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L'école autrichienne d'économie, la dynamique de l'économie.

L'économie selon Keynes

8 Novembre 2019 , Rédigé par Le blog autrichien

John Maynard Keynes a révolutionné l’économie. Pourtant, on peut se demander s’il avait vraiment une théorie en économie.

 

John Maynard Keynes a révolutionné la science économique. Que l’on soit d’accord ou non avec le keynésianisme, on doit admettre qu’il y a un avant et un après Keynes. Ainsi, la science économique est passée de la micro-économie à la macroéconomie suite à la Théorie générale de Keynes. Depuis, son nom revient régulièrement dans l’actualité, ou du moins son concept de relance, même si cette politique n’a jamais marché.

 

Cependant, quand on s’intéresse au personnage, il semble ne pas avoir réellement de théorie en économie, ni sur autre chose. C’est ainsi un personnage brillant, dont Churchill disait quelque chose du genre :

 

Au début de la conversation il défend un point de vue, au milieu un autre et à la fin un dernier, avec suffisamment de conviction et d’arguments pour qu’on le croie tout le temps sincère.

 

Au fil des lectures à son sujet, on s’aperçoit qu’il n’a pas vraiment de conviction en économie. Il a surtout la conviction de son génie, qui doit lui permettre d’améliorer la vie des gens, ce qu’il souhaite sincèrement. C’est ce que montre les écrits de deux personnes.

 

L’une, Gilles Dostaller, a beaucoup étudié le personnage, et lui a consacré un livre très intéressant : Keynes et ses combats, publié en France en 2009 chez Albin Michel. Il dresse un portrait très complet de l'homme qu'était Keynes, de ses convictions, ses projets, de ses conceptions du monde et de l'avenir.

 

C'est un livre très intéressant pour comprendre l'origine de la pensée keynésienne. Keynes étant plus intéressant pour ce qu'il est, un membre de l'élite anglaise et un personnage influent, que pour son ouvrage phare, La Théorie Générale de l’emploi, de l'Intérêt et de la Monnaie.

 

L’autre personne dont nous évoquerons ici l’opinion sur Keynes est Friedrich Hayek. Pourfendeur du keynésianisme, mais par ailleurs bon ami de Keynes, qui aimait la discussion de gens intelligents, qu’il préférait aux gens moins intelligents, même s’ils étaient d’accord avec lui. Il préférait la contradiction intelligente à l’assentiment ignorant. Hayek admirait de son côté la grande intelligence de Keynes, même s’il considérait qu’il manquait de bases en économie.

 

L'économie : un processus technique.

Commençons par reprendre deux passages du livre de Gilles Dostaller. Page 204, Dostaller cite Keynes, dans la préface de ses Essais de persuasion:

 

Et voici qu'apparaît alors avec plus de clarté ce qui forme, à vrai dire, sa thèse essentielle d'un bout à l'autre du livre: la profonde conviction que le Problème Économique, comme on peut l'appeler en bref, ce problème du besoin et de la pauvreté et cette lutte économique entre classes et entre nations, tout cela n'est qu'une effroyable confusion, une confusion éphémère et sans nécessité. Pour venir à bout du Problème économique qui absorbe maintenant nos énergies morales et matérielles, le monde occidental possède déjà en effet les ressources et les techniques nécessaires; il lui reste à créer l'organisation capable de les mettre en œuvre de manière adéquate (1931-1, 1971, p.12-13).

 

Page 203, Dostaller écrit, que selon Keynes:

 

(...) Ce qui est vécu en 1930, c'est l'interruption momentanée d'un processus de perfectionnement technique extrêmement rapide: « A long terme, tout cela signifie que l'humanité est en train de résoudre le problème économique » Ce long terme correspond à un siècle dans l'esprit de Keynes. On pourra alors envisager un monde où les besoins essentiels seront satisfaits et où les énergies pourront être employées à des buts non économiques. Il y aura alors un problème qui risque de provoquer une dépression nerveuse universelle: comment employer sa liberté? On pourra en effet produire en trois heures par jour les choses nécessaires à la subsistance(...)

 

L'on voit là ce qu'est le " problème économique " selon Keynes: produire pour satisfaire les besoins de chacun. Le moyen est le progrès technique. Pour Keynes, ce progrès permettra d'aller vers un monde où les contingences matérielles seront allégées, et où l'individu sera libéré en partie de la nécessité de travailler. Le monde possède déjà toutes les techniques nécessaires. Mais il faut mieux organiser le monde. C’est une vision très matérialiste, et dénuée d’humanisme : l’économie est un problème technique.

 

Keynes ne semble pas envisager que l’être humain puisse inventer de nouvelles choses, de nouveaux concepts. Il ne semble pas envisager l’invention permanente engendrée par l’action humaine, par l’activité entrepreneuriale. C’est comme s’il y avait une fin, un moment où l’évolution s’arrête.

 

Une mentalité élitiste.

