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L'école autrichienne d'économie, la dynamique de l'économie.

Collectivisme et économie de marché

30 Mai 2021 , Rédigé par S.M.

Collectivisme et économie de marché

 

L'économie soviétique est une preuve que, contrairement à ce que beaucoup de sceptiques pensent, une économie socialiste peut fonctionner et même prospérer. C'est-à-dire qu'une société dans laquelle la majorité des décisions économiques sont adoptées de manière administrative, où les bénéfices ne sont pas le motif principal de la production, peut croître durant de longues périodes de temps.

Paul Samuelson, 1989.

 

Paul Samuelson est le père de la macroéconomie moderne. La citation est facile à vérifier sur internet, ainsi que la date, la veille de l’officialisation de l’effondrement de l’économie communiste de l’URSS. Cette citation montre l’attrait pour la planification en économie. N’oublions pas qu’un des pères de la mathématisation de la théorie économique, Léon Walras, était socialiste. Il voyait l’économie comme une mécanique, dont un ingénieur pouvait actionner les leviers pour atteindre un résultat désiré. La possibilité de façonner l’économie est tentante chez les macroéconomistes.

 

L’échec de la planification a été prévu par l’école autrichienne d’économie, avec Ludwig von Mises et Friedrich Hayek. Ils ont montré depuis longtemps l’inefficacité de la planification, c’est-à-dire du dirigisme et de l’interventionnisme.

 

Collectivisme et dirigisme

Les régimes opposés à l’économie de marché s’affublent du qualificatif de collectivisme. Ils prétendent s’opposer à un prétendu individualisme de l’économie de marché, et construire une économie collective. Mais, en réalité, ces régimes imposent leurs décisions au peuple. Ils imposent un plan. Ce sont des régimes dirigistes. En effet, le collectivisme suppose une association volontaire d’individus, ce qui n’est pas le cas. Et ce qui n’est possible que dans le libéralisme. En économie, en référence à la planification, un qualificatif plus neutre est utilisé : le planisme, ou la planification.

 

Le planisme n’est pas réservé aux régimes officiellement totalitaires communistes ou socialistes, selon la dénomination qu’ils se donnent. La France a ainsi ressuscité le commissariat général au plan. Comme le montre la citation de Samuelson, les économistes sont tentés par la planification. Ils sont tentés par une vision mécaniste de l’économie, selon laquelle un gouvernement peut actionner des leviers pour conduire le peuple à la prospérité. C’est d’ailleurs la vision du père de la théorie de l’équilibre général, un des fondateurs de l’économie néoclassique, Léon Walras. Le courant néoclassique est qualifié de libéral, mais Walras se qualifiait de socialiste. Sa vision de l’économie était mécanique. Il recherchait les leviers que pouvait actionner l’État pour manipuler l’économie. Ce que l’on retrouve dans la macroéconomie.

 

L’école autrichienne d‘économie a démontré l’impasse, l’inefficacité de la planification, dès l’époque où elle était à la mode. C’est Ludwig von Mises qui en a fait d’abord la démonstration.

 

L’absence des prix

Ludwig von Mises souligne que le planisme ne peut pas fonctionner en raison de l’absence de prix de marché. Le planificateur ne peut pas inventer les prix adéquats. A tel point que les régimes planistes utilisaient les prix des pays à économie de marché, comme le souligne Mises :

 

L'on a cru avoir, dans l'expérience des gouvernements socialistes de la Russie soviétique et de l'Allemagne nazie, une vérification de ces thèses erronées (Ndt : thèses planistes). Les gens ne se rendent pas compte du fait que ce n'étaient pas là des systèmes socialistes isolés. Ces régimes fonctionnaient dans un environnement où le système des prix continuait de fonctionner. Ils ont pu procéder à des calculs économiques sur la base des prix qui s'établissaient au-dehors. Sans le secours de ces prix étrangers, leurs opérations ne pouvaient avoir ni objectifs ni plan. C'est seulement parce qu'ils pouvaient se référer à ces prix étrangers qu'ils ont pu calculer, tenir des comptabilités, et préparer leurs plans dont on parle tant.

 

On pourrait s’arrêter là, en montrant que les régimes planistes ont besoin des prix pour leur plan, et qu’ils les prennent dans les économies de marché. Cependant, même avec les prix de marché, ces économies planistes se sont effondrées. Ce que démontre Mises, c’est que le calcul économique est impossible en l’absence de prix. Pour comprendre cela, il faut passer par la catallactique, la théorie économique.

