je sais faire, des épées, contre quelque chose qui me sera utile. Par exemple, j'ai besoin d'agrandir ma maison. Je vais échanger une épée contre des pierres.

 

Evidemment, je peux faire cet échange car un tailleur de pierre de ma connaissance a besoin, ou envie, d'une épée. Lui, des pierres, il en taille bien au-delà de sa propre consommation. Et, il a besoin d'une épée. Ce que l'on constate, c'est que le fabricant d'épées, et le tailleur de pierres, échangent tous deux quelque chose qui leur est moins utile contre quelque chose qui leur est plus utile. Chacun est gagnant dans l'échange. Le fabricant d'épée a plus besoin des pierres que de l'épée qu'il échange. Le tailleur de pierres a plus besoin de de l'épée que des pierres qu'il échange.

 

Dans l'échange, chacun trouve un bénéfice. Et c'est parce qu'il y a un bénéfice mutuel, qu'il y a échange. En langage moderne, on parle d'un jeu à somme positive, pour montrer que toutes les parties y gagnent.

 

Echange et monnaie.

Nous avons décrit ce qu'on appelle le troc, un échange d'un bien contre un autre bien. Introduisons maintenant la monnaie. En effet, il est difficile pour un fabricant d'épées de trouver quelqu'un qui a besoin d'une épée, et qui peut donner en échange un produit dont lui-même a besoin. Or, il se trouve que certains produits deviennent peu à peu acceptés par tout le monde lors d'un échange. On n'a pas forcement besoin de ces produits, mais on sait qu'on pourra facilement les échanger contre ce dont nous avons besoin, ou aurons besoin. Ces produits deviennent ce qu'on appelle une monnaie.

 

Différents biens ont servi de monnaie. Il y a eu le bétail par exemple. D'une façon naturelle, pourrait-on dire, les métaux précieux se sont imposés, et, au final, l'or. L'or a les qualités pour être partout accepté comme monnaie. Il est donc devenu une monnaie. Chacun va  accepter d'échanger un produit contre une quantité d'or. Nous voyons que nous avons là l'échange monétaire.

 

Echange et monnaie crédit.

Voyons un nouveau cas d'échange, en introduisant le concept de monnaie crédit. Monsieur Alphonse vend un service à Monsieur Bernard. Monsieur Bernard lui donne en échange une reconnaissance de dette. Monsieur Alphonse va à la banque et escompte la reconnaissance de dette. C'est-à-dire qu'il échange la reconnaissance de dette contre de la monnaie. N'oublions pas que les banques ont été des comptoirs d'escompte. On suppose pour cette exemple, limité à trois échangistes, qu'il n'y a pas d'intérêts. Avec l'argent obtenu, monsieur Alphonse achète un service à monsieur Claude. Qui lui même, avec l'argent, achète un service à monsieur Bernard. Qui, avec l'argent obtenu, paie sa reconnaissance de dette à la banque.

 

Nous venons de décrire tout un circuit économique. Notons qu'à chaque fois qu'il y a eu échange de service, il y a eu augmentation de ce qu'on appelle aujourd'hui le PIB, produit intérieur brut. En effet, ce qu'on appelle PIB, c'est la valeur ajoutée. C'est l'augmentation de valeur d'un produit ou d'un service à chaque échange. Sans monnaie au départ, nous avons donc décrit le PIB. La loi de Say décrit donc le PIB. Et le PIB découle de l'échange.

 

Aujourd'hui, les échanges peuvent être aussi simples ou plus élaborés : des entreprises qui mettent en œuvre de gros moyens pour vendre des produits. Mais, cela reste des échanges : un produit, ou un service, contre de la monnaie.

 

La loi de Say

C'est ce qu'on appelle parfois la loi de Say, ou loi des débouchés. Un chapitre du traité d'économie de Jean-Baptiste Say s'intitule : "Des débouchés". Il y décrit le processus des échanges, soulignant que "les produits s'échangent contre des produits". On soulignera que Say intégrait aussi les services dans son raisonnement, de manière extraordinairement moderne pour son époque.

 

Say soulignait que les endroits prospères, en l'occurrence les villes, étaient ceux où il y avait une multitude d'échangeurs. Chacun proposait quelque chose à échanger. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui un marché. Say soulignait que ce n'était pas le manque d'argent qui déprimait l'économie. C'était le manque d'échangeur. Car il faut avoir quelque chose à échanger pour se procurer une marchandise ou un produit.

 

La loi de Say est malheureusement mal interprétée de nos jours, par la faute de John Maynard Keynes. On la résume par la formule "l'offre crée sa propre demande", ce qui est complètement faux. La loi de Say, c'est juste l'échange.

 

L'économie, la science de l'échange.

C'est d'ailleurs pourquoi pour Ludwig von Mises, figure de l'école autrichienne d'économie, la loi de Say n'est pas une loi. C'est juste un préambule, qui sert à démontrer la fausseté des vieilles croyances qui consistent à dire que quand les affaires vont mal, c'est qu'il y a un manque d'argent. Pour Mises, l'économie c'est l'échange, c'est une évidence. C'est ainsi qu'il appelle la science économie la catallactique, science de l'échange.

 

Nous avons vu que tout découle de l'échange en économie. Une évidence oubliée par bien des économistes, mais pas par l'école autrichienne d'économie. C'est de l'échange que vient le PIB. C'est de l'échange que vient le prix aussi. En analysant le processus d'échange, nous allons déterminer la théorie de la valeur et des prix.

 

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D'où vient l'économie ?

5 Juin 2020 , Rédigé par Le blog autrichien Publié dans #Manuel d'économie

D'où vient l'économie ?

 

Nouveau chapitre de ce manuel d'économie. Après le chapitre introductif, nous allons nous poser la question: d'où vient l'économie ?

 

L'économie est une science récente. Rien à voir avec la géométrie, par exemple, qui existe depuis l'Antiquité. Même si on peut trouver dans les écrits de cette époque des notions qui se rapportent à ce que nous appelons aujourd'hui économie, il n'y a pas de théorie économique. Comme l’écrit Ludwig von Mises :

 

" L'économie est la plus jeune de toutes les sciences. Dans les deux cents dernières années, il est vrai, nombre de sciences nouvelles ont émergé des disciplines familières aux anciens Grecs. Toutefois, ce qui s'est produit là fut simplement que des parties du savoir, qui avaient déjà trouvé leur place dans le complexe du vieux système des connaissances, accédèrent à l'autonomie. "1


 

C'est pourquoi il est intéressant de se poser la question : pourquoi cette nouvelle science est-elle apparue ? Plus précisément, quel phénomène nouveau a pu impliquer l’émergence de cette science ? Ce qui permettra d’approcher l’objet d’étude de la science économique.

 

La première approche moderne de ce qui est aujourd’hui l’économie est à mettre au crédit des scolastiques du seizième siècle, plus précisément l’école de Salamanque. Selon Lew Rockwell, fondateur du Mises Institute :

 

" Parce que le droit naturel et la raison sont des idées universelles, le projet scolastique était de rechercher des lois universelles qui régissent la façon dont le monde fonctionne. Et bien que l’économie n’était pas considérée comme une discipline à part entière, ces chercheurs ont été amenés au raisonnement économique comme un moyen d’expliquer le monde qui les entourait. Ils ont cherché des régularités dans l’ordre social et ont fait reposer les normes catholiques de justice sur ces régularités."2

 

Ces scolastiques recherchaient des régularités. Ce qui est appelé des lois économiques de nos jours. Ils faisaient donc un véritable travail de théorisation, sans que la matière théorisée soit nommée. Lew Rockwell ajoute :

 

"Si les cités italiennes ont commencé la Renaissance au XVe siècle, c’est au cours du seizième que l’Espagne et le Portugal ont exploré le monde nouveau, et qu’ils sont apparus comme des centres du commerce et de l’activité économique."

 

Nous voyons ce qui a suscité ces réflexions économiques : le développement du commerce. Les scolastiques étaient des religieux. Ils étaient un peu les intellectuels du XVIè siècle. On leur posait des questions sur les évolutions de la société. Notamment, on leur demandait si les actions étaient justes. On s’interrogeait sur le commerce, par rapport à la religion.


 

On peut noter au passage l’extraordinaire modernité des écrits des scolastiques. Comme par exemple, Luis de Molina (1535-1601), qui avait une théorie de la valeur proche de la théorie actuelle, comme le souligne Lew Rockwell :


 

" Parmi tous les penseurs de sa génération favorables au libre marché, Molina était le plus pur dans sa vision de la valeur économique. Comme les autres scolastiques de la dernière génération, il convenait que les marchandises n’étaient pas valorisés « selon leur noblesse ou la perfection », mais selon « leur capacité à servir l’utilité humaine ». Il en a d’ailleurs donné un exemple convaincant. Les rats, de par leur nature, sont plus « nobles » (plus haut dans la hiérarchie de la création) que le blé. Mais les rats « ne sont pas estimés ou appréciés par les hommes », car « ils ne sont d’aucune utilité quelle qu’elle soit ». "


 

Le commerce, c’est aussi le titre du premier livre d’économie : Essai sur la nature du commerce en général, de Richard Cantillon (1680-1734). Ecrit en 1730, le manuscrit circulait clandestinement, avant une première édition en 1755, après la mort de l’auteur donc. C’est un ouvrage encore une fois précurseur. Cantillon y définit le concept d’entrepreneur, rien de moins. Il y décrit aussi le concept d’inflation, avec ce qu’on appelle encore aujourd’hui l’effet Cantillon. A nouveau donc, on retrouve le commerce dans le titre de l’ouvrage.


 

L'ouvrage qui est considéré officiellement comme le premier livre d'économie n'est cependant pas celui de Richard Cantillon. L'Essai sur la nature du commerce en général a sans doute eu une parution trop rocambolesque, et pas suffisamment connue, pour être reconnu à l'époque. C'est le célèbre livre d'Adam Smith (1723-1790), Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, qui a cet honneur. Ce livre est par ailleurs paru l'année de l'Independence Day des USA, en 1776, ce qui renforce son aura.


 

Il y a dans le titre le terme richesse. C'est la période de la révolution industrielle. C'est une période d'augmentation de la prospérité. Smith s'interroge donc sur l'origine de cette richesse. Un autre grand économiste, le français Jean-Baptiste Say (1767 - 1832) donnera d'ailleurs comme sous titre à son Traité d'économie politique :


 

" Simple exposition de la manière dont se forment, se distribuent et se consomment les richesses. "


 

L'expression " simple exposition " montre que Say ne fait qu'observer des phénomènes. Il ne cherche pas à créer une politique économique. De même que les scolastiques, de même qu'Adam Smith. Tous ces auteurs ne font qu'observer, que constater, les phénomènes que nous qualifions aujourd'hui d'économique. Ainsi Adam Smith est célèbre pour son expression de "main invisible". Il ne faisait qu'un constat : là où le commerce et l'industrie sont libres, la prospérité de tous se développe.


