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L'école autrichienne d'économie, la dynamique de l'économie.

La théorie de l'entrepreneur

20 Février 2017 , Rédigé par Vladimir Vodarevski

En économie, la figure de l’entrepreneur remonte à Richard Cantillon (1680 – 1734). Puis, chez Jean-Baptiste Say (1767 – 1832). Mais l’entrepreneur ne s’intègre pas dans la théorie néoclassique, ni dans la macroéconomie. Il est extérieur. Sauf pour l’école autrichienne d’économie, pour qui il est un élément de la dynamique de l’économie.

 

La théorie de l’entrepreneur la plus courante, et quasiment la seule, qui est présentée habituellement, est celle de J.A. Schumpeter. C’est la fameuse destruction créatrice. Schumpeter est né dans l’empire austro-hongrois. Sa théorie est peut-être inspirée de la théorie autrichienne, qu’il connaissait. Mais ce n’est pas la théorie de l’école autrichienne d’économie.

 

Il y a une grande différence entre la théorie autrichienne et la théorie de Schumpeter. Ce dernier présente l’entrepreneur comme un choc externe. Il n’est pas intégré à la théorie économique. Tandis que l’entrepreneur est un élément clef de la dynamique de l’économie dans l’école autrichienne.

 

La théorie schumpetérienne sera ici d’abord présentée, afin de mieux marquer le contraste ensuite avec l’école autrichienne, qui sera explicitée ensuite.

 

La destruction créatrice de Schumpeter

Schumpeter a publié en 1911 un livre intitulé Théorie de l’évolution économique, ainsi qu’une édition révisée en 1928. C’est dans cet ouvrage qu’il développe sa théorie de l’entrepreneur, devenue depuis la référence, et qu’il affinera par la suite.

 

Une économie statique

Schumpeter décrit d’abord une économie qui répète un même cycle. Les producteurs de matières premières vendent aux producteurs de biens intermédiaires qui vendent aux producteurs de produits finis qui vendent au consommateur final. Idem, les agriculteurs vendent aux industries agroalimentaires qui vendent au consommateur final. Le cycle se répète, chacun vendant et fabricant et achetant les mêmes produits. Dans ce type d’économie, il y a à peine besoin de monnaie, selon Schumpeter.

 

C’est une économie statique. Non qu’il n’y ait pas de mouvement, car il y a un cycle de productions de ventes successives. L’économie peut grossir, du fait de la démographie. Mais elle n’évolue pas. La structure de l’économie reste la même.

 

L’entrepreneur et la destruction créatrice.

L’entrepreneur schumpetérien vient chambouler cette succession de cycles. L’entrepreneur introduit une innovation. Il y a trois types : un nouveau produit, un nouveau procédé de fabrication, un nouveau marché (par exemple, introduire un produit dans un pays où il n’est pas distribué).

 

Par son innovation, l’entrepreneur chamboule le cycle économique. Il détruit quelque chose pour le remplacer par autre chose. C’est ce qu’on appelle la destruction créatrice, expression devenue si célèbre. Une innovation crée un nouveau cycle économique qui va se répéter.

 

L’entrepreneur comme un choc externe

La théorie de l’entrepreneur de Schumpeter présente l’innovation comme un choc externe qui modifie la structure de l’économie. Elle convient aux courants économiques qui ont mathématisé la science économique. Aujourd’hui, la plupart des théories raisonnent en termes d’équilibre. On trace des courbes, qui représentent des équations, et on regarde à quel niveau elles se croisent. C’est le point d’équilibre. La théorie keynésienne va déterminer un équilibre de sous-emploi, et étudier quel niveau de dépenses publiques va pouvoir permettre un équilibre de pleine emploi. Les monétaristes vont eux étudier les effets d’éviction de la dépense publique. Et utiliser un modèle mathématique qui montre que ces dépenses ne permettent pas d’atteindre un équilibre de plein emploi.

 

Les modèles mathématiques ne peuvent prendre en compte que des variables mathématiques. Ils peuvent intégrer le progrès comme augmentation de la productivité, c’est tout. Les changements structurels ne sont pas pris en compte. La théorie de l’entrepreneur de Schumpeter, en présentant l’entrepreneur comme un choc externe, permet d’intégrer l’évolution : c’est un élément externe qui change la structure de l’économie, et les conditions de l’équilibre.

 

La théorie autrichienne : la dynamique entrepreneuriale.

 

L’entrepreneur au cœur de l’école autrichienne.

L’école autrichienne d’économie place l’économie au sein de l’action humaine. Elle étudie les interactions entre les agissements humain. Quand il entreprend, l’individu agit. Par conséquent, l’entrepreneur est pleinement intégré à la théorie autrichienne.

 

l’entrepreneur est celui qui saisit l’occasion. Israel Kirzner a ainsi développé le concept « d’alertness ». Le fait d’être en alerte, ou à l’affût d’une occasion. Jesus Huerta de Soto insiste sur l’étymologie du verbe entreprendre. Il comprend la racine prehendere, qui en latin signifie saisir.