 

La catallactique

Ludwig von Mises raisonne selon l’apriorisme axiomatique. Les individus agissent. C’est un axiome, car on ne peut pas contredire cet énoncé. Le simple fait de le lire, de le penser, c’est une action. Le domaine de l’économie, c’est la catallactique : les actions économiques. L’école autrichienne cherche à isoler les actions économiques. Mais tout en reconnaissant que l’individu obéit à diverses raisons. Pour théoriser le comportement d’un individu, il faudrait connaître toutes les théories le concernant. La catallactique ne cherche à isoler que le comportement économique.

Les individus agissent en économie pour écarter une gêne. Par exemple, pour s’acheter de quoi manger. Ils vont échanger quelque chose, bien, service (le travail est un service), contre une quantité de monnaie. Ce qu’on appelle l’échange indirect, contrairement au troc. Les produits et les services n'ont pas de valeur en eux-mêmes. Chaque individu classe la valeur qu'il accorde aux différentes utilités d'un produit ou d'un service. Le prix est déterminé au moment de l'échange. C'est la quantité de monnaie contre laquelle le bien ou le service est échangé. Le prix d'un même bien ou service va s’uniformiser car des entrepreneurs vont acheter le bien ou le service là où il est moins cher pour le revendre là où il est plus cher. Ce qui égalise les prix.

Le prix n’est donc pas une mesure de la valeur, comme le mètre est une mesure de la longueur. Le prix dépend des termes de l’échange, il naît de l’échange. S’il n’y a pas échange, libre bien sûr, il n’y a pas de prix. Si une économie n’est pas basée sur le libre échange, si un planificateur décide arbitrairement de l’allocation des ressources et de la production, il ne peut pas y avoir de prix.

En économie, l’entrepreneur est quelqu’un qui agit aujourd’hui, pour des gains incertains dans un temps plus ou moins lointain. Il met en œuvre des moyens dont il ne tirera un profit qu’éventuellement, et dans l’avenir. Un salarié vend un service pour un profit certain et immédiat.

 

Le calcul économique

Ce que démontre Mises, c’est qu’en catallactique, c’est-à-dire en économie, il ne peut pas y avoir de calcul économique sans prix, ce qui signifie qu’il ne peut pas y avoir une bonne allocation des ressources en fonction des besoins. Comme il l’écrit :

 

Le paradoxe de la « planification » est qu'elle ne peut faire de plan, faute de calcul économique. Ce que l'on dénomme économie planifiée n'est pas une économie du tout. C'est tout juste un système de tâtonnements dans le noir. Il n'est pas question d'un choix rationnel de moyens en vue d'atteindre au mieux des objectifs à long terme. Ce qu'on appelle planification consciente se ramène très exactement à éliminer toute action consciemment orientée.

 

Imaginons un entrepreneur qui prévoit l’exploitation d’un gisement de minerai de fer. Il va avoir besoin de matériel, de machines. Il va évaluer le prix qu’il devra dépenser pour ce matériel et ces machines. Il ne sait pas comment ils sont fabriqués. Le prix dépend des besoins de la collectivité. Le prix sera élevé si beaucoup de gens veulent acheter ce matériel et ces machines, et inversement. Si ces machines peuvent être utilisées pour extraire du platine, la demande de platine va influer sur le prix de la machine.

Ensuite, l’entrepreneur va évaluer le prix auquel il va pouvoir vendre ce minerai de fer. Si c’est un produit pour lequel existe déjà un marché, c’est le prix de ce marché. Le prix va dépendre des besoins de la collectivité pour le minerai de fer. Le calcul en fonction des prix va permettre à l’entrepreneur d’évaluer si son projet est rentable.

Un autre entrepreneur va acheter le minerai de fer. Il ne sait pas l’extraire, et n’a aucune idée du coût de son extraction. Le prix d’achat lui permet de calculer si le bien produit avec le minerai sera rentable.

Et ainsi de suite. Dans toute le chaîne de production, le prix sert au calcul économique. Personne ne connaît les besoins de la collectivité pour l’ensemble des biens et des services. Les biens et les services peuvent servir à différentes productions. Ce sont des ressources rares dans le sens où elles ne sont pas disponibles sans limites naturellement, et qui ont des utilisations diverses. En fonction de la rentabilité prévue pour une production donnée, utiliser ces ressources est pertinent ou pas. Le prix permet d’ajuster l’utilisation des biens et des services aux besoins de la collectivité, par le calcul économique.