 

L'étude de l'économie est donc née de l'apparition d'un phénomène : le développement du commerce, et le développement de la prospérité dans certains pays. On s'interroge sur le caractère du commerce, et l'origine de la prospérité. L'ouvrage de Cantillon étant précurseur, liant plus que Smith commerce et prospérité, de même que Jean-Baptiste Say. C'est Jean-Baptiste Say d'ailleurs qui, le premier, va explicitement lier l'échange, c'est-à-dire le commerce, à la prospérité, à la richesse des nations comme dirait Smith. Ce que nous allons développer dans le prochain chapitre.


 


 


 

1 L’Action Humaine, Ludwig von Mises

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L'économie, c'est passionnant !

1 Juin 2020 , Rédigé par Le blog autrichien Publié dans #Manuel d'économie

Vous vous intéressez à l’économie. Vous voulez comprendre l’économie, comprendre comment elle fonctionne. Vous voulez vous intéresser à la science économique, pour votre culture personnelle, ou en tant que citoyen électeur, voulant faire les bons choix au moment de voter. Bon courage !

 

Une promenade dans les rayons d’une librairie peut laisser perplexe. Ce qui est nommé le rayon économie s’apparente plutôt au rayon opinions. On y dénonce la finance, l’économie de marché, chacun y expose sa vérité pour changer le monde. Quant aux livres qui paraissent plus sérieux, ils sont à destination des étudiants le plus souvent, et traitent directement de macroéconomie ou de la politique monétaire, ce qui est peu parlant pour le néophyte. De plus, ils sont truffés de modèles mathématiques qui peuvent rebuter.

 

Il y a aussi l’éventail des théories qui peut intriguer. Comment une science peut-elle avoir des théories aussi différentes, et même opposées ? Est-ce vraiment un domaine scientifique, au vu de toutes ces contradictions ? Chaque auteur avançant des arguments se voulant scientifiques, bien sûr.

 

Enfin, quelle définition donner pour l’économie ? Car il y en a plusieurs. La définition étymologique, qui nous apprend que le mot vient du grec ancien oikonoma, gestion de la maison. Lionel Robbins a popularisé la notion de science qui étudie l'allocation de biens rares à des fins alternatives. Les économistes s’interrogent-ils sur ce qu’ils étudient, d’ailleurs ? Certains vont dire qu’ils observent l’économie, d’autres qu’il faut bâtir l’économie.

 

Je vais ici me lancer dans un défi hors normes : écrire un manuel d’économie. Je le fais à travers ce blog, ce qui est aussi une manière pour moi de réfléchir en écrivant. Les articles pourront être peaufinés, réécrits. Je vais également utiliser la matière d’anciens articles, qui seront effacés ensuite.

 

En préambule, jouons cartes sur table. Je suis un disciple de l’école autrichienne d’économie, le courant qui s’est développé à la suite de Carl Menger, et dont la référence est Ludwig von Mises. Je ne crois pas à la neutralité en économie. Quand on lit un livre traitant d’économie, il faut toujours s’interroger sur le courant idéologique auquel appartient l’auteur. Même si le livre se prétend neutre, l’auteur est influencé par son idéologie. Derrière des statistiques qui se veulent le reflet de la réalité peut se cacher un pur raisonnement marxiste sur la concentration des moyens de production.

 

Comment s’y retrouver, comment juger d’une théorie économique ? En appliquant les règles de base. Juger de la cohérence interne de la théorie. De sa cohérence externe, c’est-à-dire de son caractère explicatif. Comparer les théories. L’économie exige une réflexion personnelle. Nous aborderons d’ailleurs ce qu’on appelle l’épistémologie, la science de la science en quelque sorte. Nous aborderons la méthodologie en économie.

 

Tout cela, le plus simplement du monde. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire viennent aisément. Je me souviens, il y a près de vingt ans, avoir discuté dans la halle du salon aéronautique du Bourget plutôt consacrée aux professionnels, avec un ingénieur proche de la retraite. Il savait m’expliquer les choses simplement, à moi qui voyait ces machines merveilleuses comme des engins de fiction. Eloignons-nous du jargon. Le jargon sera employé, mais expliqué, et le moins possible. D’ailleurs, le grand économistes français Jean-Baptiste Say disait que, quand nous connaîtrions bien l’économie, un manuel se résumerait à quelques principes simples. C’est aussi un des objectifs de ce manuel : expliquer comme sont nées des méthodologies, montrer les raisonnements derrière des théories très mathématiques.

 

Nous commencerons par nous interroger : l’économie, qu’est-ce que c’est ? Nous ne réinventerons pas le fil à couper le beurre pour y répondre. Nous allons commencer par nous interroger sur l’émergence de cette discipline, l’économie. En effet, c’est une discipline récente. Pourquoi est-elle apparue, quelles sont les interrogations qui ont mené à son émergence ? En clair : quel était le sujet de ces questions ? Qu’est-ce qu’on a voulu étudier ? Nous en viendrons, tout naturellement, à l’objet de l’économie.

 

Vous allez voir, l’économie, c’est passionnant !

Chapitre 2 : D'où vient l'économie?

Chapitre 3 : L'économie, c'est l'échange.

 

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Les Principes de Carl Menger

28 Février 2020 , Rédigé par Le blog autrichien

C’est l’évènement de l’année ! Enfin publiés en français ! Un des ouvrages clef de la théorie économique vient d’être publié en français, rien moins que les Principes d’économie politique de Carl Menger, l’ouvrage fondateur de l’école autrichienne d’économie. Mais également un ouvrage important pour les étudiants en économie, les professeurs, les chercheurs, et quiconque s’intéresse à cette science, car il est lié à la révolution marginaliste de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle.

 

Replaçons d’abord le livre dans le contexte de cette révolution. Jusqu’alors, la théorie de la valeur était basée essentiellement sur la valeur travail et l’utilité. La valeur d’un objet était le travail qui y était intégré, ainsi que l’utilité. Cela depuis Adam Smith, et David Ricardo, qui a divisé les revenus entre la rente, le profit, et le salaire. Mais cette théorie n’expliquait rien en fait. Pourquoi l’eau, si utile, valait moins que le diamant ? Il y avait aussi des différences de valeur qui n’avait rien à voir avec la quantité de travail.

 

La révolution marginale introduit la notion de valeur marginale. La valeur d’un produit, ou d’un service, dépend de la dernière quantité produite ou disponible. Si vous êtes dans le désert, et qu’il n’y a presque pas d’eau, celle-ci vaudra une fortune. Pourquoi ? Parce toute l’eau disponible servira à votre survie. Si vous êtes dans une région très pluvieuse, aux nappes phréatiques abondantes, aux fleuves et rivières nombreux, vous pouvez avoir de l’eau même pour le pistolet à eau de votre petit dernier. Ce qui n’a pas trop de valeur. C’est cette dernière utilisation qui détermine la valeur de l’eau. D’où le terme marginal.

 

Trois économistes sont les co-découvreurs de cette théorie. Ils l’ont élaborée chacun de leur côté, sans se connaître ni connaître les travaux des autres. Ce sont William Stanley Jevons et Carl Menger en 1871, et Léon Walras en 1873 souvenons nous qu’en ce temps là, l’information circulait beaucoup moins rapidement, surtout entre l’Angleterre de Jevons, l’Autriche de Menger, et la Suisse où résidait le français Walras.

 

Des trois, c’est Menger qui a la théorie la plus aboutie. Jevons a sans doute eu une intuition géniale, mais c’est Alfred Marshall qui peaufina ses concepts, à tel point qu’on parle d’économie marshallienne. Walras a finalement peu parlé d’économie, et surtout peaufiné un ouvrage mathématique. Menger a écrit un ouvrage d’économie, étonnamment complet pour sa taille somme toute réduite pour une telle œuvre.

 

Tous les phénomènes obéissent à la loi de la cause à effets. C’est ainsi que débute les principes. Ce qui est significatif de la démarche de Carl Menger : il veut établir une science économique. Une science qui isole le domaine de l’économie, qui soit propre à l’économie, qui ne fonctionne pas par analogie avec d’autres sciences. Il y a là aussi une réflexion sur ce que doit être la science économique, une réflexion épistémologique. Cette réflexion reste une marque de fabrique de l’école autrichienne d’économie, qui asseoit sa théorie sur une épistémologie. Ainsi, Ludwig von Mises commence son chef d’œuvre, L’action humaine, par définir ce qu’est la science économique. Réflexion très peu présente, c’est le moins que l’on puisse dire, dans les autres courants.

Carl Menger considère par ailleurs qu’il faut isoler le comportement économique des autres comportements. Il reconnaît que, dans le monde réel, les actions économiques sont mêlées à d’autres actions. Ou, plutôt, qu’une action n’a pas que des motifs économiques. Carl Menger considère qu’il faut isoler l’économie pour la comprendre. Il peaufinera cette argumentation dans son autre grand ouvrage, Recherche sur la méthode dans les sciences sociales et en économie politique en particulier, mais cette idée est déjà explicitement présente dans les principes. Ce qui est toujours d’actualité. Non, l’économie n’explique pas tout. Non, la théorie économique n’explique pas la totalité du comportement humain, et c’est normal, elle n’est pas conçue pour.

 

Menger adopte donc une démarche résolument scientifique. Il considère qu’il faut étudier le plus petit élément observable, c’est-à-dire l’être humain. Ou plutôt, l’être économique (economizing man dans la traduction américaine). Ce qu’on appelle depuis l’individualisme méthodologique. Il s’agit de partir de l’individu pour expliquer l’économie. Ce qui n’implique pas de refuser les phénomènes collectifs, soulignons le. A la base de tout phénomène collectif, il y a des individus.

 

Partir de l’individu, cela ne distingue pas Menger de Jevons ni de Walras. Eux aussi partent de l’individu. Mais Menger ajoute une autre dimension : le subjectivisme. Prenons l’exemple de la valeur et du prix. Walras va considérer un phénomène hypothétique de tâtonnement, sous l’égide d’un commissaire priseur, d’où sort un prix de marché. Ce prix de marché est une donnée qui s’impose à tous. A partir de ce prix de marché, il construit ses modèles mathématiques. C’est ce qu’on appelle un prix objectif, dans le sens où il s’impose à tous, et par opposition au subjectivisme. Chez Jevons et Marshall, c’est à peu près pareil.

