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L'école autrichienne d'économie, la dynamique de l'économie.

La théorie autrichienne du cycle

22 Mai 2017 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

Il faut reconnaître que l’école autrichienne d’économie est un courant marginal. Cependant, il a acquis de la visibilité depuis les années 1970. L’échec des politiques keynésiennes a incité à s’intéresser aux opposants au keynésianisme. Dont l’école autrichienne. C’est ainsi que Friedrich Hayek a obtenu le prix Nobel, relançant ce courant de pensée.

 

Aujourd’hui, c’est aussi la crise qui relance l’intérêt pour l’école autrichienne. En effet, la crise actuelle correspond bien à la théorie autrichienne du cycle, la TAC en acronyme, ou encore ABCT pour Austrian Business Cycle Theorie.

 

L’intérêt de l’école autrichienne est d’avoir conceptualisé une théorie des cycles économiques. Une théorie qui a participé à l’attribution du Nobel d’économie à Friedrich Hayek, en 1974. Ce prix Nobel ayant également contribué à une certaine renaissance de l’école autrichienne.

 

La théorie du cycle trouve son origine chez le fondateur même de l’école autrichienne, Carl Menger. Il distinguait des biens de premier ordre, de second ordre, etc. Les biens de premier ordre sont consommables tout de suite. Ceux de second ordre servent à fabriquer des biens de premier ordre, et ceux de troisième ordre servent à fabriquer des biens de second ordre. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui dans la terminologie autrichienne le détour de production. Produire quelque chose prend du temps. Même un service. Le détour de production est une manière de prendre en compte le temps et la structure de production dans la théorie économique. Ce qui est une exclusivité de l’école autrichienne. Les autres théories ne le font pas.

 

L’école autrichienne considère que le taux d’intérêt traduit les préférences temporelles. C’est Böhm-Baverk qui a le premier exprimé cette idée. Les gens épargnent pour repousser dans le temps la consommation. Si l’épargne est élevé, cela fait baisser le taux d’intérêt, car il y a beaucoup d’argent disponible pour les prêts. Si l’épargne est faible, le taux d’intérêt est élevé, car il y a peu d’argent disponible pour les prêts. Par conséquent, le taux d’intérêt donnent une information au marché, et notamment aux acteurs du marché que sont les entrepreneurs : les consommateurs repoussent leur consommation. Donc, ils vont consommer plus tard. Donc, les entrepreneurs peuvent s’engager dans un processus d’allongement du détour de production.

 

Cependant, les taux d’intérêt ne sont pas déterminés par le niveau d’épargne de la population. Ils sont en fait fixés, totalement arbitrairement, par les banques centrales. Celles-ci ont tendance à diminuer le taux d’intérêt pour relancer l’économie. Et ça fonctionne. L’économie connaît un boom. Mais ce boom est artificiel. Surtout, il déstructure le tissu économique. Le détour de production s’allonge, sans raison puisque les consommateurs ne repoussent pas leur consommation. L’information donnée aux entrepreneurs est fausse. Ce qui donne ce que Mises appelle un malinvestissement. Ce n’est pas un surinvestissement. C’est un investissement à mauvais escient, dans un processus de production inadapté à l’économie.

 

Le boom entraîne une récession. Un bust en anglais. On caractérise le cycle par le boom et le bust : la relance et la récession entraînée par celle-ci. La récession provient de l’inadaptation de la structure de production aux attentes des consommateurs.

 

Ce qu’il faut souligner, c’est que la récession est la conséquence du boom artificiel. C’est la conséquence de ce qui a été fait avant la crise. Il est important de souligner la responsabilité des décisions économiques dans le déclenchement d’une crise. L’État, et d’autres acteurs comme la banque centrale, ont tendance à se présenter en sauveurs quand survient la crise. Pourtant, ce sont leurs décisions en matière monétaire qui ont précipité celle-ci.

