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L'école autrichienne d'économie, la dynamique de l'économie.

Etalon or : Le retour ?

31 Mai 2019 , Rédigé par Le blog autrichien

Etalon or : Le retour ?


 

Ce 29 mars 2019 est une date historique. L’or physique a recouvré son statut monétaire. Est-ce le début du rétablissement de l’étalon or ?


 

Ce 29 mars 2019 deviendra peut être une date historique. Pour certains sites sur internet, ça l’est déjà. Car un événement considérable s’est produit ce jour là. De ces événements invisibles, mais qui influent sur la vie de l’humanité entière. Une décision d’une ligne, dans un règlement qui comporte plusieurs tomes, qui a chamboulé la planète. Une révolution monétaire est en marche. Certains ont carrément parlé du retour de l'étalon or!


 

Les commentaires sur internet ont peut-être été quelque peu exagérés, il n’en reste pas moins que la date est historique pour la planète bancaire. Mais expliquer clairement les choses nécessite un petit détour historique.


 

La mesure qui a déclenché le buzz sur internet concerne les ratios prudentiels des banques, dits ratios de Bâle 3. Le système financier est en effet extrêmement réglementé. Par exemple, si une banque accorde des crédits, les règles prudentielles de Bâle lui imposent un certain niveau de fonds propres en fonction, à la fois du montant total des crédits, et du risque de chaque crédit.


 

Tout est réglementé par Bâle. C’est au sein de la Banque des règlements internationaux que sont élaborées ces règles. Mêmes la notion de fonds propres est réglementée, et segmentée en différents types de fonds propres. Un règlement donc très contraignant.


 

Les règles de dites de Bâle 3 ont été élaborées en réponse à la crise de 2008. Parmi les nouveautés, il en est une qui est entrée en vigueur le 29 mars 2019. Technique en apparence, historique pour l’histoire économique. Désormais, les règles Bâle 3 considèrent que l’or physique que posséderait une banque ne doit pas être considéré comme une marchandise, mais comme une devise. Comme une monnaie donc. Par conséquent, les règles applicables aux devises sont applicables à l’or physique.


 

Pour comprendre la portée de cette décision, un peu d’histoire est nécessaire. L’or s’est imposé comme monnaie au fil des siècles. Les monnaies ont ainsi longtemps été adossé à l’or, dans le sens où les billets étaient remboursables en or. L'émission de billets dépendait de la possession d’or par la banque centrale. Et tout billet était remboursable en or. Ce qu’on appelle le système de l'étalon or. Ainsi, une des monnaies les plus stables au 19ème siècle,  qui a traversé presque sans encombre de multiples révolutions et autres remous politiques, à été le franc germinal.


 

La première guerre mondiale a fait exploser l'étalon or. En effet, cette guerre a été financée par la planche à billet. Par l’inflation donc. L'émission de monnaie était dès lors déconnectée de l’or. La monnaie était créée sans considération d’une contrepartie en or.


 

L'étalon or n’a pas véritablement été rétabli entre les deux guerres. Le Royaume Uni, par exemple, l’avait rétabli, mais à une parité trop élevée avec la monnaie. Puis il y a eu la crise de 1930. Et la deuxième guerre mondiale.


 

L’après guerre à vu deux décisions majeures, qui ont permis ce que l’on a appelé les trente glorieuses. Il s’agit des accords du GATT, qui ont pour but de réduire les barrières au commerce mondial. En effet, au cours de la crise de 1930 les pays ont pris des mesures protectionnistes. Ces mesures ont considérablement aggravé la crise. Ils en tirèrent les leçons pour l’après guerre.


 

Ce qui avait également aggravé la crise, c’étaient les dévaluations. Ce qu’on appelle aujourd'hui les dévaluations compétitives. Elles ont eu un effet dévastateur sur l’économie. Alors a été instauré le système de Bretton Woods, pour restaurer une stabilité monétaire.


 

Le système monétaire mondial a été organisé autour du dollar. Toutes les monnaies ont un cours en fonction du dollar. Et le dollar était, officiellement, convertible en or. Concrètement, Chaque banque centrale doit avoir des réserve en dollar pour émettre de la monnaie. Chaque monnaie est convertible en dollar. Ce système a plus ou moins bien fonctionné, avec des dévaluations quand c’était nécessaire. Puis il a explosé à son tour, en 1971. Les USA ont émis trop de dollars par rapport à leurs réserves en or. Quand l’Allemagne a demandé de l’or en échange de ses dollars, cela lui a été refusé. Dès lors, le système de Bretton Woods s’est effondré, car le dollar n’était plus convertible en or.