 

Menger considère d’abord la valeur. Chacun accorde une valeur différente à un même objet. C’est pourquoi il peut y avoir échange d’ailleurs (cliquer sur le lien pour plus de précisions). On échange quelque chose qui a moins de valeur pour nous que pour celui qui l’achète. Dans l’échange, il y a un marchandage, et un prix est arrêté entre les parties. La multiplication des échanges fait converger le prix. Mais il reste que la valeur est subjective, et que le prix n’est pas une donnée pour l’individu. Le prix naît du processus économique. Mises a explicité la formation des prix (cliquer sur le lien).

 

Ce subjectivisme répond avant la lettre aux reproches envers la science économique, qui serait trop théorique et trop éloignée de la réalité. Tout comme le fait d’isoler le comportement économique, en reconnaissant qu’il n’est pas le seul qui guide l’individu. Nous avons là une théorie économique dans le sens où elle isole le comportement économique, proche de la réalité dans le sens où elle est subjectiviste.

 

Le dernier constat génial de Menger concerne la monnaie. Il constate que la monnaie est apparue toute seule, par le simple jeu des actions humaines. Personne n’a inventé la monnaie. Menger souligne par là que des institutions naissent sans que cela soit le fruit d’un plan humain. Ce qui n’est pas exclusif d’autres institutions conçues volontairement, selon Menger. C’est à nouveau un des fondements de l’école autrichienne, développé par la suite par Friedrich Hayek.

 

Les Principe d’économie politiques de Carl Menger sont donc un monument de la science économique. Qu’ils ne soient traduits qu’aujourd’hui en français est une honte pour le pays, et indique le peu de considération pour la science économique. c’est un ouvrage à lire pour quiconque s’intéresse à l’économie, tant cet ouvrage est riche, sur le plan épistémologique notamment. Et, le traducteur, Gilles Campagnolo, est un spécialiste de Menger, qui a eu accès à sa bibliothèque personnelle. Et pour ceux qui ont un peu de temps, voici une passionnante interview de Gilles Campagnolo, qui explique les concepts de Carl Menger. Enjoy.

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L'économie selon Keynes

8 Novembre 2019 , Rédigé par Le blog autrichien

John Maynard Keynes a révolutionné l’économie. Pourtant, on peut se demander s’il avait vraiment une théorie en économie.

 

John Maynard Keynes a révolutionné la science économique. Que l’on soit d’accord ou non avec le keynésianisme, on doit admettre qu’il y a un avant et un après Keynes. Ainsi, la science économique est passée de la micro-économie à la macroéconomie suite à la Théorie générale de Keynes. Depuis, son nom revient régulièrement dans l’actualité, ou du moins son concept de relance, même si cette politique n’a jamais marché.

 

Cependant, quand on s’intéresse au personnage, il semble ne pas avoir réellement de théorie en économie, ni sur autre chose. C’est ainsi un personnage brillant, dont Churchill disait quelque chose du genre :

 

Au début de la conversation il défend un point de vue, au milieu un autre et à la fin un dernier, avec suffisamment de conviction et d’arguments pour qu’on le croie tout le temps sincère.

 

Au fil des lectures à son sujet, on s’aperçoit qu’il n’a pas vraiment de conviction en économie. Il a surtout la conviction de son génie, qui doit lui permettre d’améliorer la vie des gens, ce qu’il souhaite sincèrement. C’est ce que montre les écrits de deux personnes.

 

L’une, Gilles Dostaller, a beaucoup étudié le personnage, et lui a consacré un livre très intéressant : Keynes et ses combats, publié en France en 2009 chez Albin Michel. Il dresse un portrait très complet de l'homme qu'était Keynes, de ses convictions, ses projets, de ses conceptions du monde et de l'avenir.

 

C'est un livre très intéressant pour comprendre l'origine de la pensée keynésienne. Keynes étant plus intéressant pour ce qu'il est, un membre de l'élite anglaise et un personnage influent, que pour son ouvrage phare, La Théorie Générale de l’emploi, de l'Intérêt et de la Monnaie.

 

L’autre personne dont nous évoquerons ici l’opinion sur Keynes est Friedrich Hayek. Pourfendeur du keynésianisme, mais par ailleurs bon ami de Keynes, qui aimait la discussion de gens intelligents, qu’il préférait aux gens moins intelligents, même s’ils étaient d’accord avec lui. Il préférait la contradiction intelligente à l’assentiment ignorant. Hayek admirait de son côté la grande intelligence de Keynes, même s’il considérait qu’il manquait de bases en économie.

 

L'économie : un processus technique.

Commençons par reprendre deux passages du livre de Gilles Dostaller. Page 204, Dostaller cite Keynes, dans la préface de ses Essais de persuasion:

 

Et voici qu'apparaît alors avec plus de clarté ce qui forme, à vrai dire, sa thèse essentielle d'un bout à l'autre du livre: la profonde conviction que le Problème Économique, comme on peut l'appeler en bref, ce problème du besoin et de la pauvreté et cette lutte économique entre classes et entre nations, tout cela n'est qu'une effroyable confusion, une confusion éphémère et sans nécessité. Pour venir à bout du Problème économique qui absorbe maintenant nos énergies morales et matérielles, le monde occidental possède déjà en effet les ressources et les techniques nécessaires; il lui reste à créer l'organisation capable de les mettre en œuvre de manière adéquate (1931-1, 1971, p.12-13).

 

Page 203, Dostaller écrit, que selon Keynes:

 

(...) Ce qui est vécu en 1930, c'est l'interruption momentanée d'un processus de perfectionnement technique extrêmement rapide: « A long terme, tout cela signifie que l'humanité est en train de résoudre le problème économique » Ce long terme correspond à un siècle dans l'esprit de Keynes. On pourra alors envisager un monde où les besoins essentiels seront satisfaits et où les énergies pourront être employées à des buts non économiques. Il y aura alors un problème qui risque de provoquer une dépression nerveuse universelle: comment employer sa liberté? On pourra en effet produire en trois heures par jour les choses nécessaires à la subsistance(...)

 

L'on voit là ce qu'est le " problème économique " selon Keynes: produire pour satisfaire les besoins de chacun. Le moyen est le progrès technique. Pour Keynes, ce progrès permettra d'aller vers un monde où les contingences matérielles seront allégées, et où l'individu sera libéré en partie de la nécessité de travailler. Le monde possède déjà toutes les techniques nécessaires. Mais il faut mieux organiser le monde. C’est une vision très matérialiste, et dénuée d’humanisme : l’économie est un problème technique.

 

Keynes ne semble pas envisager que l’être humain puisse inventer de nouvelles choses, de nouveaux concepts. Il ne semble pas envisager l’invention permanente engendrée par l’action humaine, par l’activité entrepreneuriale. C’est comme s’il y avait une fin, un moment où l’évolution s’arrête.

 

Une mentalité élitiste.

La solution au problème économique est un monde bien organisé, par le haut. Un monde organisé par une élite. Il y a là une vision très technocratique de la société.Keynes, dans cette vision technocratique, fait parti de l'élite.  Dostaller écrit:

 

De ses parents et du milieu dans lequel il a reçu son éducation, Keynes a hérité une attitude élitiste qui persistera jusqu'à la fin de sa vie. Le monde ira mieux le jour où une aristocratie intellectuelle aura en charge les affaires de la nation.

 

Il y a donc deux éléments dans cette vision de Keynes : la prospérité matérielle comme un simple problème technique, et l'idée que les gens ont besoin d'être gouvernés par une élite. Ce qui sous-tend que cette élite possède la capacité de faire le bien des gens, qu’ils le veuillent ou non.

 

Dans cette technocratie, Keynes est parmi l'élite. Il y a là de l'arrogance et de la condescendance. Il y a là une profonde erreur sur ce qu'est l'économie. Mais aussi peut être un souhait: que l'économie soit un système organisé par le haut.

 

L’intuition comme guide

On peut même se demander si Keynes pensait vraiment faire une théorie économique, ou s’il était en fait certain de pouvoir piloter l’économie à l’intuition. C’est ce qui transparaît de l’opinion d’Hayek à son sujet. Opinion qui corrobore les écrits de Dostaler. Rappelons à nouveau que, même s’ils étaient opposés intellectuellement, Hayek et Keynes étaient amis et s’estimaient mutuellement. Hayek critique l’économiste, pas l’homme. Hayek écrit :

 

Keynes avait une grande confiance dans son pouvoir de persuasion et pensait pouvoir jouer de l’opinion publique comme un musicien  virtuose de son instrument. Il était, par don et par tempérament, plus un artiste et un politicien qu’un scientifique. Il avait une mémoire remarquable. Mais, bien que doté d’une grande intelligence, sa pensée était plus influencée par l’esthétique et l’intuition que par des arguments purement rationnels. Il était convaincu de la justesse de ses intuitions avant même de les avoir démontrées. Cela le conduisait à justifier les mêmes politiques au moyen d’arguments théoriques très différents et le rendait plutôt impatient face au lent et fastidieux travail intellectuel que requiert normalement le savoir.

(Friedrich Hayek « Personal Recollections of Keynes », dans « A Tiger by the Tail » The lnstitute of economics affairs, 3e édition 2009, p. 115, repris dans Contrepoints.)

 

Il y a là une profonde admiration, en même temps qu’une critique. Hayek écrit par ailleurs :

 

Keynes n’a jamais admis qu’une inflation croissante est nécessaire pour qu’un accroissement de la demande monétaire puisse durablement augmenter l’emploi des travailleurs. Il était complètement conscient du risque qu’un accroissement de la demande monétaire dégénère en inflation croissante, et vers la fin de sa vie il craignait fort que cela n’arrive. Et si cela s’est bel et bien produit, ce n’est pas Keynes de son vivant qui en fut la cause, mais plutôt l’influence persistante de ses théories. Je puis rapporter de première main que, à la dernière occasion où j’en ai discuté avec lui, il était sérieusement alarmé par l’agitation pour l’expansion de crédit à laquelle se livraient certains de ses plus proches associés. Il alla même jusqu’à m’assurer que, au cas où ses théories, rudement nécessaires lors de la déflation des années 1930, auraient jamais des effets dangereux, il se dépêcherait de réorienter l’opinion publique dans le bon sens. Quelques semaines plus tard, il était mort et ne pouvait plus le faire.

(Friedrich Hayek dans The economist, traduit pour Contrepoints.)

