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L'école autrichienne d'économie, la dynamique de l'économie.

Valeur et prix en économie

30 Mars 2019 , Rédigé par Le blog autrichien

Valeur et prix en économie

 

Valeur et prix sont deux notions distinctes, mais parfois confondues en économie. La question du prix a été une longue réflexion pour l’économie moderne. Bien que les scolastiques eurent fait une considérable avancée, la théorie a quelque peu cafouillé, avant l’émergence du marginalisme. Cependant, la théorie autrichienne se distingue en insistant sur la distinction entre prix et valeur, ainsi que sur le subjectivisme.

 

La théorie de la valeur travail.

Le premier économiste reconnu comme tel est Adam Smith. Reconnu car en fait le premier ouvrage d’économie a été écrit par Richard Cantillon. Mais c'est Adam Smith qui est entré dans la postérité. Il faut dire que Richard Cantillon était un personnage rocambolesque, et son ouvrage publié sous le manteau. Ce qui n’enlève rien au mérite de son auteur, précurseur en matière des concepts d’entrepreneur et d’inflation.

 

Revenons à Adam Smith. Celui-ci considère qu’il existe un prix naturel.

 

Le « prix naturel » d’une marchandise correspond à ce qu’il faut payer pour produire, préparer et conduire cette denrée au marché et est fonction du taux naturel employé. (Corentin de Salle, La tradition de la liberté, tome 2.)

 

Cela sans nier qu’il existe un prix de marché :

 

Le « prix du marché » d’une marchandise est le prix auquel une marchandise se vend communément. Il peut être inférieur, égal ou supérieur au prix naturel. Ce prix n’est autre que le rapport entre la quantité de cette marchandise existant actuellement sur le marché et les demandes de ceux qui sont disposés à en payer le prix naturel.(Corentin de Salle, La tradition de la liberté, tome 2.)

 

Les économistes classiques recherchent donc une valeur naturelle, que l’on qualifie également d’intrinsèque, car elle est partie du produit lui même. C’est la valeur de ce qui est nécessaire pour produire le produit. Essentiellement le valeur travail. Ce qui fait la valeur, c’est le travail qui est incorporé à un produit.

 

Ce prix inclut les profits même si,dans le langage courant, on différencie ce dernier du prix primitif de la marchandise. On inclut le profit car, sans ce dernier, le vendeur n’aurait aucun intérêt à la vendre et emploierait autrement son capital. Son profit constitue son revenu, le fonds dont il tire sa subsistance. Cela ne correspond pas au prix le plus bas auquel un vendeur peut occasionnellement céder sa marchandise mais c’est bien le plus bas qu’il peut exiger s’il exerce son métier sur une période relativement étendue, à moins évidemment de jouir d’une parfaite liberté et d’être en mesure de changer de métier comme il lui plaît.(Corentin de Salle, La tradition de la liberté, tome 2.)

 

Il y a donc une recherche d’une valeur intrinsèque, qui correspondrait à la quantité de travail qui serait incluse dans un produit. En distinguant un prix de marché.

 

C’est une théorie en contradiction avec les précédentes réflexions sur les prix. Les scolastiques espagnols,notamment, avait une théorie subjective de la valeur. Par exemple, Luis Molina expliquait, au 14 ème siècle :

 

La valeur-utilité d'un bien particulier n'est pas fixée entre les gens ou par le passage du temps. Elle dépend de l'évaluation individuelle et de la disponibilité. Cette théorie explique aussi certains aspects singuliers des biens de luxe. Par exemple, pourquoi une perle, "qui peut seulement être utilisé pour décorer", serait plus onéreuse que les grains, le vin, la viande, ou les chevaux ? Il apparaît que toutes ces choses sont plus utiles qu'une perle et qu'elles sont certainement plus "nobles". Comme Molina l'a expliqué, l'évaluation est faite par les individus, et "nous pouvons conclure que le prix juste pour une perle repose sur le fait que certains hommes voulaient lui accorder de la valeur en tant qu'objet de décoration" (Llewellyn H. Rockwell, Jr., fondateur et président du Mises Institute à Auburn, Alabama, et éditeur de LewRockwell.com.)