 

Un plan, des plans

Mises souligne que chaque individu a son plan. La catallactique, l’économie de marché, est un système de coordination sociale des plans de tous les individus. Chaque individu a son plan, chaque individu planifie ses actions économiques. Le marché coordonne les actions de tous, ce qui permet une bonne allocation des moyens aux besoins de la collectivité. Et cela grâce au calcul économique, permis par les prix.

Le collectivisme, c’est-à-dire le planisme, ou encore le dirigisme, consiste à imposer un plan à tout le monde. Le plan d’une personne, ou d’un groupe. Ce n’est donc pas l’efficacité sociale qui compte. Comme l’écrit Mises :

 

En réalité l'alternative n'est pas entre un mécanisme sans vie ou un rigide automatisme d'une part, et une planification consciente de l'autre. L'alternative n'est pas entre : plan, ou pas de plan. La question est : de qui le plan ? Chaque membre de la société doit-il faire son plan pour lui-même, ou est-ce un bienveillant gouvernement qui devrait seul faire le plan de tous ? Le problème n'est pas : automatisme ou action consciente ; il est entre action autonome de chaque individu, ou action réservée au seul gouvernement. Il est : liberté ou omnipotence gouvernementale., signifie : « non soumis au contrôle de la volonté... accompli sans pensée active et sans qu'il y ait intention ou direction consciente ». Quel triomphe pour le champion de la planification que de jouer cet atout ! Laissez faire ne signifie pas : laissez des forces mécaniques sans âme fonctionner. Cela signifie : que chaque individu choisisse comment il veut coopérer à la division sociale du travail ; que les consommateurs décident de ce que les entrepreneurs devraient produire. Le planisme signifie laissez le gouvernement seul choisir, et imposer ses décisions par l'appareil de contrainte et de répression.

 

Nous voyons ici un problème utilitariste, le planisme ne pouvant être efficace, car il ne se soucie pas des plans de chaque individu du peuple. Tandis que l’économie de marché est un mécanisme de coordination sociale des plans des individus, et œuvre ainsi à l’intérêt général.

Mais on peut aussi remarquer un problème éthique. Peut-on imposer la volonté d’une personne, ou même d’un groupe, à l’ensemble d’une population, peut-on imposer le plan d’une personne ou d’un groupe de personne à l’ensemble d’une population ? Un plan qui concerne les volontés et les intérêts d’une personne ou d’un groupe.

 

Les règles institutionnelles

Pour que le calcul économique fonctionne, pour que l’allocation des moyens soit efficace, pour que la coordination sociale soit efficace, des règles doivent être respectées. La coordination sociale n’est possible que dans le cadre des règles du libéralisme. Notamment la propriété privée. L’entrepreneur est propriétaire de ses moyens de production, et fait son calcul économique en étant conscient qu’il engage sa propriété. Si la propriété disparaît, il n’y a plus le risque, il n’y a plus la responsabilité. Il n’y a plus de calcul économique. La coordination sociale dépend donc des règles institutionnelles. Sans propriété privée, il n’y a plus de coordination sociale. Les conditions institutionnelles expliquent donc également l’inefficacité du planisme. Mises écrit :

 

Le système du calcul économique en termes de monnaie est conditionné par certaines institutions sociales. Il ne peut s'effectuer que dans un cadre institutionnel de division du travail et de propriété privée des moyens de production, cadre dans lequel les biens et services de tous ordres sont achetés et vendus contre un moyen intermédiaire d'échange appelé monnaie.

 

 

Evolutionnisme

Quittons Mises et passons à Hayek. Friedrich Hayek a prolongé la théorie évolutionniste de Carl Menger. Menger a constaté que la monnaie était une institution qui avait été créée spontanément, sans plan pré-établi, et s’était imposée. Hayek a prolongé le concept. Il souligne que l’information est dispersée entre les individus. Personne ne possède toute l’information. Par conséquent, aucune entité centralisée ne peut établir des règles pertinentes. L’ordre d’une société ne peut venir que des interactions entre les individus. Par les contrats, par les habitudes, des règles apparaissent, qui tiennent compte de l’expérience, qui sont pertinentes alors que la plupart de ceux qui les utilisent n’en connaissent ni les origines, ni les tenants et aboutissants. Ces règles contiennent en fait de l’information, une information pratique qui est ainsi utilisée sans qu’on ait besoin de savoir d’où elle vient. Ce qui conduit à un ordre auto-généré. Un ordre imposé d’en haut ne peut être qu’inefficace, en raison du manque d’information.Les règles ne peuvent pas être adéquates.