 

Or, c’est le keynésianisme qui justifie les politiques inflationnistes. Keynes disait qu’un peu d’inflation était sans importance. Il disait que quand les prix augmentaient, les gens se dépêchaient d’acheter, et que c’était bon pour l’économie. On voit ici qu’il était conscient que cela pouvait mener à l’hyper-inflation. Mais il était persuadé de pourvoir contrôler ce phénomène.

 

Keynes était persuadé de pouvoir contrôler l’économie. Comme le sont certainement les banquiers centraux d’aujourd’hui, qui pensent piloter l’économie à travers la création monétaire.

 

Le keynésianisme existe-t-il ?

Le keynésianisme ne repose sur aucune base logique. Keynes prétend avoir réfuté la loi de Say. Sauf qu’il en donne une interprétation fausse (cf La relance keynésienne). Mais est-ce important ? Son but n’était-il pas de convaincre, quitte à changer de politique quand son intuition le lui conseillerait ? C’est d’ailleurs ce que les économistes font aujourd’hui. On parle d’appliquer une politique de la demande, ou de l’offre, en fonction des circonstances.

 

Le keynésianisme a-t-il existé pour Keynes lui-même ? Il n’était d’ailleurs pas follement enthousiaste de la version mathématique qu’en avait fait Hicks. Ce qui transparaît de son portrait, c’est un homme qui pensait sincèrement qu’il pouvait diriger l’économie, grâce à son intuition, grâce à son génie.

 

(Sur le même sujet : Révisez votre Keynes)

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La relance keynésienne

26 Octobre 2019 , Rédigé par Le blog autrichien

Le keynésianisme a une influence énorme en économie. Il formate largement la pensée commune en la matière. Il revient régulièrement dans l’actualité. Sous la forme de la relance keynésienne, mais aussi sous la forme de la politique monétaire, et, finalement sous la forme de multiples avatars. Examinons ici ce véritable phénomène.

 

La demande crée l’offre

Pour comprendre l’origine du keynésianisme, allons à la source, c’est-à-dire le célèbre livre de John Maynard Keynes, sorti en 1936, théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie. C’est dans ce livre qu’il développe sa théorie de la relance par la demande. Toute la théorie repose sur la réfutation de la loi de Say, ainsi appelée en référence au grand économiste français Jean-Baptiste Say. Keynes écrit :

 

Depuis J.B. Say et Ricardo les économistes classiques ont cru que l’offre crée sa propre demande, ce qui veut dire en un certain sens évocateur mais non clairement défini que la totalité des coûts de production doit nécessairement, dans la communauté entière, être dépensée directement ou indirectement pour l’achat de la production.

 

Ceux que Keynes nomme les économistes classiques, ce sont à la fois les classiques et les néoclassiques. La théorie qui était courante à son époque. Selon Keynes, donc, la loi de Say signifie que l’argent dépensé dans la production se retrouve dans la demande, et qu’ainsi l’offre crée la demande.

 

Keynes soutient alors le contraire. L’argent n’est pas forcément dépensé. Et l’épargne, ce n’est pas de la demande, mais de la thésaurisation. Par conséquent, l’offre ne peut pas créer la demande. Il faut donc soutenir la demande, en injectant de l’argent dans l’économie.

 

Injecter de l’argent dans l’économie a par ailleurs un effet multiplicateur. Quand un montant est injecté dans l’économie, soit par des investissements publics, ou par de l’argent distribué pour la consommation, la demande augmente. Les producteur voient cette demande augmenter, donc ils produisent plus. Ce qui entraîne des dépenses supplémentaires, en fournitures pour la production, en salaires. Les fournisseurs voient leur demande augmenter et investissent à leur tour. En raison de toutes ces dépenses supplémentaires, il y a une augmentation de la demande en n+1, qui entraîne les mêmes effets, et ainsi de suite, sachant que chaque augmentation de la demande est inférieure à la précédente, car une partie de l’argent gagné est épargné, et non réinjecté dans l’économie.

 

Une révolution en économie

Le keynésianisme est une véritable révolution en économie. En effet, il change complètement la manière dont est abordée la théorie économique. Avant Keynes, la science économique partait de l’individu, de l’être humain. La théorie néoclassique modélisait mathématiquement le comportement économique de l’individu, et en tirait des conséquence au niveau de l’économie dans son ensemble. Avec Keynes, on est tout de suite au niveau globale On raisonne en terme de grands agrégats : demande globale, offre globale, c’est-à-dire demande de l’ensemble du pays étudié, offre de l’ensemble du pays étudié.

 

Cette approche s’est généralisée, et on parle aujourd’hui de macroéconomie. Les théories économiques dominantes aujourd’hui sont toutes de la macroéconomie. Mêmes les théories opposées au keynésianisme ont une approche macroéconomique.

 

Le keynésianisme s’est très rapidement développé, à partir de 1936. Or, il a coïncidé avec la période de construction de l’appareil statistique en matière de comptabilité nationale, notamment après la deuxième guerre mondiale. Ainsi, l’indicateur le plus surveillé est celui… de la demande ! Le niveau de la demande globale est considéré comme crucial pour la croissance économique.

 

De même, les termes keynésiens s’imposent dans le vocabulaire économique. La loi des débouchés est ainsi résumée par la maxime : l’offre crée sa propre demande. Les politiques non keynésiennes, qui ne visent pas à augmenter la demande globale, mais à faciliter la vie des entreprises, en allégeant la réglementation par exemple, sont appelées politiques de l’offre.

 

Le keynésianisme ainsi connu un succès fulgurant dans la science économique. Pourtant, ses bases sont complètement fausses.

 

La loi de Say dénaturée

Jean-Baptiste Say n’a jamais prétendu que l’offre créait sa propre demande. Il n’a jamais prétendu que les dépenses générées par la production créaient une demande pour la production elle-même. Au contraire, il combat l’idée même que la circulation de la monnaie crée la demande. Say écrit :

 

Les entrepreneurs de diverses branches d’industrie ont coutume de dire que la difficulté n’est pas de produire mais de vendre ; qu’on produirait toujours assez de marchandises, si l’on pouvait facilement en trouver le débit. Lorsque le placement de leurs produits est lent, pénible, peu avantageux, ils disent que l’argent est rare (...).

 

L’homme dont l’industrie s’applique à donner de la valeur aux choses en leur créant un usage quelconque, ne peut espérer que cette valeur sera appréciée et payée que là où d’autres hommes auront les moyens d’en faire l’acquisition. Ces moyens, en quoi consistent-ils ? En d’autres valeurs, d’autres produits, fruits de leur industrie, de leurs capitaux, de leurs terres : d’où il résulte, quoiqu’au premier aperçu cela semble un paradoxe, que c’est la production qui ouvre des débouchés aux produits.

 

La bonne formulation de la loi de Say, c’est que les produits s’échangent contre des produits. Sachant que Say, en avance sur son temps, inclut aussi les services. Ce sont juste les bases de l’économie que Say rappelle, n’ayant jamais prétendu que ce soit une loi d’ailleurs, l’expression "loi de Say" étant venue bien après sa mort. D’ailleurs, Ludwig von Mises écrit à propos de la loi de Say :

 

Maintenant, il est important de réaliser que ce qui est appelé la loi de Say était en premier lieu conçu comme une réfutation de théories populairement tenues dans les temps précédant l’économie comme une branche du savoir humain. Ce n’était pas une partie intégrante de la nouvelle science économique telle qu’elle était élaborée par les économistes classiques.

 

Say ne fait que formuler ce qui est la base de l'économie : l'échange. Si une personne A veut un produit p, que détient une personne B, elle va l'échanger contre un produit que veut B. C'est le principe de l'inégalité de l'échange. La valeur attribuée au produit échangé est différente pour les deux protagonistes. Chacun se sépare de quelque chose qui a moins de valeur pour lui que ce qu'il acquiert.


 

Si on introduit la monnaie, on constate que l’échange se fait à l’aide d’un bien intermédiaire, comme l’or, chacun ne pouvant avoir ce que l’autre désire. Ou encore, l’acheteur établit une reconnaissance de dette à l’égard du vendeur, ce dernier allant l’escompter à une banque (anciennement un comptoir d’escompte), contre de l’argent. La loi de Say s’applique à une économie de troc comme à une économie monétaire (ce qui ne signifie pas que la monnaie serait neutre).

 

Cette interprétation de la loi de Say par Keynes était peut être dans l’air du temps. Steven Kates, dans son ouvrage Say’s law and the keynesian revolution, a décrit l’évolution de la loi de Say. Sous l’influence de la mathématisation de l’économie, la loi de Say n’a plus été comprise comme une illustration de l’échange, mais comme une égalité mathématique.

 

Un exemple d’une nouvelle interprétation de la loi de Say cité par Steven Kates est celle de Becker et Baumol :

 

Becker et Baumol commencent par faire trois distinctions : entre la "loi de Walras", "l’identité de Say" et "l’égalité de Say". La loi de Walras stipule que la valeur total de tous les biens et services demandés (monnaie incluse) est identiquement égale à la valeur total de tous les biens et services offerts (à nouveau en incluant la monnaie). L’identité de Say est définie d’une manière équivalente à ce que Lange et Patinkin faisait référence en tant que loi de Say. C’est la proposition que la demande totale de monnaie pour les biens et les services est identiquement égale à la valeur en monnaie du total de l’offre de biens et services. Finalement, l’égalité de Say est définie par la proposition que "l’offre créera sa propre demande" non en dépit de l’évolution du niveau des prix mais en raison de celle-ci. Le processus est décrit par Becker et Baumol ainsi :

 

Un excès d’offre de biens, obtenu en perturbant l’équilibre du marché par une réduction de cash, provoquera une baisse du niveau général des prix jusqu’au point où l’excès de demande pour la monnaie est éliminée, puisque le niveau des prix baissera tant que et seulement tant qu’il y a une demande en excès pour (l’insuffisance offre de) cash.

 

Ce que l’on remarque dans cette interprétation de la loi de Say c’est à la fois l’influence kyenésienne, et la volonté de faire rentrer cette loi dans le paradigme d’équilibre. C'est-à-dire dans des égalités mathématiques.

 

Or, Say considérait l’économie comme une science humaine. Tout comme l’école autrichienne d’économie, qui part de l’individu. L’économie mathématique a tendance à mal interpréter la loi de Say, car elle oublie ce qu’il y a dans un échange.

 

L’évolution de l’économie vers les mathématiques peut expliquer la dénaturation de la loi de Say. Néanmoins, on pourrait s’étonner qu’une base aussi fragile que le keynésianisme ait servi à une nouvelle présentation de la science économique, à savoir la macroéconomie.