 

La valeur travail a été reprise, d’une manière radicalisée, par Marx. Dans ses écrits, la valeur venait uniquement du travail, et les travailleurs étaient exploités car ils ne bénéficiaient pas de toute la valeur.

 

La valeur marginale.

La valeur travail n’était pas un concept satisfaisant, car il ne correspondait pas à la réalité. On cherchait bien à le torturer, en distinguant des sortes de travail plus ou moins qualifiés. Mais la quantité de travail n’explique pas les prix. Alors, une nouvelle théorie a été développée. La théorie marginaliste. Elle a donné naissance à deux courants en économie : l’école néoclassique, et l’école autrichienne.

 

On accorde la découverte de la théorie marginale à trois co-découvreurs, qui ont mené leurs travaux sans avoir connaissance de ceux de leurs collègues. Ce qui paraît étonnant aujourd'hui, alors que l’information circule si vite, ne l’était pas dans la deuxième partie du dix neuvième siècle. C’est en 1871 et en 1874 que furent publiées les théories. D’un côté, William Stanley Jevons et Léon Walras donnèrent naissance au courant néoclassique. Tandis que Carl Menger fit de même pour l’école autrichienne.

 

Le principe du marginalisme est que la valeur d’un produit ou d’un service dépend de son utilité marginale. L’idée du marginalisme est d’expliquer le paradoxe du diamant et de l’eau. Pourquoi l’eau, beaucoup plus utile que le diamant, et même indispensable à la vie, a-t-elle moins de valeur. Le marginalisme y répond en s’intéressant à l’utilité marginale.

 

Ce qui est important, ce n’est pas l’utilité de l’eau en général, du diamant en général. Mais l’utilité du dernier usage. Par exemple, si l’eau est si rare qu’on en trouve à peine pour survivre, elle vaudra énormément. Si elle est plus abondante, qu’on peut sans problème s’en servir pour laver sa voiture, elle vaudra moins cher. Beaucoup moins. Car c’est le dernier usage, celui qui a la plus faible utilité, qui détermine sa valeur. D’où le concept de valeur marginale, qui désigne la valeur de la dernière unité utilisée. C’est la valeur de cette dernière unité qui détermine la valeur de l’eau.

 

A contrario, le diamant est si rare que le simple usage de bijoux lui confère une grande valeur. Le paradoxe de l’eau et du diamant est ainsi expliqué.

 

Ensuite la théorie néoclassique théorise que le prix est déterminé par tâtonnement. Comme si un commissaire priseur menait des enchères, et déterminait un prix. Cette confrontation de l’offre et de la demande détermine le prix de marché. Ensuite, à partir de ce prix de marché, la théorie néoclassique étudie les réactions de l’homo œconomicus. Le prix est donc une donnée, et c’est un prix objectif, qui s’impose à tous.

 

La théorie économique dominante est passée à la macroéconomie. Mais la théorie marginaliste est toujours valable. La valeur dépend de l'utilité marginale,  et le prix de l'offre et de la demande, dont on illustre le processus par des enchères. On ajoute aujourd’hui la statistique. On fait des études sur les prix, pour évaluer la manière dont ils varient, en fonction des types de produits et de services. Sans que cela ajoute quoi que ce soit à la théorie de la valeur marginale, et de la détermination des prix par l’offre et la demande, illustrées par des courbes.

 

La théorie autrichienne de la valeur.

L’école autrichienne d’économie est née avec Carl Menger, l’un des co-découvreur de la valeur marginale. Donc, elle adopte le concept. Cependant, il y a des différences fondamentales avec la théorie néoclassique, et donc avec la macro économie contemporaine.