 

« Pour les autrichiens, la fonction d’entrepreneur, au sens large, coïncide avec l’action humaine elle même. En ce sens, on pourrait affirmer qu’exerce la fonction d’entrepreneur toute personne agissant en vue de modifier le présent et d’atteindre ses objectifs dans le futur. Bien que cette définition puisse, à première vue, sembler trop large et non conforme aux usages linguistiques actuels, il faut tenir compte du fait qu’elle est absolument conforme au sens étymologique originel du mot entreprise. En effet, l’expression espagnole empresa (entreprise) tout comme les acceptions françaises et anglaises entrepreneur viennent étymologiquement du verbe latin in prehendo-endi-ensum, qui signifie découvrir, voir, percevoir, se rendre compte de, saisir ; et l’expression latine latine in prehensa contient clairement l’idée d’action, et ainsi en France, le mot entrepreneur s’employait depuis très longtaemps au Mozen Age, pour désigner les personnes chargées d’effestuer des actions importantes, liées généralement à la guerre, ou de réaliser de grands projets concernant la construction des cathédrales. »

Jesus Huerta de Soto, L’école Autrichienne Marché et créativité entrepreneuriale.

 

L’occasion que saisit l’entrepreneur n’est pas nécessairement une innovation technologique. Ce peut être simplement le fait qu’un produit se vend plus cher à un endroit qu’à un autre. L’entrepreneur va acheter le produit là où il est moins cher et le vendre là où il est plus cher. L’entrepreneur peut aussi décider de se lancer dans un secteur, simplement parce qu’il constate que cela a l’air de marcher pour d’autres. L’entrepreneur est celui qui pense qu’il y a une opportunité et qui saisit celle-ci.

 

On retrouve ici la subjectivité : c’est l’entrepreneur qui pense qu’il y a une occasion à saisir. C’est son jugement.

 

Information et entrepreneur.

Par son action, l’entrepreneur change son environnement. Les autres individus voient qu’il entreprend, et se disent qu’il y a peut-être une occasion à saisir. Les fournisseurs constatent qu’un nouveau client exploite une nouvelle opportunité. En fait, l’entrepreneur agit sur l’information.

 

L’information est au cœur de la théorie de l’entrepreneur. L’entrepreneur agit en fonction des informations qu’il détient. Une information peut être simplement une pratique, un savoir faire. L’interprétation subjective de ces informations conduit l’individu à entreprendre, car il considère qu’il y a une occasion à saisir. En agissant, l’entrepreneur transmet une information. Les autres individus voient que quelqu’un explore une nouvelle activité. Les fournisseurs du nouvel entrepreneur constate une nouvelle demande.

 

Ainsi se crée une dynamique. L’entrepreneur interprète et utilise les informations dont il dispose. Information au sens large : un savoir faire est une connaissance. En entreprenant, il fournit des informations, ou modifie l’interprétation des informations des autres individus. Qui peuvent à leur tour saisir de nouvelles occasions.

 

L’entrepreneur de l’école autrichienne est différent de l’entrepreneur de Schumpeter. Il ne révolutionne pas forcément l’économie par une innovation. Il peut simplement profiter d’une différence de prix entre deux marchés. Il n’y a pas de destruction créatrice. Il peut y avoir remplacement d’un produit par un autre, d’une technologie par une autre, mais pas forcément. Un nouveau produit, un nouveau vendeur, peut simplement s’ajouter à l’existant.

 

L’entrepreneur est aussi intégré à la théorie. Il n’est pas un choc externe. Il est au cœur de la dynamique de l’économie. Il fait partie de la praxéologie, de l’action humaine, dans laquelle la science économique est intégrée.

 

Le marché, méthode de découverte

Le marché, c’est l’échange. Chacun vient avec ses désirs et ses besoins. Les entrepreneurs proposent leurs produits et services. Chacun découvre ce qu’il peut faire avec les produits et services proposés. Des individus peuvent inventer de nouveaux produits ou services avec les offres des entrepreneurs. Ou simplement trouver une utilisation aux produits et services. Ou aux processus de production.

 

Ainsi le marché est une méthode de découverte. Personne ne peut deviner ce qui marchera, ce qui conviendra au public. Car chacun découvre au fur et à mesure ce qu’il peut réaliser avec ce qui est proposé sur le marché : un usage domestique comme une nouvelle entreprise.

 

Conclusion : le tryptique de l’école autrichienne.

La théorie de l’entrepreneur vient compléter la présentation de l’école autrichienne d’économie. Nous avons vu d’abord le fondateur, Carl Menger, avec sa théorie de la valeur, et surtout l’accent mis sur le subjectivisme. Puis la praxéologie de Ludwig von Mises : l’économie vue comme intégrée dans la science de l’action humaine. L’entrepreneur apporte la dynamique au système. Et le marché devient un système de découverte.

 

L’école autrichienne a d’autres caractéristiques. Mais nous avons là la base. Le subjectivisme, l’action humaine, l’entrepreneur. Elle se distingue des autres théories économiques en intégrant l’entrepreneur. Celui-ci est au cœur de la dynamique de l’économie selon l’école autrichienne. Tandis que l’économie mathématisée nécessite de considérer l’entrepreneur comme un choc externe. Et donc l’évolution comme le résultat d’un choc externe. L’école autrichienne intègre l’évolution.

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