 

En fait, la macroéconomie pose des hypothèses, qu’elle vérifie par l’exploitation de statistiques. Par exemple, on va étudier l’impact d’une politique de relance. On pense ainsi se passer d’une réflexion préalable. Et que les conclusions dépendent totalement des hypothèses de départ, et engendrent des théories différentes selon ces hypothèses, toutes vérifiées empiriquement, n’a jamais provoqué une remise en question des méthodes, ni de l’épistémologie.

 

Les effets des politiques de relance

La légende veut que le keynésianisme ait permis de sortir de la crise de 1929. C’est une pure légende. Déjà, l’ouvrage de Keynes est paru en 1936. La crise était commencée depuis longtemps. Keynes a plutôt servi à justifier des politiques de dépenses publiques déjà engagées. Et il ne fut pas forcément d’accord avec tout ce qui fût fait durant cette crise.

 

Examinons brièvement la politique menée pendant et après la crise de 1929. La légende veut que le président Hoover n’ait rien fait, serinant que la prospérité était au coin de la rue. Puis, Roosevelt est arrivée, sauvant les USA par son New Deal. La vérité est plus complexe, et ce n’est pas ici qu’elle sera déroulée. Dans le cadre de cet article, ce qu’il convient de dire, c’est que le président Hoover a mené une politique de relance avant la lettre. Il a notamment fait pression sur les entreprises pour que les salaires ne baissent pas. Roosevelt n’a fait que continuer la politique de déficits publics.

 

L’économie US n’a pas connu une grande reprise avec la dépense publique. Elle a évolué cahin caha, entre croissance et dépression. Les dépenses publiques liées à la deuxième guerre mondiale ont ensuite entraîné le plein emploi. Puis, après la guerre, une politique totalement différente fut menée. La dépenses publiques a été réduites, drastiquement. Le commerce international a été encouragé, avec les accords du GATT. Une certaine stabilité monétaire a été recherché, avec la création du FMI, et en liant les monnaies au dollar, lui même lié à l’or. Le contraire de ce qui avait été fait dans les années 30, avec le protectionnisme et les dévaluations compétitives. Et l’après guerre connut les trente glorieuses.

 

En France, la relance de l’économie est venue de l’application de la plupart des recommandations du célèbres rapport Armand-Rueff. Totalement anti keynésien !

 

Les politiques de relances keynésiennes ont été appliquées dans les années 1970. Avec des résultats tout aussi catastrophiques. Le Royaume-Uni a même dû appeler le FMI à l’aide. La relance de 1974 en Fra nce n’a pas non plus été un succès. Les résultats des politiques keynésiennes ont été catastrophiques. A tel point qu’elles ont été abandonnées, pour ce qu’on a appelé, toujours dans des termes keynésiens, une politique de l’offre. La France a tenté un baroud d’honneur en 1981, couronné par un échec retentissant, et aboutissant au tournant de la rigueur. Bien sûr, on a accusé le fait que les autres pays européens n’ont pas mené la même politique de relance au même moment pour expliquer l’échec français. Les échecs des années 1980 ont été oubliés.

 

Le keynésianisme aujourd’hui

Le keynésianisme est encore très prégnant dans la pensée économique actuelle. Par exemple, en matière de politique monétaire. Les taux d’intérêt sont maintenus bas pour relancer l’économie. On dit parfois que c’est une politique monétariste. Ce qui est faux. Le monétarisme préconise une augmentation modérée et régulière de la masse monétaire, pas une hausse et une baisse des taux en fonction de la conjoncture économique. La confusion provient du livre que Milton Friedman, un des pères du monétarisme, a écrit avec Anna Schwartz, sur l’histoire de la monnaie aux USA. Il y est dit que la banque centrale des USA, la Fed, a aggravé la crise en 1929 en diminuant masse monétaire. Ce qui a servi de justification à des politiques de manipulation de taux à l’égard desquelles Milton Friedman n’était pas d’accord.

 

Mais la justification principale à la baisse des taux en période de crise et d’injecter de l’argent dans l’économie, comme le voulait Keynes. On dit que ça favorise l’investissement par les entreprises et les ménages. La justification officielle de la politique de taux bas est d’injecter de l’argent dans l’économie. La justification réelle étant peut-être de permettre aux états de s’endetter, ce qui est également une politique keynésienne.

 

Le keynésianisme a aussi sa responsabilité dans la crise de 2008, dites crise des subprime. La bulle internet des années 1990 avait éclaté. Les keynésiens considéraient qu’une nouvelle bulle serait bénéfique pour l’économie. Ainsi, le prix Nobel d’économie Paul Krugman écrivait :

 

Pour combattre cette récession la Fed a besoin d’une hausse importante des dépenses des foyers pour compenser la défaillance de l’investissement privé. [Ainsi] Alan Greenspan a besoin de créer une bulle immobilière pour remplacer la bulle du Nasdaq. (Krugman, 2002, appelant à une bulle immobilière) (La bulle du Nasdaq est la bulle internet.)

 

A l’époque, on parlait d’un effet richesse. Avec la hausse de l'immobilier, les gens se sentiraient plus riches, et dépenseraient plus. Ce qui relancerait l'économie. Le paradoxe, c’est que l’effet richesse est une expression d’Arthur Cecil Pigou, professeur de Keynes, honni par par ce dernier, et qui ne considérait pas qu’il fallait injecter de l’argent dans l’économie pour la relancer. Le résultat de cette politique de bulle immobilière a été une crise sans précédent depuis 1929.

 

Aujourd’hui se développe une nouvelle théorie monétaire moderne, Modern Monetary Theory (MMT) en anglais. En gros, quand un état contrôle sa monnaie,il peut dépenser comme il veut, pour soutenir l’économie. Cette doctrine ne semble pas soutenue par les keynésiens, comme Krugman. Les keynésiens doivent naviguer entre leur doctrine et le fait que trop de création monétaire entraîne l’hyperinflation, ce qu’ils ne contestent pas.

 

Un vieux débat

Ce qui est extraordinaire, c’est que, finalement, c’est toujours le vieux débat sur le rôle de la monnaie qui est d’actualité. Say disait :

 

Les entrepreneurs de diverses branches d’industrie ont coutume de dire que la difficulté n’est pas de produire mais de vendre ; qu’on produirait toujours assez de marchandises, si l’on pouvait facilement en trouver le débit. Lorsque le placement de leurs produits est lent, pénible, peu avantageux, ils disent que l’argent est rare.

 

Tout tourne autour de la monnaie. Certains considèrent qu’il suffiraient de créer de la monnaie pour créer de la croissance. Concept très populaire, de la relance économique facile et sans effort. Est-ce cette facilité qui la rende récurrente, et que les politiciens la popularisent ?

 

Le keynésianisme n’est rien d’autre qu’un avatar d’un vieux débat, toujours récurrent, favorisé par le populisme : il suffit de distribuer de l’argent pour relancer l‘économie et créer des emplois. Keynes n’a rien inventé. Comme le souligne Mises, Keynes a mis un verni scientifique sur des politiques courantes depuis longtemps.

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LA MAXIMISATION DES PROFITS

17 Août 2019 , Rédigé par Le Blog Autrichien

La maximisation des profits.

 

La maximisation des profits est une expression courante en économie. Elle apparaît aussi bien dans la théorie autrichienne que dans l’Ecole autrichienne d’économie. C’est cette dernière qui l’explicite le mieux.

 

L’expression est souvent galvaudée, détournée. On insinue parfois que c’est une préconisation de l’économie de marché. Ludwig von Mises écrit à ce sujet :

 

L’on croit généralement que les économistes, en traitant des problèmes d’une économie de marché, manquent totalement de réalisme en supposant que tous les hommes sont toujours en quête d’obtenir le plus grand avantage possible. C’est construire, dit-on, l’image d’un être parfaitement égoïste et raisonneur pour qui rien ne compte que le profit. Un tel homo œconomicus peut être à la ressemblance des boursicoteurs et spéculateurs. Mais dans leur immense majorité, les gens sont biens différents. L’intelligence de la réalité n’a rien à gagner de l’étude du comportement de cette fiction décevante.

(L’Action Humaine)

 

Qu’est-ce que la maximisation des profits ? Replaçons les choses dans leur contexte. L’individu agit. Certaines de ses actions sont des actions économiques. Agir signifie engager des moyens pour obtenir un résultat. On agit pour écarter une gêne. Soit directement : je lève la main vers mon nez pour me gratter, car ça me démange. Soit indirectement. J’offre ma force de travail contre un prix pour m’acheter une pommade contre les piqûres de moustique.

 

En matière économique, notamment en matière d’échange, tout individu fait un calcul. Entre deux moyens, qui me demandent chacun autant d’efforts, je vais choisir celui qui rapporte le plus. En matière d’échange, je vais vendre à celui qui me propose le prix le plus élevé. C’est la logique. Et c’est tout, pourrait-on dire.

 

Il faut noter qu’il ne s’agit que du comportement économique. La théorie économique traite du comportement économique. C’est tout. Elle décortique ce comportement. Quand l’individu agit, son comportement n’est pas forcément purement économique. Ainsi, Mises écrit :

 

L’homme qui agit est une unité. L’homme d’affaires qui possède seul sa firme efface parfois la frontière entre les affaires et la charité. S’il souhaite aider un ami dans le besoin, le tact peut lui suggérer un procédé qui évitera à ce dernier la gêne de vivre de charités. Il donne à l’ami un emploi dans son bureau bien qu’il n’ait pas besoin de son aide ou qu’il puisse embaucher quelqu’un d’équivalent pour un salaire moindre. Alors le salaire convenu apparaît, dans la forme, comme une partie des dépenses de l’affaire. En fait il est la dépense d’une fraction de revenu de l’entrepreneur. D’un point de vue strict, c’est une consommation et non une dépense destinée à augmenter les profits de l’entrepreneur.

(L'Action Humaine)

 

La théorie économique isole ainsi le comportement économique de l’individu. Tout en sachant que ce dernier n’est pas qu’un individu agissant uniquement économiquement. L’action économique est un aspect de l’action humaine. Elle cherche à isoler, théoriquement, l’action économique, tout en sachant que, dans la réalité, l’action humaine n’est pas forcément purement économique.

 

Il faut souligner qu’il n’y a aucune préconisation de comportement dans le concept de maximisation des profits. La théorie économique constate seulement que l’individu, si on lui propose deux prix pour un même produit, un même service, choisira de vendre au prix le plus élevé. Mais il n’y a pas de préconisation de chercher à gagner plus. Chacun cherche à maximiser son profit… en fonction des efforts qu’il est prêt à fournir. L’individu agit pour écarter une gêne. Le fait de savoir quelle est l’intensité de la gêne, ou s’il faut gagner plus, est parfaitement subjectif. L’individu choisit de maximiser ses profits en fonction de l’effort qu’il est prêt à fournir. Les fins, les objectifs finaux, ne sont pas du ressort de l’économie.