 

En d’autres termes, si les hommes en tant que membres de la société civilisée peuvent poursuivre leurs fins individuelles avec plus de succès que s’ils étaient isolés, c’est largement parce que la civilisation leur permet constamment de tirer parti d’un savoir que personnellement ils n’ont pas ; et que l’emploi fait par chaque individu de son savoir particulier sert à d’autres, qu’il ne connaît pas, en leur facilitant la poursuite de leurs buts respectifs. Nous savons peu de chose des faits particuliers auxquels l’ensemble de l’activité sociale s’ajuste continuellement pour fournir ce que nous avons appris à en attendre. Nous en savons encore moins sur les forces qui produisent cet ajustement, et coordonnent de façon appropriée les activités individuelles. Et notre réaction, quand nous découvrons à quel point nous en savons peu sur ce qui nous fait coopérer, est tout compte fait plutôt celle du ressentiment que celle de la curiosité ou de l’admiration. Si nous éprouvons par moment un impétueux désir de démolir radicalement toute la machinerie de la civilisation qui nous prend dans ses mailles, cela est largement dû à notre incapacité de comprendre ce que nous sommes en train de faire.

Friedrich Hayek, La Constitution de la liberté.

 

Créativité de la liberté

Hayek insiste notamment sur la créativité que permet la liberté. Elle permet de s’adapter au changement, créant de nouvelles règles adaptées aux nouvelles situation, créant de nouveaux agencements, adaptés aux besoins de la collectivité. Comme l’écrit Hayek :

 

Tout changement dans la conjoncture rend nécessaire une modification dans l’emploi des ressources, dans la direction et la nature des activités des individus, leurs habitudes et pratiques. Et chaque changement dans les actions de ceux qui sont les premiers touchés appellera des ajustements successifs qui s’étendront progressivement a la société entière. En un sens, tout changement ponctuel crée un ≪ problème ≫ pour la société, encore que nul individu en particulier ne s’en rende compte ; et ce problème est graduellement ≪ résolu ≫ par l’émergence d’un autre ajustement d’ensemble. Les participants au processus n’ont guère idée de la cause qui les fait agir comme ils le font, et nous n’avons aucun moyen de prédire lequel d’entre eux, a chaque étape, fera le premier la démarche appropriée, ou quelle combinaison précise d’informations et de talents, d’attitudes personnelles et d’événements extérieurs, suggérera à un homme la réponse opportune, et par quels canaux son exemple sera perçu par d’autres qui suivront la piste ouverte. Il est difficile de concevoir toutes les combinaisons de savoirs et d’aptitudes qui sont ainsi mises en jeu, et d’où surgira la découverte de procédés ou méthodes bénéfiques qui, une fois trouvés, pourront être acceptés partout. Mais, de la multitude inchiffrable d’humbles retouches effectuées par des inconnus dans le cours de leurs activités familières, ressortent les exemples qui vont prévaloir. Ces menues rectifications sont aussi importantes que les innovations intellectuelles majeures, explicitement reconnues comme telles et diffusées.b Il est bel et bien impossible de savoir d’avance qui se révélera le détenteur de la bonne combinaison d’aptitudes et d’opportunités, conduisant a la meilleure méthode ; et tout aussi impossible de savoir par quels cheminements et démarches, différentes sortes de connaissances et de talents se combineront pour résoudre correctement le problème. Le dosage heureux de savoirs et de compétences ne se décide pas par déliberation collective, entre gens qui cherchent solution a leurs difficultés par un effort conjoint, il est réalisé par les individus qui imitent de plus habiles qu’eux-mêmes, et que guident des signaux ou symboles, tels que les prix offerts pour leur produit – ou encore par les expressions d’estime morale ou esthétique qu’ils recevront pour avoir observe les règles de conduite consacrées – en bref, pour avoir tiré parti du succès des expériences d’autrui. Ce qui est essentiel pour que ce processus fonctionne bien, c’est que chaque personne soit en mesure d’agir selon son savoir particulier, toujours unique dans la mesure ou il renvoie a des circonstances propres, et en mesure aussi de mettre en œuvre ses aptitudes et possibilités dans leurs limites connues d’elle, et pour ses propres objectifs à elle.