 

Valeur subjective

D’abord, la valeur d’un bien ou d’un service est subjective. L’école autrichienne insiste bien sur ce point. Il n’y a pas de valeur intrinsèque,  contrairement à l’école classique. Il n’y a pas non plus une valeur objective, lié à l’utilité marginale, et rattachée au produit. Chacun estime sa propre valeur pour un bien ou un service.

 

C’est parce que la valeur est subjective qu’il peut y avoir échange. Comme le souligne Ludwig von Mises, “chacun des échangistes évalue ce qu’il reçoit plus haut que ce qu’il abandonne.” Mises, dans L’Action Humaine, part de l’échange pour expliquer la formation des prix.

 

Dans un troc entre deux personnes, entre deux personnes qui ne se connaissent pas, le taux d’échange s’évalue dans une large marge. C’est-à-dire qu'il n'y a pas de prix de marché, puisque l’échange est unique. Puis, les échanges entre personnes ne se connaissant pas se sont multipliés. La division du travail s’est développée.

 

Lorsqu'il devient de règle que l’on produise pour la consommation d’autrui, les membres de la société doivent vendre et acheter. La multiplication des actes d’échanges, et l’augmentation du nombre des gens offrant ou demandant les mêmes articles, amènent à un rétrécissement des marges entre les évaluations des échangistes. L’échange indirect et son perfectionnement à travers l’emploi de monnaie divisent les transactions entre deux parties distinctes : vente et achat. Ce qui aux yeux de l’un des contractants, est une vente, pour l’autre est un achat. La divisibilité de la monnaie, pratiquement illimitée pour les usages qu’on en fait, rend possible de déterminer avec précision les taux d’échange. Les taux d’échange sont maintenant, en règle général, des prix en monnaie. Ils sont déterminés entre des marges extrêmement étroites : à savoir, les évaluations de l’acheteur marginal et celle de l’offreur marginal qui s’abstient de vendre; et d’autre part les évaluations respectives du vendeur marginal et de l'acheteur potentiel marginal qui s’abstient d’acheter.

Ludwig von Mises, L'Action Humaine.

 

Mises précise le mécanisme qui unifie les prix. Car, évidemment, chaque transaction d’échange est unique entre deux parties. Chaque prix correspond à une transaction. Puis, les transactions se multipliant dans des cercles restreints, les prix, dans chaque zone, commencent à s’unifier, chacun sachant à quel prix s’est effectué la transaction précédente. Ensuite, c’est l’action des entrepreneurs qui unifie les prix. Ceux-ci repèrent les différences de prix. Ils achètent là où c’est moins cher, et revendent là où c’est plus cher.

 

Il peut subsister des différences de prix. Il peut y avoir des obstacles à l’unification des prix. Comme des taxes. Du protectionnisme. Par ailleurs, certains produits sont uniques.

 

Cohérence interne, cohérence externe

On remarquera la cohérence de la théorie autrichienne. La valeur est subjective. Le prix se détermine lors de l’échange. C’est parce que la valeur est subjective qu’il peut y avoir échange. La théorie autrichienne n’a pas besoin de la fiction du commissaire priseur pour expliquer la détermination d’un prix de marché. C’est l’action des individus, des entrepreneurs en l’occurrence, qui permet l’émergence d’un prix de marché. Il y a une cohérence de la théorie, la cohérence interne, et une correspondance avec la réalité, la cohérence externe.

 

La théorie de la valeur et des prix a évolué depuis les débuts de l’économie moderne. De la recherche de la valeur intrinsèque, elle est passée à la valeur marginale. Avec deux écoles. L’une, qui privilégie une valeur objective, la macroéconomie contemporaine, l’autre qui insiste sur le subjectivisme, l’école autrichienne. L’école autrichienne étant la seule à expliquer la formation du prix de marché par un processus réaliste, l’action des entrepreneurs.







 

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