 

La coopération sociale.

D’où vient le profit ? Nous vivons dans un monde de coopération sociale. l’économie, c’est l’échange. Nous échangeons. Nous gagnons quelque chose si ce que nous proposons est acheté par quelqu’un. C’est la coopération sociale. Nous sommes insérés dans cette coopération. Le profit vient de ce que nous proposons quelque chose que quelqu’un est disposé à acheter. Le profit résulte donc, en quelque sorte, du prix auquel la collectivité évalue ce que nous offrons.

 

Il est possible de formuler en termes de monnaie de quel montant un individu a obtenu un profit ou subi une perte. Toutefois, ce n'est pas un constat relatif au profit ou à la perte psychiques de cette personne. C'est un constat portant sur un phénomène social, sur l'appréciation que portent les autres membres de la société à l'égard de sa contribution à l'effort social de production. Cela ne nous dit rien d'un accroissement ou d'une diminution de satisfaction ou de bonheur, ressentis par cette personne. Cela ne fait que refléter l'évaluation, par ses congénères, de sa contribution à la coopération sociale. En dernière analyse, cette évaluation est l'effet des efforts de tous les membres de la société, cherchant chacun à atteindre le profit psychique le plus élevé possible. C'est la résultante de l'effet composite de tous les jugements, portés par tous ces gens, jugements de valeur personnels et subjectifs manifestés par leur comportement sur le marché. Mais cette évaluation ne doit pas être confondue avec les jugements de valeur en question.

(Ludwig von Mises, L’Action Humaine)

 

Quand un individu gagne de l’argent, c’est qu’un autre individu a accepté de lui en donner contre son produit ou son service. Dans l’économie de marché, tout profit provient de ce qu’on a offert à autrui.

 

La maximisation des profits est simplement le calcul que nous faisons tous en matière économique. Nous choisissons, à effort égal, les moyens qui nous rapportent plus. Et c’est la collectivité qui décide du profit. Telle est la signification de la maximisation des profits.

 

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L'économie est-elle une science ?

28 Juin 2019 , Rédigé par Le blog autrichien

L'économie est - elle une science ?  Ou peut-elle être une science ? Ou comment la fonder comme une science  ? La question semble entendue. L'économie s'est donnée le nom de science économique. Elle utilise les mathématiques, pour se rapprocher des sciences dites "dures", comme les mathématiques et la physique. Elle modélise la réalité comme on modélise la trajectoire d'une fusée. 


 

Cependant, ces modélisations ont la particularité de donner des résultats divergents en fonctions de différentes écoles d'économie. Des différences radicales même. Certains économistes vont dire qu'il faut relancer l'économie par la dépense publique, d'autres vont insister sur le problème du poids de l'Etat dans l'économie. Il n'y a pas une théorie indiscutable comme peut l'être la pesanteur en physique.


 

Ces divergences s'expliquent par le fait que tous les modèles reposent sur des hypothèses. On suppose que, et on construit un modèle sur cette supposition. Bien sûr, l'hypothèse à été vérifiée statistiquement. Elle serait vraie donc. Mais toutes les hypothèses, même contraires, sont vérifiées statistiquement. On peut supposer là un problème méthodologique. Est-ce qu'une vérification statistique est pertinente ?


 

Il y a aussi une question épistémologique. Les modèles mathématiques d'aujourd'hui sont basés sur le fait qu'il existerait en économie des relations constantes entre grandeurs. Comme en physique, où une déviation observée dans une trajectoire planétaire peut signifier la présence d'une force d'attraction. En économie, on cherche à établir une relation, par exemple, entre dépenses publiques et emploi.


 

C'est ce qu'on appelle la macro économie. On recherche des relations entre des agrégats. Et on veut pouvoir à la fois prédire, et manipuler l'économie. Mais cette approche est - elle épistémologiquement justifiée, ou seulement motivée ?


 

C'est une question qui devrait être posée pour déterminer si l'économie peut être une science. Et la méthodologie de cette science. C'est la question épistémologique. Celle par laquelle Ludwig von Mises débute son magnus opus L'action humaine.


 

Mises constate d’abord que l’on observe une régularité dans le déroulement des faits sociaux. Par contre, il n’y a pas de relations constantes entre des grandeurs. Ce qui est mesuré par la statistique, ce sont des faits historiques. C’est une relation, entre le prix des pommes de terre et l’offre de pommes de terre par exemple, entre deux grandeurs à un moment donné, un lieu donné. Il n’y a pas de constantes.


 

Mises s’attache ainsi à distinguer histoire et économie. Carl Menger, fondateur de l’école autrichienne, s’était retrouvé sous les critiques des historicistes allemands, qui ne juraient que par l’histoire, alors que lui voulait isoler les phénomènes, et surtout les lois, économiques, ce que Mises appelle les régularités. Depuis Menger, l’économie a pris une autre voie. Elle se persuade que des relations constantes existent entre des grandeurs. Ce n’est plus de l’historicisme. Mais c’est une confusion entre des lois économiques et des faits isolés. Et, comme cela a été dit plus haut, cette méthode engendre des conclusions biens différentes, en fonction des hypothèses de départ. Ce qui, convenons en, est peu scientifique.


 

Mises constate par ailleurs, comme tous les économistes, que l’économie ne peut pas être expérimentée en laboratoire. Mais que les phénomènes économiques sont trop complexes pour qu’on puisse même distinguer les causes et les conséquence par l’observation.


 

Des phénomènes complexes, dont l’apparition implique une combinaison de plusieurs chaînes causales concomitantes, ne peuvent servir de preuves pour ou contre aucune théorie. De tels phénomènes, au contraire, ne deviennent intelligibles qu’à travers une interprétation en termes de théories antérieurement élaborées à partir d’autres sources. Dans le cas de phénomènes naturels, l’interprétation d’un événement ne doit pas contredire les théories vérifiées de façon satisfaisante par expérimentation. Dans le cas des événements historiques il n’existe pas de restriction de ce genre. Les commentateurs restent toujours en mesure de recourir à des explications complètement arbitraires. Là où il faut expliquer quelque chose, l’être humain n’a jamais été à court pour inventer quelque théorie ad hoc, imaginaire et dépourvue de toute explication logique.

(Ludwig von Mises, L’action humaine)


 

Mises prend donc acte du fait que l’économie ne peut pas être expérimentée en laboratoire. De même qu’elle est trop complexe pour tirer des conclusions mathématiques de l’observation historique. En fonction du choix des hypothèses de départ, l’analyse des observations est différente. Comment faire alors pour établir l’économie en tant que science ?


 

Dans L’action humaine, Mises souligne donc qu’une première découverte a été celle de régularités dans les faits sociaux. Ce qu’on appelle aussi des lois. Puis, s’est construite la théorie économique classique, par Adam Smith, et David Ricardo notamment. Mises souligne que ces économistes rencontrèrent un obstacle apparent qu’ils ne surent écarter : l’apparent paradoxe de la valeur. Pourquoi l’eau est-elle moins onéreuse que le diamant, alors qu’elle est nécessaire à la vie, et non le diamant ? Mises écrit, à propos des économistes classiques :


 

Leur théorie de la valeur était déficiente, et cela les força à restreindre le champ de vision de leur science. Jusque vers la fin du XIXe siècle, l’économie politique resta une science des aspects « économiques » de l’agir humain, une théorie de la richesse et de l’intérêt égoïste. Elle s’occupait de l’agir humain uniquement dans la mesure où il est motivé par ce qu’on décrivait - de façon très inadéquate - comme le mobile du profit; et elle affirmait qu’il y a en outre d’autres sortes d’actions de l’homme dont l’étude incombe à d’autres disciplines. La transformation de la pensée que les économistes classiques avaient commencée ne fut poussée à son achèvement que par l’économie subjectiviste moderne, qui a transformé la théorie des prix de marché en une théorie générale du choix humain.

(Ludwig von Mises, L’action humaine)


 

Selon Mises, le passage de la théorie classique de la valeur à la théorie subjectiviste de la valeur précise la nature de la science économique. Que veut-il dire ? La théorie classique, de Smith et Ricardo, basait la valeur sur le travail. La valeur dépendait du travail incorporé dans un objet, ou, pour parler autrement, utilisé pour fabriquer un objet. Mais cette théorie ne correspondait pas à la réalité. Il y a des choses qui ne nécessitent pas de travail, ou peu. Dans beaucoup de contrée, l’eau est affleurante. Il y a aussi le problème de l’utilité, ou paradoxe de la valeur. Pourquoi l’eau, si utile, est-elle si peu chère, tandis que le diamant, qui n’est pas si vital, a autant de valeur?


 

La théorie de la valeur marginal a résolu ce paradoxe. Chaque individu classe les différentes utilisation d’un produit, ou d’un service. Prenons l’exemple de l’eau. l’individu classe ses utilisations de l’eau. La plus importante, se désaltérer. Ensuite, arroser ses champ. Puis, se laver. Puis, laver ses vêtements. Puis, laver sa maison. Puis, selon ses goûts, arroser ses plantes, laver sa voiture, remplir sa piscine, remplir le pistolet à eau du petit dernier. 


 

Nous voyons que l’utilité de l’eau est classée du besoin le plus vital aux besoins les moins vitaux. Par conséquent, si l’eau est si rare que l’individu en trouve à peine pour se désaltérer, il lui accordera une grande valeur. Si l’eau est suffisamment abondante pour qu’il se permette de remplir le pistolet du petit dernier, l’eau aura moins de valeur. C’est la dernière utilisation de l’eau qui fixe sa valeur. Ce qu’on appelle l’utilité marginale. A contrario, le diamant est si rare que ceux qui en veulent, ne fusse que comme bijou, sont prêts à en payer le prix.


 

On remarque que cette notion de valeur marginale est totalement subjective. Il y a des gens qui se moquent totalement des diamants, et les trouvent trop cher. Comme il y a des gens qui se moquent du dernier Iphone d’Apple, et préféreront un Androïd moins cher. La valeur accordé à un objet dépend de chaque individu. Ensuite, un prix est déterminé. Qui dépend des marchés, des lieux géographiques. Le prix est déterminé à chaque transaction. Il a tendance a être unifié sur des marchés libres car des entrepreneurs vont acheter le produit là où il est moins cher et le revendre là où il est plus cher. Les vendeurs vont donc avoir tendance à aligner leurs prix.