Hayek, La Constitution de la Liberté.

 

Cette notion de créativité peut être étendue aux nouveaux produits et services. Un planificateur ne peut pas deviner quels nouveaux produits ou service la collectivité va plébisciter. Il ne peut pas rivaliser avec l’imagination d’une multitude d’entrepreneurs libres, soumis à la démocratie économique de la collectivité, qui accepte ou rejette les produits et services. Le planisme ne peut donc pas être un vecteur de progrès social ni économique, car il ne peut pas inventer tous les produits et services comme le permet la liberté.

 

La liberté des uns profite à tous

Hayek souligne que la liberté des uns profitent à tous. Si on laisse chacun inventer, appliquer ses inventions, dans une société libre ces inventions, que ce soit des produits, des services, des modes d’organisation, seront acceptés par la collectivité si cette dernière les trouve utile. Chacun bénéficiera des inventions de quelques-uns. La liberté profite à tous, même à ceux qui n’inventent et ne proposent rien.

Hayek écrit :

Les avantages que je tire de la liberté sont ainsi largement les résultats d’utilisations de la liberté par d’autres, et, surtout d’utilisations que je n’aurais pu en faire. Le plus important pour moi n’est donc pas nécessairement la liberté que je puis moi-même exercer. Il est certainement plus précieux que tout puisse être tenté par quelqu’un, plutôt que tous puissent faire la même chose. Ce n’est pas parce que nous aimons faire quelque chose, ni parce que nous tenons une liberté spécifique pour essentielle a notre bonheur, que nous avons un titre a être libres. Même si c’est un allie utile, l’instinct qui nous fait nous revolter contre toute contrainte physique n’est pas toujours un guide sur pour justifier ou délimiter la liberté. Ce qui est important n’est pas telle liberté que personnellement je souhaiterais exercer, mais telle liberté dont une personne peut avoir besoin en vue de faire des choses avantageuses pour la societé. La liberté ainsi conçue, nous ne pouvons la garantir a la personne inconnue en question qu’en la donnant a toutes. Les bienfaits de la liberté ne sont donc pas réservés à celui qui est libre – ou pour être plus précis encore : un homme ne bénéficie pas seulement des attributs de la liberté dont il jouit lui-même. Il ne fait pas de doute que, dans l’histoire, des majorités assujetties ont profité de l’existence de minorités libres, ni qu’aujourd’hui des societés non libres profitent de ce qu’elles reçoivent et apprennent de celles qui sont libres. Naturellement, les bienfaits qui dérivent pour nous de la liberté des autres grandissent lorsque le nombre de ceux qui peuvent exercer la liberté s’accroît. Le plaidoyer pour la liberté de quelques-uns s’applique donc a la liberté de tous. Mais il est quand même meilleur pour tous que quelques-uns soient libres plutôt que personne ne le soit ; et il est meilleur aussi que beaucoup jouissent d’une pleine liberté, plutôt que tous n’aient qu’une liberté restreinte. A cet égard, l’importance de la liberté de faire une certaine chose n’a rien a voir avec le nombre de gens qui veulent faire cette chose ; l’importance peut mème être inversement proportionnelle au nombre. Cela implique notamment que la société peut être enserrée dans de nombreuses entraves, sans que la majorité se rende compte de ce que la liberté a été notablement amputée. Si nous acceptions au départ l’idée que la seule pratique de la liberté qui compte est celle de la majorité, nous ne pourrions créer qu’une société stagnante, présentant toutes les caractéristiques de la servitude.

 

Liberté supérieure au dirigisme

En conclusion, les régime dirigiste s’affublent du qualificatif « collectiviste », et fustige l’économie de marché comme étant égoïste. Cependant, ces régimes ne sont pas collectivistes mais dirigistes. Ils imposent un « plan » à l’ensemble de la population, un plan décidé par un groupe de personnes, et qui ne correspond pas à ce que veut la collectivité. Il est impossible pour une personne ou pour un groupe de personnes de mettre en place une bonne allocation des ressources en fonction des besoins, car il n’y a pas de prix dans le planisme, le prix découlant de l’échange, et que le prix est indispensable au calcul économique, qui permet une bonne allocation des ressources en fonction des besoins de la collectivité. C’est ce que démontre Ludwig von Mises.