 

Le système monétaire a alors adopté les changes flottants. Concrètement, la monnaie devient un actif financier comme un autre, ou presque. Comme un autre car sa valeur dépend de l’offre et de la demande. Presque, car les banque centrales contrôlent les taux d’intérêt, et contrôlent ainsi l’émission monétaire. Les parités entre les monnaies dépendent du marché.


 

C’est dans ce système qu’ont été instaurés les ratios prudentiels de Bâle. En effet, l’étalon or mettait une limite à la création monétaire. Son abolition, puis l’abolition de ce qu’on pourrait appeler l’étalon dollar, abolit toutes les limites. Donc, les ratios de Bâle encadrent l’activité bancaire. Concrètement, le crédit est de la création monétaire. Quand les banques émettent du crédit, elles créent de la monnaie. Les ratios de Bâle encadrent cette création monétaiure. Ils sont devenus la base de la réglementation prudentielle. Quand une institution, une société, emprunte de l’argent sur les marchés financiers, elle est quasiment obligée de se faire noter. Des agences de notation lui donnent une note en fonction du risque que représente l’emprunt demandé. Les critères de Bale sont aussi la base de cette notation. Si l’emprunt n’est pas noté, quelle que soit la solidité financière de l’émetteur, la dette tombe dans la catégorie des junk bonds, les emprunts les plus risqués.


 

Dans le système de Bretton Woods, l’or avait encore une fonction, même si c’était quelque peu factice. Dans le système né de ses débris, l’or n’a plus de fonction dans le système monétaire. La monnaie est une pure monnaie fiat. Le terme est péjoratif. Il provient de l’expression biblique “Fiat lux”, que la lumière soit. Dans la Bible, Dieu crée l’univers à partir de rien, et prononce ces mots pour créer la lumière. La monnaie fiat est ainsi créée à partir de rien. Juste une écriture, sans être adossée à rien. Elle s’oppose à la sound money, qui est une monnaie qui a une valeur en elle même. L’école autrichienne d’économie a toujours critiqué cette monnaie fiat.


 

L’or était devenu aux yeux des responsables monétaires cette relique barbare, selon les mots de Keynes. La monnaie était devenue un instrument de pilotage de l’économie. Les autorités bancaires contrôlant la création monétaire suivant les besoins de l’économie, utilisant la monnaie pour relancer ou ralentir l’économie. La martingale était trouvée. Jusqu’à la crise de 2008.


 

La crise de 2008 est survenue malgré la mise en place de tout un système pour contrôler l’économie. Malgré les mesures prudentielles. A l’encontre des théories économiques. Certains, notamment au sein de l’école autrichienne d’économie, souligne que ce sont les décisions politiques qui ont créé cette crise (voir ici). Cette crise a entraîné une réflexion sur les règles prudentielles. Et, ainsi, l’or physique est dès lors considéré comme une monnaie.


 

Au vue de l’histoire contemporaine, on conçoit que ce soit une révolution. Nous sommes passés d’un paradigme qui refusait l’or comme monnaie, ou sous-jacent de la monnaie, à l’acceptation officielle de l’or comme monnaie. C’est une défaite keynésienne. C’est la fin d’une ère. C’est un virage à 180 degrés, un U turn pour employer une expression anglaise.


 

Pourquoi ce revirement? Il faudrait être dans le secret des dieux pour savoir. Ce que l’on peut constater, c’est que l’or a toujours joué le rôle de valeur refuge. Une baisse de confiance dans les monnaies entraîne une hausse de l’or. Le Comité de Bale ne fait qu’acter un fait. C’est du pragmatisme. Et c’est tout ce qu’on peut dire sans être dans le cénacle qui prend les décisions.


 

Quels seront les conséquences de ce changement de paradigme? Bien malin qui le sait. Les banques vont-elles se ruer sur l’or? On sait que des banques centrales ont augmenté leurs réserves, notamment la Chine et la Russie. Les banques commerciales vont-elles se ruer sur l’or? L’étalon or va-t-il revenir? Ce ne sont que des suppositions.


 

Ce qui est sûr, c’est que c’est un symbole important. Ce qui est sûr, c’est que cela ouvre un éventail important de possibilités. Mais l’étalon or n’est pas rétabli. La principale leçon, c’est que l’on a voulu déconnecter la création monétaire de l’or. Ce qui était une volonté politique. Mais le principe de réalité a rétabli l’or comme actif monétaire. Dès Menger, l’école autrichienne a montré que la monnaie n’est pas une création d’un Etat. Mais un choix des acteurs économiques. Ensuite, Mises et Hayek ont montré que la politique monétaire engendrait des crises économiques, comme le montre la crise de 2008. La réalité semble rattraper les politiques monétaires.

 

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