 

Quelles conséquences pour la théorie économique ? Posons nous une question : comment est-on arrivé à cette théorie marginale de la valeur? En précisant qu’elle n’est pas propre à l’école autrichienne d’économie. Tous les économistes modernes reconnaissent cette théorie, même s’ils ne l’appliquent pas de la même manière que l’école autrichienne.


 

Pour comprendre l’origine de la valeur, on a, finalement, analysé le comportement d’une personne. Pourquoi quelqu’un va-t-il accepter d’acquérir quelque chose à tel prix. Sachant que les choses les plus vitales peuvent être moins chères que des objets moins nécessaire, ce n’est pas le critère. Et on a déterminé cette théorie marginale de la valeur. On remarquera d’emblée qu’il n’y pas du tout de mathématiques dans cette théorie. On peut certes la mathématiser. Mais ce n’est alors qu’une illustration. La démonstration est purement logique, non mathématique. 


 

Le terme “logique” est important. Le prix résulte de la valeur, qui résulte d’une situation d’échange. Il n’y a pas de prix s’il n’y a pas d’échange. Si personne ne vend ni n’achète, il n’y a pas de prix. Il y a donc une action. Et, on a essayé de comprendre l’essence de cette action par un raisonnement logique.


 

Nous avons donc une donnée ultime : l’action humaine. Il y a une ou plusieurs personnes qui agissent. L’économie est composée d’actions de gens. Nous avons compris la formation de la valeur par un raisonnement. Nous pouvons tenir ce raisonnement parce que, en tant qu’être humain, vivant dans un environnement où se pratique l’échange, nous avons le même schéma de raisonnement que nos congénères vivant dans le même environnement. Nous utilisons les mêmes catégories logiques.


 

C’est là l’apriorisme méthodologique. Mises constate d'abord que l'acte d'échange fait partie de la catégorie de l'action humaine. L'individu, la personne, l'être humain agit. C'est une donnée ultime. C'est un apriorisme. C'est un axiome. Dans le sens où ce n'est pas démontrable, mais que c'est une évidence. Wikibéral indique que, selon Mises, cet axiome est apodictiquement certain, c'est à dire qu'il s'agit d'une évidence de l'esprit, indépendante, à priori, de l'expérience humaine. Cette méthodologie se réfère à la philosophie kantienne.


 

L'action humaine est ainsi un axiome. Un axiome qui contient le fait qu'il y a des causes et des buts à l'action. Chacun agit, en fonction de cause et de buts. La science de l’action humaine, Mises la nomme praxéologie. L’économie est incluse dans la praxéologie, puisqu’elle est composée des actions économiques des gens. Mises nomme catallactique, grosso modo science de l’échange bénéfique, l’économie. L’action est forcément rationnelle. Il n’appartient pas à la praxéologie de décider de ce qui est rationnel. Chacun agit en fonction de cause et de buts, ce qui découle directement de l’axiome de l’action. Mais le jugement de rationalité dépend de chacun. Quelqu’un, un peu dérangé, peut agir de manière qui paraît irrationnelle aux yeux des autres. Mais pour lui, son action est rationnelle. Et la praxéologie prend son action comme telle, car la rationalité dépend des gens. Elle ne juge pas la rationalité.


 

L’économie est la catallactique. La science de l’échange, grosso modo. Elle fait partie de l’action humaine, car elle est composée des actions des gens. Il est même difficile de distinguer une action purement économique. Par exemple, on peut choisir pour acheter ses produits le magasin tenu par un frère, une tante, une nièce. Dans l’action d’achat, il y a à la fois le calcul économique, mais aussi le désir de faire plaisir à quelqu’un, ou de faire tourner l’affaire de quelqu’un.

 

L’action rationnelle est un axiome. De cet axiome découle la causalité et la téléologie de l’action. Il y a des causes qui conditionnent l’action, et l’action suit un ou plusieurs objectif. Mais la praxéologie n’étudie ni les causes de l’action, ni ses objectifs. Mais son essence. L’économie, la catallactique, fait partie de la praxéologie, et il n’est pas forcément possible de distinguer son domaine propre dans les actions humaines.


 

C’est ainsi que Mises établit scientifiquement l’économie. Comme pour les mathématiques, à partir d’un axiome : l’axiome de l’action humaine, d’où découlent la causalité et la téléologie. Il fonde une science qui est la praxéologie, qui incorpore l’économie. La méthodologie est axiomatico-déductive. Tout se déduit de l’axiome de base, l’être humain agit. La méthode déductive est bien illustrée, a contrario, par la méthode inductive. Ainsi, le héros de Sir Arthur Conan Doyle, Sherlock Holmes, insiste bien sur le fait qu’il pratique l’induction. Il part de faits observés, et remonte à la source. La déduction consiste à redescendre d’un axiome à des théorèmes. 


 

Nous avons donc une fondation scientifique de l’économie, à travers la praxéologie, à partir d’un axiome, comme les mathématiques. Pas de chiffres, mais des mathématiques quand même, d’une certaine façon.


 

Comparons avec la science économique qui est dite “mainstream”, le nouveau terme pour dominante. La première mathématisation de l’économie est la théorie néoclassique. Vers les années 1870, la théorie de la valeur marginale est développée par trois hommes, indépendamment l’un de l’autre. Carl Menger a initié l’école autrichienne. Léon Walras, et William Stanley Jevons, ont initié la mathématisation de l’économie. Il faut ajouter Alfred marshall, qui a poursuivi l’œuvre de Jevons, à tel point qu’on parle d’économie marshallienne. L’économie théorisée par Jevons, Marshall, et Walras, et qualifiée de néoclassique. Comme elle reprend la théorie de la valeur marginale commune avec l’école autrichienne, on peut considérer qu’il y a un apriorisme implicite. Mais, ensuite, la théorie néoclassique s’éloigne de l’apriorisme. En considérant, par exemple, l’existence d’un prix de marché unique. La théorie néoclassique veut s’inscrire dans l’ingénierie newtonienne, et torture l‘économie pour la faire entrer dans ce cadre. La macroéconomie moderne suit cette voie. Elle ne se questionne pas sur l’épistémologie de sa méthode. Et elle a abouti à considérer des relations constantes entre des agrégats économiques, et à arguer, naïvement, de l’utilisation des mathématiques pour revendiquer l’épithète scientifique.


 

En conclusion, l’école autrichienne propose une approche scientifique de l’économie, basée sur un axiome, comme les mathématiques. Cette approche incorpore l’économie, la catallactique, dans une science plus large, la praxéologie, la science de l’action humaine. Tandis que l’approche mathématique apparaît non scientifique.


 

(Cf aussi Economie et mathématiques.)

 

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Etalon or : Le retour ?

31 Mai 2019 , Rédigé par Le blog autrichien

Etalon or : Le retour ?


 

Ce 29 mars 2019 est une date historique. L’or physique a recouvré son statut monétaire. Est-ce le début du rétablissement de l’étalon or ?


 

Ce 29 mars 2019 deviendra peut être une date historique. Pour certains sites sur internet, ça l’est déjà. Car un événement considérable s’est produit ce jour là. De ces événements invisibles, mais qui influent sur la vie de l’humanité entière. Une décision d’une ligne, dans un règlement qui comporte plusieurs tomes, qui a chamboulé la planète. Une révolution monétaire est en marche. Certains ont carrément parlé du retour de l'étalon or!


 

Les commentaires sur internet ont peut-être été quelque peu exagérés, il n’en reste pas moins que la date est historique pour la planète bancaire. Mais expliquer clairement les choses nécessite un petit détour historique.


 

La mesure qui a déclenché le buzz sur internet concerne les ratios prudentiels des banques, dits ratios de Bâle 3. Le système financier est en effet extrêmement réglementé. Par exemple, si une banque accorde des crédits, les règles prudentielles de Bâle lui imposent un certain niveau de fonds propres en fonction, à la fois du montant total des crédits, et du risque de chaque crédit.


 

Tout est réglementé par Bâle. C’est au sein de la Banque des règlements internationaux que sont élaborées ces règles. Mêmes la notion de fonds propres est réglementée, et segmentée en différents types de fonds propres. Un règlement donc très contraignant.


 

Les règles de dites de Bâle 3 ont été élaborées en réponse à la crise de 2008. Parmi les nouveautés, il en est une qui est entrée en vigueur le 29 mars 2019. Technique en apparence, historique pour l’histoire économique. Désormais, les règles Bâle 3 considèrent que l’or physique que posséderait une banque ne doit pas être considéré comme une marchandise, mais comme une devise. Comme une monnaie donc. Par conséquent, les règles applicables aux devises sont applicables à l’or physique.


 

Pour comprendre la portée de cette décision, un peu d’histoire est nécessaire. L’or s’est imposé comme monnaie au fil des siècles. Les monnaies ont ainsi longtemps été adossé à l’or, dans le sens où les billets étaient remboursables en or. L'émission de billets dépendait de la possession d’or par la banque centrale. Et tout billet était remboursable en or. Ce qu’on appelle le système de l'étalon or. Ainsi, une des monnaies les plus stables au 19ème siècle,  qui a traversé presque sans encombre de multiples révolutions et autres remous politiques, à été le franc germinal.


 

La première guerre mondiale a fait exploser l'étalon or. En effet, cette guerre a été financée par la planche à billet. Par l’inflation donc. L'émission de monnaie était dès lors déconnectée de l’or. La monnaie était créée sans considération d’une contrepartie en or.


 

L'étalon or n’a pas véritablement été rétabli entre les deux guerres. Le Royaume Uni, par exemple, l’avait rétabli, mais à une parité trop élevée avec la monnaie. Puis il y a eu la crise de 1930. Et la deuxième guerre mondiale.


 

L’après guerre à vu deux décisions majeures, qui ont permis ce que l’on a appelé les trente glorieuses. Il s’agit des accords du GATT, qui ont pour but de réduire les barrières au commerce mondial. En effet, au cours de la crise de 1930 les pays ont pris des mesures protectionnistes. Ces mesures ont considérablement aggravé la crise. Ils en tirèrent les leçons pour l’après guerre.


 

Ce qui avait également aggravé la crise, c’étaient les dévaluations. Ce qu’on appelle aujourd'hui les dévaluations compétitives. Elles ont eu un effet dévastateur sur l’économie. Alors a été instauré le système de Bretton Woods, pour restaurer une stabilité monétaire.