Poussant le raisonnement plus loin, Hayek souligne que personne ne dispose d’une information complète. L’information est dispersée dans la population. Donc personne ne peut établir de règles concernant l’ensemble de la population, les règles doivent être générées par la base, par les pratiques au jour le jour, par ceux qui, ensemble, détiennent la connaissance.

Finalement, la liberté des uns profite à tous, puisque des individus inventent des produits, des services, des modes d’organisations, qui sont plébiscités par la collectivité. Ce qui n’est pas possible dans un régime dit collectiviste, qui ne peut que rester stagnant, comme l’URSS.

Le colectivisme n’est donc qu’un dirigisme, ce qu’on appelle aussi planisme, qui est inefficace économiquement, et qui pose aussi une question éthique : a-t-on le droit d’imposer la volonté, le plan, d’un petit groupe à l’ensemble d’une population ?

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BIDEN PLAN DE RELANCE

16 Mai 2021 , Rédigé par Le blog autrichien

Le plan de relance de Biden

 

Vive Joe Biden ! L’actuel président est porté au pinacle, c’est le nouveau héros de l’économie. Pour quelle raison ? Son méga plan de relance, basé sur de méga dépenses et des impôts. Politique keynésienne et redistribution, que demande le peuple ?

Ce qui se passe aujourd’hui aux Etats-Unis est intéressant du point de vue de l’étude de l’économie. Contrairement à l’école autrichienne, la plupart des économistes refusent la théorie pour se baser sur les études statistiques. L’économie est pour eux une science empirique et inductive, c’est-à-dire que l’on part de l’observation pour en induire un raisonnement, et non déductive comme l’école autrichienne, qui part de l’axiome de l’action et déduit ses conséquences. Mais, aujourd’hui, adoptons le point de vue empirique, pour comprendre les effets, mais aussi les raisons du plan de relance de Biden. Nous verrons que l’école autrichienne permet d’expliquer les ratés de ce plan. Mais, également, que les motivations n’en sont pas forcément économiques. Ce qui aboutira à une réflexion sur l’interventionnisme.

 

Les effets de la relance

Au sortir de la deuxième guerre mondiale, deux idées se sont imposées aux Etats du monde occidental : le keynésianisme, et l’État providence. Ces deux idées sont complémentaires. Les keynésiens considèrent que verser de l’argent aux individus est à la fois une aide et un moyen de soutenir l’économie par la consommation. Donc, le plan de relance de Biden est à la fois une aide, et un moyen de relancer l’économie.

Cependant, ce n’est pas ce qui se produit. Les créations d’emplois sont étonnamment faibles. Les allocations très généreuses aux chômeurs sont mises en cause. Elles détourneraient les gens du travail. Après tout, on ne peut pas le leur reprocher. Sans qu’ils ne demandent rien, on leur verse de l’argent ! Pourquoi ne pas en profiter ?

Mais, évidemment, moins de travailleurs signifie moins de production, moins de produits et de services offerts. Nous voyons ici qu’une augmentation de la monnaie distribuée aux gens n’entraîne pas une hausse de la production, et donc plus d’emploi. Ce qui est logique si on en revient à la théorie économique, la vraie, pas celle basée sur des statistiques.

L’économie, comme nous l’avons déjà souligné par ailleurs, c’est l’échange. Si je sais fabriquer des pulls, je n’ai pas besoin de tous les pulls que je fabrique. Je vais donc chercher à les échanger contre quelque chose qui me sera plus utile. Des chaussettes, par exemple. Ou contre quelque chose qui me permettra d’acheter ce que je veux : de la monnaie. Si je suis fabricant de chaussettes, je n’ai pas besoin de toutes les chaussettes que je fabrique. Je vais chercher à les échanger contre quelque chose qui me sera plus utile. Un pull par exemple. Ou contre quelque chose qui me permettra d’acheter ce que je veux : de la monnaie.

Dans l’échange, chacun obtient plus qu’il n’abandonne, ce qu’on appelle aujourd’hui un jeu un somme positive. Surtout, l’économie, ce n’est pas l’offre ou la demande, c’est l’offre ET la demande. On en revient à la loi de Say : les produits s’échangent contre des produits. Distribuer de l’argent ne va pas relancer l’économie.