 

Ce qu’il faut aussi souligner, c’est que le problème vient de la structure de l’économie. Le malinvestissement a créé une structure de production incompatible avec les attentes des consommateurs. Il n’y a pas trente six solutions pour résoudre la crise : il faut que l’économie se restructure. Ce qui signifie qu’aucune politique économique ne pourra rien y faire : il faut laisser le temps à l’économie de reprendre une structure compatible avec la croissance. Nous avons à nouveau le facteur temps qui est pris en compte, contrairement aux autres théories économiques.

 

La théorie autrichienne du cycle correspond au mécanisme de la crise des années trente. Une politique de création monétaire dans les années 1920 a provoqué un boom, qui s'est terminé en puissante récession. Cette création monétaire a provoqué des investissements en amont du cycle de production. Lionel Robbins, dans « La grande dépression », (1934) souligne notamment que les marges des entreprises en amont du cycle ont augmenté beaucoup plus que celles des entreprises situées en aval du cycle. En d'autres termes, les industries les plus éloignées de la consommation finale ont vu leurs marges plus augmenter que celles plus proches du consommateur. Ce qui signifie que les investissements se sont dirigés en amont du cycle, et donc que le détour de production s'est allongé.

 

La crise de 2008 correspond aussi à la théorie autrichienne du cycle. Il y a eu une très forte création monétaire, initiée par la banque centrale américaine. Cette création monétaire a été dirigée vers l'immobilier. Le secteur de la construction notamment a explosé. Il y a eu une période de boom, qui s'est finie par un bust, une récession.

 

Il y a d'autres facteurs qui peuvent aggraver une crise. La théorie du cycle identifie le phénomène à la base du déclenchement, mais des facteurs aggravants entrent jeu, comme le souligne Lionel Robbins dans le même ouvrage. L'interventionnisme du président Hoover pendant la crise des années trente l'a ainsi considérablement aggravée. Hoover a pris des mesures protectionnistes, et a provoqué ce qu'on appelle aujourd'hui une dévaluation compétitive. Les autres pays ont suivi. Ce qui a aggravé l'effondrement économique. Il a aussi incité les gros industriels à ne pas baisser les salaires, ce qui a empêché l'ajustement économique, et aggravé le chômage.

 

Les effets de cet interventionnisme ont tellement marqué le pays que c'est l'inverse qui a été fait après la seconde guerre mondiale: développement du commerce mondial avec les accords du GATT, et stabilité monétaire avec l'arrimage des monnaies au dollar et le FMI. On peut souligner que nous avons bénéficié de cet apprentissage. La crise de 2008 a été peu aggravée par le protectionnisme et les dévaluations compétitives. Mais le discours revient chez les gouvernements.

 

Le point le plus controversé de la théorie autrichienne du cycle est l'allongement du détour de production. La signification même de cet allongement peut prêter à débat: est-ce un allongement strictement temporel, ou une augmentation des étapes de production.

 

Cependant, la théorie autrichienne du cycle présente des apports très pertinents à la théorie économique. L'école autrichienne est d'abord une théorie qui intègre le mouvement de l'économie. C'est ainsi que l'entrepreneur est intégré à la théorie, tandis que dans les autres écoles il est un élément externe. Avec la théorie du cycle, ce sont les crises qui sont intégrées à la théorie.

 

L'apport de la théorie autrichienne du cycle est aussi de s'interroger sur l'impact réel des politiques monétaires, alors que les autres théories traitent généralement uniquement de l'effet sur l'inflation générale des prix.

 

La théorie autrichienne reprend des éléments phares de l'école autrichienne: le temps et la structure de l'économie. Les crises proviennent des politiques menées antérieurement. et si le boom a mis du temps à se construire, la restructuration de l'économie prend nécessairement du temps également. Les gouvernants devraient y penser avant de se lancer dans des politiques aventureuses, qui impactent douloureusement les citoyens.

 

La théorie autrichienne du cycle est un des apports majeurs de l'école autrichienne. Elle montre encore une fois la capacité de l'école autrichienne à intégrer le mouvement en économie: l'évolution comme les crises. C'est ce que souligne Jesus Huerta de Soto quand il l'oppose au courant principal en économie, qu'il qualifie de statique. Dans la période de transformation actuelle, qui laisse désemparés beaucoup d'économistes, l'école autrichienne est la théorie la plus pertinente.

 

 

 

 

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