 

Le système monétaire mondial a été organisé autour du dollar. Toutes les monnaies ont un cours en fonction du dollar. Et le dollar était, officiellement, convertible en or. Concrètement, Chaque banque centrale doit avoir des réserve en dollar pour émettre de la monnaie. Chaque monnaie est convertible en dollar. Ce système a plus ou moins bien fonctionné, avec des dévaluations quand c’était nécessaire. Puis il a explosé à son tour, en 1971. Les USA ont émis trop de dollars par rapport à leurs réserves en or. Quand l’Allemagne a demandé de l’or en échange de ses dollars, cela lui a été refusé. Dès lors, le système de Bretton Woods s’est effondré, car le dollar n’était plus convertible en or.


 

Le système monétaire a alors adopté les changes flottants. Concrètement, la monnaie devient un actif financier comme un autre, ou presque. Comme un autre car sa valeur dépend de l’offre et de la demande. Presque, car les banque centrales contrôlent les taux d’intérêt, et contrôlent ainsi l’émission monétaire. Les parités entre les monnaies dépendent du marché.


 

C’est dans ce système qu’ont été instaurés les ratios prudentiels de Bâle. En effet, l’étalon or mettait une limite à la création monétaire. Son abolition, puis l’abolition de ce qu’on pourrait appeler l’étalon dollar, abolit toutes les limites. Donc, les ratios de Bâle encadrent l’activité bancaire. Concrètement, le crédit est de la création monétaire. Quand les banques émettent du crédit, elles créent de la monnaie. Les ratios de Bâle encadrent cette création monétaiure. Ils sont devenus la base de la réglementation prudentielle. Quand une institution, une société, emprunte de l’argent sur les marchés financiers, elle est quasiment obligée de se faire noter. Des agences de notation lui donnent une note en fonction du risque que représente l’emprunt demandé. Les critères de Bale sont aussi la base de cette notation. Si l’emprunt n’est pas noté, quelle que soit la solidité financière de l’émetteur, la dette tombe dans la catégorie des junk bonds, les emprunts les plus risqués.


 

Dans le système de Bretton Woods, l’or avait encore une fonction, même si c’était quelque peu factice. Dans le système né de ses débris, l’or n’a plus de fonction dans le système monétaire. La monnaie est une pure monnaie fiat. Le terme est péjoratif. Il provient de l’expression biblique “Fiat lux”, que la lumière soit. Dans la Bible, Dieu crée l’univers à partir de rien, et prononce ces mots pour créer la lumière. La monnaie fiat est ainsi créée à partir de rien. Juste une écriture, sans être adossée à rien. Elle s’oppose à la sound money, qui est une monnaie qui a une valeur en elle même. L’école autrichienne d’économie a toujours critiqué cette monnaie fiat.


 

L’or était devenu aux yeux des responsables monétaires cette relique barbare, selon les mots de Keynes. La monnaie était devenue un instrument de pilotage de l’économie. Les autorités bancaires contrôlant la création monétaire suivant les besoins de l’économie, utilisant la monnaie pour relancer ou ralentir l’économie. La martingale était trouvée. Jusqu’à la crise de 2008.


 

La crise de 2008 est survenue malgré la mise en place de tout un système pour contrôler l’économie. Malgré les mesures prudentielles. A l’encontre des théories économiques. Certains, notamment au sein de l’école autrichienne d’économie, souligne que ce sont les décisions politiques qui ont créé cette crise (voir ici). Cette crise a entraîné une réflexion sur les règles prudentielles. Et, ainsi, l’or physique est dès lors considéré comme une monnaie.


 

Au vue de l’histoire contemporaine, on conçoit que ce soit une révolution. Nous sommes passés d’un paradigme qui refusait l’or comme monnaie, ou sous-jacent de la monnaie, à l’acceptation officielle de l’or comme monnaie. C’est une défaite keynésienne. C’est la fin d’une ère. C’est un virage à 180 degrés, un U turn pour employer une expression anglaise.


 

Pourquoi ce revirement? Il faudrait être dans le secret des dieux pour savoir. Ce que l’on peut constater, c’est que l’or a toujours joué le rôle de valeur refuge. Une baisse de confiance dans les monnaies entraîne une hausse de l’or. Le Comité de Bale ne fait qu’acter un fait. C’est du pragmatisme. Et c’est tout ce qu’on peut dire sans être dans le cénacle qui prend les décisions.


 

Quels seront les conséquences de ce changement de paradigme? Bien malin qui le sait. Les banques vont-elles se ruer sur l’or? On sait que des banques centrales ont augmenté leurs réserves, notamment la Chine et la Russie. Les banques commerciales vont-elles se ruer sur l’or? L’étalon or va-t-il revenir? Ce ne sont que des suppositions.


 

Ce qui est sûr, c’est que c’est un symbole important. Ce qui est sûr, c’est que cela ouvre un éventail important de possibilités. Mais l’étalon or n’est pas rétabli. La principale leçon, c’est que l’on a voulu déconnecter la création monétaire de l’or. Ce qui était une volonté politique. Mais le principe de réalité a rétabli l’or comme actif monétaire. Dès Menger, l’école autrichienne a montré que la monnaie n’est pas une création d’un Etat. Mais un choix des acteurs économiques. Ensuite, Mises et Hayek ont montré que la politique monétaire engendrait des crises économiques, comme le montre la crise de 2008. La réalité semble rattraper les politiques monétaires.

 

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L’Ecole Autrichienne d’Economie, de Jesús Huerta de Soto

13 Avril 2019 , Rédigé par Le blog autrichien

L’Ecole Autrichienne d’Economie, de Jesús Huerta de Soto


 

Il existe peu de bons livre pour s’initier à l’économie. L’Institut Coppet vient de rééditer un livre remarquable pour découvrir l’école autrichienne d’économie : L’Ecole Autrichienne, Marché et Créativité Entrepreneuriale, écrit par Jesús Huerta de Soto. C’est un livre qui réussit la performance d’être à la fois court, complet et précis, et écrit dans un langage abordable.


 

Jesús Huerta de Soto est un bon connaisseur de l’école autrichienne d’économie, et un grand économiste. Il a notamment écrit Monnaie, crédit bancaire et cycles économiques, dont la première édition date de 1998. S’appuyant sur la théorie autrichienne du cycle, et ses fondements monétaires, il y prédit la crise économique qui se déclenchera en 2007 (même si on la nomme la crise de 2008, les premiers symptômes apparaissent en 2007).


 

Dans L’Ecole Autrichienne, Huerta de Soto présente dès le début les bases de l’école autrichienne d’économie. Dès le titre, peut-on dire, puisqu’il y souligne la créativité entrepreneuriale. L’école autrichienne considère en effet que l’économie est constituée par la multitudes des actions des êtres humains. De Soto souligne le rôle de l’entrepreneur dans cette dynamique. L’entrepreneur, c’est celui qui agit aujourd’hui pour obtenir les fruits de cette action dans l’avenir. C’est l’action entrepreneuriale qui crée une dynamique dans l’économie. C’est bien sûr l’action de celui qui crée une entreprise. Mais aussi de celui qui suit une formation pour gagner plus à l’avenir.


 

De Soto fait une comparaison avec l’école néoclassique. L’école autrichienne et l’école néoclassique sont en effet souvent confondus. Les deux sont nées à la même époque. Les deux soutiennent l’économie de marché. Mais les néoclassiques ont une approche statique de l’économie, en terme d’équilibre général. La comparaison avec l’école autrichienne met en valeur l’approche dynamique de celle-ci.


 

Après avoir posé les bases de l’école autrichienne, Huerta de Soto en présente les principales figures, avec leurs principaux apports. Il commence par souligner que les scolastiques espagnols sont sans doute les précurseurs de l’école autrichienne. C’est là peut-être le seul léger défaut de ce livre, d’insister sur ce point. Espagnol lui même, de Soto est excusable. D’autant plus que l’école autrichienne reconnaît les apports des scolastiques. Cependant, Carl Menger, de qui est partie l’école autrichienne, s’inspirait tout autant de l’Abbé de Condillac, de l’école française, d’économistes allemands oubliés aujourd’hui, et même de Smith.


 

Néanmoins, de Soto a le mérite d’inscrire l’école autrichienne dans l’histoire de la pensée économique. Les économistes de cette école reconnaissent les apports de ceux qui les ont précédés. Comme les scolastiques, comme Richard Cantillon, comme Jean-Baptiste Say. Et de Soto, en mettant en exergue les scolastiques espagnols, montre que l’économie moderne n’a pas commencé avec Smith.


 

De Soto présente donc les principales figures de l’école autrichienne, dans l’ordre chronologique. Il commence bien sûr par le fondateur, même s’il ne pensait pas fonder une école d’économie, Carl Menger. A travers Menger, de Soto insiste sur le subjectivisme de l’école autrichienne, et ses implications. Il insiste aussi sur le cycle de production. Carl Menger a en effet insisté sur le fait que les biens intervenaient à différents moments du cycle de production. Il a ainsi introduit le temps dans la théorie économique. Encore une particularité de l’école autrichienne.


 

De Soto consacre un chapitre à Böhm-Bawerk, pour sa théorie du capital. A Ludwig von Mises, qui a posé les bases actuelles de l’école autrichienne. Avec notamment la théorie de la monnaie, du crédit, des cycles économiques, de la fonction entrepreneuriale, et de la méthodologie en économie. Enfin, Hayek et sa théorie de l’ordre spontané du marché sont à l’honneur.


 

De Soto place chaque auteur dans le contexte historique de l‘époque, et même dans le contexte de la pensée économique. Pour Mises et Hayek, il propose également une courte notice biographique. Il replace aussi, quand c’est nécessaire, les théories de ces auteurs dans les débats de l’époque. Comme le débat entre Carl Menger et les historicistes allemands. Ou les débats d’Hayek avec Keynes ou l’école de Chicago.


 

Le livre se conclut sur une présentation des développements contemporains de l’école autrichienne. Autant de pistes pour qui veut approfondir ses connaissances. Il y cite, Rothbard, Kirzner, notamment. Il souligne également l’influence de l’école autrichienne dans les sciences sociales en général. Et répond à quelques critiques généralement formulées à l’encontre de l’école autrichienne. Notons également une impressionnante bibliographie, qui constitue une liste de portes d’entrées pour l’étude de la pensée économique.


 

Au final, on s’étonne d’une telle richesse en un aussi faible nombre de page. En effet, l’édition de l’Institut Coppet ne comprend que 168 pages, hors bibliographie. Ce qui est peu pour un livre aussi riche. Malgré cette densité, le livre est d’une lecture très abordable même pour un néophyte. Et il constitue également une ressource précieuse pour les étudiants, qui y trouveront une description précise dé l’école autrichienne, et de multiples sources pour approfondir leurs connaissances. C’est un livre idéal d’introduction à l’école autrichienne d’économie, et un remarquable livre d’économie tout court.

 

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