La solution au problème économique est un monde bien organisé, par le haut. Un monde organisé par une élite. Il y a là une vision très technocratique de la société.Keynes, dans cette vision technocratique, fait parti de l'élite.  Dostaller écrit:

 

De ses parents et du milieu dans lequel il a reçu son éducation, Keynes a hérité une attitude élitiste qui persistera jusqu'à la fin de sa vie. Le monde ira mieux le jour où une aristocratie intellectuelle aura en charge les affaires de la nation.

 

Il y a donc deux éléments dans cette vision de Keynes : la prospérité matérielle comme un simple problème technique, et l'idée que les gens ont besoin d'être gouvernés par une élite. Ce qui sous-tend que cette élite possède la capacité de faire le bien des gens, qu’ils le veuillent ou non.

 

Dans cette technocratie, Keynes est parmi l'élite. Il y a là de l'arrogance et de la condescendance. Il y a là une profonde erreur sur ce qu'est l'économie. Mais aussi peut être un souhait: que l'économie soit un système organisé par le haut.

 

L’intuition comme guide

On peut même se demander si Keynes pensait vraiment faire une théorie économique, ou s’il était en fait certain de pouvoir piloter l’économie à l’intuition. C’est ce qui transparaît de l’opinion d’Hayek à son sujet. Opinion qui corrobore les écrits de Dostaler. Rappelons à nouveau que, même s’ils étaient opposés intellectuellement, Hayek et Keynes étaient amis et s’estimaient mutuellement. Hayek critique l’économiste, pas l’homme. Hayek écrit :

 

Keynes avait une grande confiance dans son pouvoir de persuasion et pensait pouvoir jouer de l’opinion publique comme un musicien  virtuose de son instrument. Il était, par don et par tempérament, plus un artiste et un politicien qu’un scientifique. Il avait une mémoire remarquable. Mais, bien que doté d’une grande intelligence, sa pensée était plus influencée par l’esthétique et l’intuition que par des arguments purement rationnels. Il était convaincu de la justesse de ses intuitions avant même de les avoir démontrées. Cela le conduisait à justifier les mêmes politiques au moyen d’arguments théoriques très différents et le rendait plutôt impatient face au lent et fastidieux travail intellectuel que requiert normalement le savoir.

(Friedrich Hayek « Personal Recollections of Keynes », dans « A Tiger by the Tail » The lnstitute of economics affairs, 3e édition 2009, p. 115, repris dans Contrepoints.)

 

Il y a là une profonde admiration, en même temps qu’une critique. Hayek écrit par ailleurs :

 

Keynes n’a jamais admis qu’une inflation croissante est nécessaire pour qu’un accroissement de la demande monétaire puisse durablement augmenter l’emploi des travailleurs. Il était complètement conscient du risque qu’un accroissement de la demande monétaire dégénère en inflation croissante, et vers la fin de sa vie il craignait fort que cela n’arrive. Et si cela s’est bel et bien produit, ce n’est pas Keynes de son vivant qui en fut la cause, mais plutôt l’influence persistante de ses théories. Je puis rapporter de première main que, à la dernière occasion où j’en ai discuté avec lui, il était sérieusement alarmé par l’agitation pour l’expansion de crédit à laquelle se livraient certains de ses plus proches associés. Il alla même jusqu’à m’assurer que, au cas où ses théories, rudement nécessaires lors de la déflation des années 1930, auraient jamais des effets dangereux, il se dépêcherait de réorienter l’opinion publique dans le bon sens. Quelques semaines plus tard, il était mort et ne pouvait plus le faire.

(Friedrich Hayek dans The economist, traduit pour Contrepoints.)

 

Or, c’est le keynésianisme qui justifie les politiques inflationnistes. Keynes disait qu’un peu d’inflation était sans importance. Il disait que quand les prix augmentaient, les gens se dépêchaient d’acheter, et que c’était bon pour l’économie. On voit ici qu’il était conscient que cela pouvait mener à l’hyper-inflation. Mais il était persuadé de pourvoir contrôler ce phénomène.

 

Keynes était persuadé de pouvoir contrôler l’économie. Comme le sont certainement les banquiers centraux d’aujourd’hui, qui pensent piloter l’économie à travers la création monétaire.

 

Le keynésianisme existe-t-il ?

Le keynésianisme ne repose sur aucune base logique. Keynes prétend avoir réfuté la loi de Say. Sauf qu’il en donne une interprétation fausse (cf La relance keynésienne). Mais est-ce important ? Son but n’était-il pas de convaincre, quitte à changer de politique quand son intuition le lui conseillerait ? C’est d’ailleurs ce que les économistes font aujourd’hui. On parle d’appliquer une politique de la demande, ou de l’offre, en fonction des circonstances.

 

Le keynésianisme a-t-il existé pour Keynes lui-même ? Il n’était d’ailleurs pas follement enthousiaste de la version mathématique qu’en avait fait Hicks. Ce qui transparaît de son portrait, c’est un homme qui pensait sincèrement qu’il pouvait diriger l’économie, grâce à son intuition, grâce à son génie.

 

(Sur le même sujet : Révisez votre Keynes)

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