Ce qui explique les échecs du keynésianisme, et l’échec prévisible de la soi-disant théorie moderne de la monnaie, qui considère que pour atteindre la prospérité économique il suffit de créer et distribuer de la monnaie. On peut se demander par ailleurs comment on peut qualifier de moderne une idée aussi éculée.

 

L’inflation

Evidemment, on peut se féliciter d’un des effets de cette pénurie de main d’œuvre : certains salaires augmentent. Nous sommes dans un cercle vertueux : les allocations forcent les entreprises à augmenter les salaires, ce qui rend le travail plus rémunérateur, et vive le progrès social ! Sauf que si les salaires augmentent, il y a deux conséquences. D’abord, moins d’emplois, car toutes les entreprises n’ont pas la capacité de suivre cette augmentation. Ensuite, une augmentation des prix à la consommation. Et une augmentation sur des services normalement accessibles aux classes les moins riches. Si le prix du hamburger chez une chaîne comme Mac Donalds augmente, ce sont les classes populaires qui sont impactées et qui voient leur pouvoir d’achat diminuer. Les classes supérieures, de toutes façons, peuvent aller dans des restaurants qui pratiquent des prix suffisamment élevés pour plus rémunérer le personnel.

On peut en dire autant des impôts sur la production. Ils mettent une pression sur les coûts, qui n’incite pas à embaucher, car ces impôts viennent diminuer la valeur ajoutée, qui sert à payer les salariés. Et ils renchérissent les prix de vente.

La politique de Biden est une expérience grandeur nature, qui montre que se réalisent les conséquences prévues par l’application de la théorie économique. Evidemment, d’un point de vue social, si les impôts augmentent, on peut craindre que certains aient des difficultés à retrouver un emploi, comme on peut craindre que l’inflation touche le pouvoir d’achat des moins aisés. Mais, cela n’empêche pas la politique de Biden d’être encensée.

 

Pourquoi un plan de relance ?

L’observation de l’économie américaine amène à se poser cette question incongrue pour un keynésien : mais pourquoi un plan de relance ? L’économie des Etats-Unis va bien. Le Président Donald Trump a laissé une économie en excellente santé, avec un taux de chômage historiquement faible, et des gains salariaux pour les moins aisés. Aujourd’hui, d’ailleurs, les Etats qui ont bien géré la pandémie, c’est-à-dire qui ne se sont pas lancés dans un confinement forcené, connaissent des taux de chômage faibles (sans explosion des morts dus au virus chinois par rapport aux Etats qui ont pris des mesures extrêmes de confinement). Il n’y a pas de crise économique, juste un problème de gestion de la pandémie, et il suffit de copier les bonnes pratiques des Etats qui ont réussi à soutenir l’économie sans faire exploser le nombre de morts. Alors, pourquoi un plan de relance ?

Une réponse est la pandémie. Les Etats qui ont mal géré la pandémie, imposant un confinement destructeur économiquement et socialement, sans différence quant au nombre de victimes, sont des Etats démocrates, comme Biden. Le plan de relance est destiné à financer ces Etats. Evidemment, d’un point de vue éthique, c’est discutable, puisque les bons élèves financent les mauvais, qui ont largement eu le temps de changer de politique. Mais, ce qui est intéressant ici, c’est de voir que ce plan qui est officiellement destiné à relancer l’économie, et présenté comme tel, a peut-être d’autres objectifs. Nous entrons ici dans les relations entre politique et économie. Ce qui est présenté comme bénéfique économiquement peut avoir d’autres fins.

Ensuite, ce plan est présenté comme un plan de développement des infrastructures des Etats-Unis. Celles-ci sont en effet en mauvais état. Cependant, le plan étonne car il concernerait en fait assez peu les routes et les ponts. Il concernerait plus les infrastructures soi-disant écologiques.

Bref, sans aller plus loin, sous prétexte de relance, Biden cherche à financer des Etats de la même obédience que lui, et à faire avancer un agenda idéologique.

 

Economie, politique et idéologie

Ce qui est présenté comme un plan de relance n’en est pas forcément un. La politique répond à des impératifs de pouvoir, de clientélisme, d’imposition d’une idéologie. Les effets de la politique de Biden montrent son aberration en matière économique. Mais l’objectif n’est pas forcément économique.

 

 

 

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